Économie
L'Irak se tourne vers le port syrien de Banias pour exporter son pétrole
Face au blocage du détroit d'Ormuz, l'Irak active une route terrestre via la Syrie pour acheminer son pétrole vers le port de Banias.

Le port syrien de Banias, sur la Méditerranée, devient une bouée de sauvetage pour les exportations pétrolières irakiennes vers les marchés occidentaux, alors que la navigation dans le détroit d'Ormuz est paralysée. En mars dernier, les ventes de brut irakien ont chuté de 80 %, et la production est passée de plus de quatre millions de barils par jour à environ 1,1 million, entraînant une baisse de 70 % des recettes pétrolières.
Cette situation a mis en lumière l'importance des territoires et des postes-frontières syriens dans le cadre d'un plan d'urgence que Bagdad a mis en œuvre pour maintenir un flux minimal de pétrole. Ce plan repose sur un transport routier temporaire via la Syrie jusqu'au port de Banias.
Un plan « vaste » pour le pétrole noir
Le ministère irakien du Pétrole a annoncé l'élaboration d'un plan qualifié de « vaste » pour exporter le pétrole noir. Son porte-parole, Sahib Bazoun, a déclaré à l'agence de presse irakienne que le ministère exporte ce produit via des camions-citernes vers le port syrien de Banias, et qu'un calendrier a été établi pour sa mise en œuvre.
Bazoun a précisé que ce plan s'appuie sur des données actualisées et implique des raffineries utilisant un procédé de craquage physique du pétrole noir, un résidu de l'extraction du pétrole brut. L'objectif est de produire des dérivés pétroliers, notamment de l'essence à indice d'octane élevé, très demandée sur le marché mondial. Il a ajouté que le plan dépend des liquidités disponibles pour ouvrir de nouvelles voies d'exportation.
Une délégation irakienne à Damas
Une délégation du ministère irakien du Pétrole, conduite par le directeur général de la compagnie pétrolière du Nord, Amer Khalil Ahmed, s'est rendue à l'ambassade d'Irak à Damas, où elle a rencontré le chargé d'affaires. La délégation comprenait des représentants de la société des pipelines, du département technique, ainsi que des départements des études, de la planification et du suivi.
Selon le bureau des médias et de la communication gouvernementale du ministère irakien du Pétrole, cette visite visait à discuter avec la partie syrienne des perspectives de coopération pour la remise en service de l'oléoduc Irak-Syrie. Les deux parties ont également examiné les procédures d'ouverture d'un bureau d'expédition irakien dans le port de Banias, afin de renforcer les exportations, d'élargir les débouchés commerciaux et de développer les infrastructures de transport et d'exportation pétrolières.
Un nouveau tracé via le poste-frontière d'Al-Yaarubiyah
Le directeur de la communication institutionnelle de la compagnie pétrolière syrienne, Safwan Cheikh Ahmed, a révélé à l'agence de presse officielle syrienne (SANA) que le trajet des livraisons de pétrole irakien a été modifié. Les convois empruntent désormais le poste-frontière d'Al-Yaarubiyah, puis la route M4 en direction de Banias, au lieu du trajet initial via le poste-frontière d'Al-Tanf.
Cheikh Ahmed a qualifié cette mesure de « purement logistique », visant à « raccourcir la distance et le temps et à garantir la rapidité des livraisons, sans modifier la nature des contrats ou des matières convenues au préalable ». Début mai, la compagnie pétrolière syrienne a augmenté la capacité opérationnelle de déchargement des citernes irakiennes à la raffinerie de Banias de 30 %, tout en commençant à rediriger les entrées de pétrole vers le poste-frontière de Rabia-Al-Yaarubiyah.
Le nombre de camions-citernes déchargés quotidiennement à la raffinerie de Banias est ainsi passé de 300 à environ 500, grâce à la mise en service de nouvelles aires de déchargement. La capacité opérationnelle a atteint près de 120 000 barils par jour. Des travaux d'ingénierie et de logistique ont également amélioré les circuits de déchargement et permis le pompage direct vers les réservoirs, économisant ainsi environ 40 heures de travail.
Dans un communiqué, la compagnie pétrolière syrienne a indiqué que cette démarche s'inscrit dans le cadre du « renforcement de la préparation opérationnelle et de l'accélération du rythme d'approvisionnement, grâce à l'amélioration des circuits de déchargement et au pompage direct vers les réservoirs dédiés, ce qui a un impact positif sur la rapidité d'exécution et la continuité de l'approvisionnement du marché ».





