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Le pape Léon XIV se rendra en France en septembre, mettant fin à une absence officielle de 18 ans entre le Vatican et Paris.

Après dix-huit années sans visite officielle, la France s’apprête à accueillir le pape Léon XIV. Ce déplacement, prévu pour septembre, dépasse le simple cadre protocolaire et revêt des dimensions religieuses et politiques majeures. Il met fin à une longue période de relations distendues entre Paris et le Saint-Siège, dans un contexte de profondes transformations sociales et politiques en France.
La dernière visite officielle d’un pape en France remonte à 2008, lorsque Benoît XVI s’était exprimé au Collège des Bernardins à Paris sur les racines chrétiennes de la culture européenne. Depuis, le pape François s’était rendu techniquement trois fois sur le territoire français – à Strasbourg, Marseille et Ajaccio – mais avait systématiquement tenu à préciser qu’il ne s’agissait pas d’une « visite en France ». Ce positionnement avait affecté les catholiques français, qui se sont sentis délaissés par un pape préférant les « périphéries » à la « fille aînée de l’Église ». Selon l’hebdomadaire *Le Point*, François n’avait pas assisté à la réouverture de Notre-Dame en 2024, ce qui avait irrité l’Élysée. Léon XIV corrige désormais cette situation de manière significative.
Robert Francis Prevost, de son nom civil Léon XIV, entretient un lien personnel fort avec la France. Son père, d’origines française et italienne, a participé au débarquement de Normandie et aux opérations en Provence durant la Seconde Guerre mondiale. Sa grand-mère est née au Havre, et sa mère possède des racines françaises en Louisiane, en Haïti et en Guadeloupe. Le pape parle couramment le français et l’a utilisé lors de sa récente visite à Monaco.
Dès le premier mois de son élection, le président Emmanuel Macron a transmis personnellement l’invitation des évêques français au pape, lors d’une rencontre au Vatican le 10 avril. Plus significatif encore, le 28 mai 2025, moins d’un mois après son élection, Léon XIV a adressé une lettre aux évêques de France, évoquant trois saints français et appelant à « relancer la mission » dans un pays qui « s’est beaucoup éloigné de ses sources ».
Le programme de la visite prévoit une étape à Paris, où Notre-Dame sera naturellement au cœur des événements, ainsi qu’un déplacement à Lourdes, sanctuaire visité deux fois par Jean-Paul II et une fois par Benoît XVI. Mais c’est la troisième étape potentielle qui attire l’attention des observateurs : le village de Scy-Chazelles, en Moselle, où repose Robert Schuman, « père de l’Europe » et chrétien convaincu, dont le procès en béatification est toujours en cours.
Le journal catholique *La Croix* estime que cette étape, si elle se confirme, enverrait un message politico-religieux fort sur « l’Europe aux racines chrétiennes », à un moment où l’empire libéral américain recule et où la structure de l’OTAN se fissure.
Le journaliste Guillaume Tabard, dans *Le Figaro*, analyse le timing avec un regard politique : la France entre en septembre dans la phase pré-campagne pour l’élection présidentielle de 2027. Par ailleurs, la loi sur l’aide à mourir, que le Vatican combat sur le plan religieux et doctrinal, pourrait alors être dans ses dernières étapes parlementaires. Le pape, qui a démontré sa capacité à tenir « un discours politique sobre et précis sans descendre dans l’arène », selon Tabard, s’exprimera à un moment crucial.
Il n’est un secret pour personne que Macron, qui avait promis en 2018 au Collège des Bernardins de « réparer le lien rompu entre l’Église et l’État », souhaite que cette visite marque son bilan. Enfin, selon *La Croix*, ce qui donne à la visite son importance spirituelle avant toute considération politique est un phénomène rare : les demandes de baptême explosent en France, dépassant 21 000 demandes d’adultes et de jeunes cette année, un chiffre qui suscite l’intérêt du Vatican.



