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Des ingénieurs japonais ont synthétisé un carburant liquide en captant le CO₂ de l’air, une prouesse technique qui reproduit la photosynthèse à l’échelle industrielle.

Un baril par jour : c’est le volume actuel d’un nouveau carburant synthétique produit par la société japonaise ENEOS Corporation, qui affirme l’avoir fabriqué littéralement à partir de l’air et de l’eau. En combinant du dioxyde de carbone (CO₂) capté dans l’atmosphère avec de l’hydrogène extrait de l’eau, et en utilisant des énergies renouvelables, les ingénieurs ont validé le concept de « carburant issu de l’air », connu sous le nom d’e-fuel.
Le résultat est un liquide qui, selon ses propriétés, peut remplacer l’essence ou le gazole. La technologie reproduit en réalité le processus de la photosynthèse à une échelle industrielle, grâce à des catalyseurs photochimiques spéciaux et à de l’énergie renouvelable. Cette avancée revêt une importance particulière pour le Japon, qui dépend encore à environ 90 % des approvisionnements énergétiques en provenance du Moyen-Orient.
ENEOS a donc commencé à produire un carburant synthétique sans extraction traditionnelle, en recyclant le CO₂ en carburant. L’objectif affiché est de passer à 10 000 barils par jour d’ici 2040, même si la production actuelle reste très modeste.
Ce changement de paradigme potentiel repose sur une logique énergétique inversée : les émissions deviennent une ressource, la dépendance au pétrole diminue, et le secteur énergétique se décentralise. Cependant, une contradiction subtile est rarement évoquée : l’énergie ne sort pas de nulle part. Produire ce carburant nécessite une quantité colossale d’électricité. La question centrale n’est donc pas la faisabilité du « carburant à partir de l’air », mais le coût de l’énergie nécessaire à sa fabrication.
Si l’électricité est chère, tout le modèle s’effondre. Si elle est bon marché — grâce au nucléaire, aux renouvelables ou à des sources futures — alors l’alternative devient crédible.



