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Araqchi "coincé" entre les Gardiens de la révolution iraniens et la présidence.. Qui négocie au nom de l'Iran ?

Les fuites de ces dernières heures ont propulsé l'affaire du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, au cœur du conflit à Téhéran, après qu'elles ont fait état des efforts du président Masoud Pezeshkian et du président du Parlement, Mohammad Bagher Qalibaf, pour l'écarter en raison de son accusation de suivre les directives d'Ahmad Vahidi dans le processus de négociation, sans coordination effective avec la présidence.

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Araqchi "coincé" entre les Gardiens de la révolution iraniens et la présidence.. Qui négocie au nom de l'Iran ?
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Les fuites de ces dernières heures ont propulsé l'affaire du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, au cœur du conflit à Téhéran, après qu'elles ont fait état des efforts du président Masoud Pezeshkian et du président du Parlement, Mohammad Bagher Qalibaf, pour l'écarter en raison de son accusation de suivre les directives d'Ahmad Vahidi dans le processus de négociation, sans coordination effective avec la présidence.

Ces fuites placent l'affaire Araqchi sur une trajectoire qui dépasse le simple remplacement d'un ministre ou la modification d'une équipe de négociation, après que l'homme a agi dans une zone où la gestion de la guerre se recoupe avec la négociation post-escalade et la concurrence des centres de pouvoir au sein du régime, selon les observateurs.

Distribution du coût de la guerre au sein du pouvoir

Alors que la pression pour le limogeage d'Araqchi révèle la manière dont le régime gère le coût des grandes confrontations, elle transfère la pression sur des personnalités exécutives apparues au premier plan de la décision, et ouvre ainsi une voie de reddition de comptes limitée qui contrôle les pertes au sein de la classe dirigeante.

Araqchi entre ainsi dans cette voie de par sa position à l'avant-garde diplomatique durant une phase sensible, et de par la nature de l'accusation qui frappe directement la relation entre le ministère des Affaires étrangères et les Gardiens de la révolution.

Alors que son éventuel évincement pousse le régime à distribuer la responsabilité de la guerre au sein de sa classe dirigeante, la présidence veut se distancier de la délégation ouverte aux Gardiens pour la négociation, le Parlement tente de protéger sa position après l'incertitude du rôle de Qalibaf, et les Gardiens s'efforcent de consolider leur image de force de contrôle au sein d'un processus épuisé par la guerre et perturbé par la négociation.

Ces calculs convergent autour d'Araqchi, son destin ouvrant la possibilité d'une série d'évincements calculés et d'une pression politique visant à maintenir les pertes dans des limites que le régime peut contenir.

Négociation sous le contrôle des Gardiens

La crise révèle une fracture au sein du cercle de la guerre et de la négociation, car le désaccord a atteint l'entité qui fixe le plafond de la confrontation avec Washington et décide des limites d'entrée dans les dossiers nucléaire et balistique.

Un rapport conjoint du "Critical Threats Project" et de l'"Institute for the Study of War" a montré que Vahidi et son cercle ont cherché à restreindre l'autorité de l'équipe dirigée par Qalibaf, en introduisant Mohammad Bagher Zolghadr, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, dans le processus de négociation, et en contrôlant le plafond lié aux programmes nucléaire et balistique.

Ces données relient la crise d'Araqchi au conflit de délégation à Téhéran. Qalibaf a été réprimandé après avoir tenté d'introduire le dossier nucléaire dans les pourparlers avec Washington, puis des rapports ont fait état de son départ de la tête de l'équipe de négociation, ce qui fait de la crise d'Araqchi une partie d'un conflit plus large sur les conditions de négociation et les limites d'approche des dossiers que les Gardiens placent dans leur sphère de sécurité.

De même, les faits récents suggèrent un déplacement du centre de gravité au sein du régime vers le cercle de sécurité et militaire. Téhéran conserve ses institutions politiques et gère par leur intermédiaire la forme officielle du gouvernement, tandis que la décision cruciale s'opère via les Gardiens de la révolution, le Conseil suprême de la sécurité nationale et le cercle entourant Vahidi, ce qui réduit la capacité du gouvernement à contrôler le processus, et le ministère des Affaires étrangères fonctionne comme un canal de négociation sous un strict plafond de sécurité.

Pression d'Ormuz et ascension de la décision sécuritaire

Alors que la crise d'Araqchi a coïncidé avec une pression de négociation et de terrain croissante, le ministre des Affaires étrangères était présent aux contacts d'Oman il y a quelques jours, et a discuté de la sécurité du détroit d'Ormuz et des efforts pour mettre fin à la guerre. Les fuites concernant son évincement sont ensuite survenues alors que la crise du détroit continuait d'accroître le coût de la confrontation pour l'économie mondiale et la position de négociation de Téhéran.

Cette concomitance confère au conflit interne son poids politique, car la lutte autour d'Araqchi se déroule à un moment où la guerre exerce une pression sur le régime de l'extérieur et de l'intérieur, et les centres de décision sont poussés à consolider leurs positions avant toute nouvelle voie avec Washington

Alors que le régime militaire déguisé progresse par ce mécanisme, les Gardiens imposent le rythme de la décision en fixant le plafond de négociation, en surveillant les mouvements des ministres et en réajustant les délégations en cas de dépassement des limites de sécurité. Reuters a rapporté en mars que les Gardiens de la révolution avaient renforcé leur emprise sur la décision de guerre et poussé à une stratégie plus rigoureuse malgré la perte de dirigeants éminents, et la crise d'Araqchi est une extension directe de cette trajectoire au sein du dossier de négociation.

Le veto sécuritaire et les calculs d'après-guerre

La crise d'Araqchi révèle la position du veto au sein du régime à travers le mouvement des parties qui l'entourent. La présidence cherche à restaurer son autorité après l'accusation du ministre des Affaires étrangères de l'avoir outrepassée, le Parlement tente de retrouver le poids de Qalibaf après l'incertitude de son rôle dans le processus de négociation, et le ministère des Affaires étrangères supporte le coût de l'action sous un plafond dessiné par le cercle de sécurité.

Tandis que les Gardiens conservent la capacité la plus large de contrôler le processus, d'en définir les limites et d'exclure ceux qui les dépassent, le veto se transforme d'une prérogative écrite en une autorité effective qui détermine les dossiers de négociation et place la flexibilité politique sous une surveillance sécuritaire directe.

La crise d'Araqchi atteint le cœur du régime car elle combine la reddition de comptes, la négociation et le veto sécuritaire en une seule trajectoire. Son évincement donne à la présidence et au Parlement l'occasion de présenter une correction interne limitée, et son maintien prouve la capacité des Gardiens à protéger leur ligne au sein du ministère des Affaires étrangères.

Les deux cas révèlent que Téhéran commence à gérer le coût de la guerre au sein de sa propre maison politique, car la question est passée d'un désaccord sur un ministre ayant perdu une partie de sa couverture politique à un test de la position du gouvernement face aux Gardiens, et de la capacité des institutions politiques à reprendre la décision de négociation du cercle de sécurité, qui est sorti de la guerre avec une présence accrue au sein de la structure du pouvoir.

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