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La guerre plonge l’économie iranienne dans une vague de licenciements massifs

L’économie iranienne subit une onde de choc : licenciements en série, effondrement d’entreprises et paralysie industrielle sous l’effet de la guerre et du blocus.

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La guerre plonge l’économie iranienne dans une vague de licenciements massifs
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Une vague de licenciements collectifs et un effondrement sans précédent des entreprises secouent l’Iran, sous le poids conjugué de la guerre américano-israélienne, du blocus maritime et de la coupure d’Internet imposée par Téhéran, rapporte le *New York Times*. L’économie iranienne, déjà minée par des crises profondes avant 2026, a reçu un coup fatal qui paralyse des secteurs entiers et fait perdre des millions d’emplois, annonçant une aggravation des tensions sociales et politiques.

Le quotidien américain relate le cas de Babak, un designer de produits de 49 ans employé dans une entreprise technologique à Téhéran. Licencié à la mi-mars, deux semaines après que le gouvernement a coupé l’accès à Internet au début de la guerre, il ne pouvait plus exercer son métier. « Tout au long de ma carrière, j’ai travaillé dur, j’ai appris sans cesse, et pourtant, à ce stade de ma vie, je me retrouve dans une situation floue et inquiétante », confie-t-il au journal. Son expérience est devenue courante : les entreprises enchaînent les cycles de licenciements.

L’administration Trump considère ces difficultés économiques comme un levier stratégique pour contraindre l’Iran à céder. Donald Trump a déclaré espérer l’échec de l’économie iranienne parce qu’il « veut gagner », tandis que les responsables iraniens affirment que leur pays ne pliera pas.

Paralysie industrielle et chômage de masse

Selon le *New York Times*, de nombreuses entreprises iraniennes s’effondrent sous la pression de la guerre. Les États-Unis et Israël ont frappé des sites industriels produisant des matières premières clés, ainsi que des infrastructures vitales. Le blocus américain des ports iraniens, en vigueur depuis le cessez-le-feu du mois dernier, a coupé l’essentiel des exportations pétrolières et perturbé les importations.

Le responsable gouvernemental Gholam Hossein Mohammadi estime que la guerre a entraîné la perte d’un million d’emplois, et que deux millions de personnes subissent un chômage direct ou indirect. Le 25 avril, une plateforme iranienne de recherche d’emploi a enregistré un record : 318 000 CV déposés en une seule journée, soit une hausse de 50 % par rapport au précédent record.

Crises accumulées et secteur technologique exsangue

« Une spirale étrange et écrasante de problèmes économiques est apparue et ne cesse de se complexifier », explique l’économiste Amir Hossein Khaleghi au journal. L’Iran affrontait déjà « un ensemble de crises majeures » avant la guerre, en raison d’années de sanctions, de corruption et de mauvaise gestion.

Le *New York Times* souligne que l’effondrement du secteur privé annonce une crise plus profonde pour le gouvernement, les recettes fiscales devant chuter fortement. Le mécontentement économique a déjà alimenté des protestations répétées durant la dernière décennie, notamment en décembre lors de l’effondrement de la monnaie.

Malgré l’appel du guide suprême, Mojtaba Khamenei, à éviter les licenciements « dans la mesure du possible », le secteur technologique est durement touché par la coupure d’Internet, qui coûte à l’Iran jusqu’à 80 millions de dollars par jour. Digi Kala, surnommée « l’Amazon iranienne », a licencié 200 employés. Hadi Farnoud, fondateur de la plateforme de commerce électronique Kamfa, a annoncé la fermeture totale de son entreprise : « Après deux guerres et des mois de coupure d’Internet, il était impossible de continuer. »

Pénurie de matières premières et mesures gouvernementales contre-productives

Dans l’industrie, le manque de matières premières dû aux bombardements des usines pétrochimiques et sidérurgiques provoque des licenciements. Une usine textile de l’ouest de l’Iran a renvoyé 700 de ses 800 ouvriers ; une autre, dans le nord, s’est séparée de 500 salariés.

Des responsables syndicaux confirment que certaines usines ne fonctionnent plus que de nom. « Certaines unités tournent de manière quasi inactive pour maintenir leur existence », indique Bahram Zonoubi Tabar, président d’un conseil ouvrier de la province de Fars. Mehdi Bostanji, président du Conseil de coordination des industries, affirme au *New York Times* que la contraction du secteur industriel touchera jusqu’à 3,5 millions de travailleurs, le déclin se manifestant par le non-renouvellement des contrats et la réduction du temps de travail.

Le journal ajoute que l’augmentation de 60 % du salaire minimum en mars, destinée à contrer l’inflation, a provoqué un « choc économique » et accentué la vague de licenciements.

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