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Des témoignages accablants révèlent le recrutement forcé d'enfants par Daech en Afrique de l'Ouest, une pratique qui alarme experts et organisations internationales.

Des récits glaçants publiés par le quotidien britannique "The Times" jettent une lumière crue sur l'ampleur du recrutement d'enfants mineurs par l'organisation État islamique en Afrique de l'Ouest. Cette révélation provoque une onde de choc dans des pays comme le Nigeria, où le groupe armé étend son emprise.
Selon le "African Defense Forum", un magazine publié par le Commandement central américain pour l'Afrique (Africom), la branche ouest-africaine de Daech compterait environ 10 000 combattants. Pourtant, cette force ne suffit plus. Alors que le groupe consolide sa présence au Nigeria et dans les pays voisins, il doit sans cesse renouveler ses effectifs.
La publication précise que la milice ne se contente plus d'enrôler des enfants. Elle recourt désormais massivement au recrutement forcé d'hommes et de femmes, en particulier alors qu'elle multiplie les assauts au Niger, au Mali, au Burkina Faso et au Nigeria. Les centaines d'enfants arrachés à leurs familles sont baptisés "Ashbal al-Khilafa" (les Lionceaux du Califat) par l'organisation. Leur image est fréquemment exploitée dans des vidéos de propagande. La plupart des camps d'entraînement qui les accueillent sont situés dans la région du lac Tchad, une zone en proie à une crise sécuritaire sans précédent.
L'expert militaire spécialiste des questions africaines, Amadou Diallo, a confié à "Erem News" que "le phénomène du recrutement des mineurs par Daech est devenu profondément préoccupant, d'autant que de nombreux rapports onusiens confirment que des centaines d'entre eux ont combattu ces dernières années". Selon lui, "ces pratiques aggravent les tragédies que subissent les communautés locales au Cameroun et au Nigeria. Il sera extrêmement difficile, à l'avenir, de réinsérer ces enfants et de les aider à surmonter les traumatismes des combats auxquels ils ont participé". Diallo souligne que "la philosophie de Daech repose sur l'idée que les enfants font preuve d'un courage sans égal, ce qui motive leur enrôlement pour affronter les forces de sécurité et les armées locales".
Ces révélations interviennent alors que la situation sécuritaire en Afrique de l'Ouest se complexifie davantage. Elles font suite à des attaques d'une violence inédite au Mali, perpétrées par des groupes armés liés à Al-Qaïda, et coïncident avec une recrudescence des enlèvements et des offensives menées par Daech au Nigeria.
L'analyste politique spécialiste de l'Afrique, Mohamed Idriss, a déclaré à "Erem News" : "Même si des chiffres précis sur le nombre d'enfants enrôlés de force par Daech font défaut, la situation est alarmante, comme en témoignent les témoignages bouleversants des victimes et de leurs familles." Il ajoute : "Le recrutement forcé des enfants est déjà une source d'inquiétude légitime. Que dire alors lorsqu'il s'accompagne d'un entraînement au maniement d'armes sophistiquées et à la pratique d'actes de meurtre et d'enlèvement d'une brutalité extrême ?"
Idriss insiste sur l'urgence d'une action : "Les blocs régionaux, les organisations internationales et les autorités locales doivent prendre des mesures immédiates pour mettre un terme à ce recrutement forcé, car il menace l'avenir de générations entières."



