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Le Kenya, nouveau pivot de la stratégie africaine de Paris
Le Kenya devient le premier pays non francophone à accueillir le sommet "Afrique France", symbole d'une redéfinition des liens avec le continent.

Pour la première fois depuis sa création en 1973, le sommet "Afrique France" se tiendra dans un pays non francophone du continent : le Kenya. Ce choix, lourd de symboles, illustre la volonté de Paris de renouveler ses relations avec l'Afrique, alors que son influence traditionnelle s'effrite, notamment en Afrique de l'Ouest.
Le président français Emmanuel Macron se rendra à Nairobi ce dimanche, en provenance du Caire. Il y rencontrera son homologue kenyan William Ruto, devenu un allié clé de plusieurs initiatives françaises. Un conseiller de l'Élysée a confié à la presse qu'à un an de la fin de son mandat, Macron espère incarner un "partenariat renouvelé" avec l'Afrique.
Un sommet économique et une nouvelle orientation
Les 11 et 12 mai, Macron participera au sommet "Afrique en marche", également à Nairobi, centré sur les investissements économiques. L'Élysée a précisé que l'objectif principal est de "mettre en avant et de renforcer un partenariat renouvelé avec les pays africains". Alors que le président français a déclaré la fin de la "Françafrique" et de ses réseaux d'influence hérités de la colonisation, la rencontre vise à "clarifier le renouvellement de nos partenariats avec l'Afrique, avec une vision tournée vers l'avenir".
L'accent est mis sur une "logique très économique, très centrée sur l'investissement", avec la participation d'une large délégation de dirigeants français et africains, issus des entreprises françaises présentes sur le continent comme de leurs homologues africaines.
Un contexte de recul d'influence
Cette réunion intervient à un moment délicat pour l'influence française en Afrique, en particulier en Afrique de l'Ouest. Des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont expulsé les troupes françaises, réduit leur coopération militaire avec Paris et renforcé leurs liens avec d'autres partenaires, dont la Russie. Ces trois pays du Sahel ont également quitté la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) pour former l'Alliance des États du Sahel, affaiblissant ainsi l'influence occidentale traditionnelle dans la région.
À un an de la fin de son mandat, Macron cherche à réorienter sa diplomatie au-delà des alliances historiques de Paris avec les pays francophones, en se concentrant davantage sur la coopération économique, l'innovation et les partenariats d'investissement à travers toute l'Afrique. Les responsables français espèrent que la réunion de Nairobi aidera à repositionner la France comme un partenaire économique et innovant de long terme, dans un contexte de concurrence accrue de la part de la Chine, de la Turquie, de la Russie et des États-Unis.
Longtemps, la France a bénéficié d'une influence prépondérante en Afrique de l'Ouest et centrale pendant la guerre froide, avec une place économique très forte. Après la chute du mur de Berlin, ces pays se sont ouverts à d'autres acteurs économiques. La France a un temps conservé un rôle de "gendarme" de l'Afrique de l'Ouest, tout en perdant des parts de marché. L'époque où Paris contrôlait plus de 60 % du marché dans ces pays est révolue. Ses bases militaires ont été retirées de Côte d'Ivoire et ses troupes ont quitté le Sénégal.
Le poids croissant de l'Afrique anglophone
En 2023, la part de la France dans le commerce du continent n'atteignait que 3 %, contre 17 % pour la Chine. L'objectif est désormais de trouver de nouvelles opportunités économiques. Pour y parvenir, l'Afrique anglophone joue un rôle de plus en plus important. En quelques années, le Nigeria est devenu l'un des principaux partenaires économiques de Paris.
Selon une étude de Deloitte, reprise par le magazine *Jeune Afrique*, les investissements français en Afrique de l'Est ont doublé entre 2015 et 2020, tandis que ceux en Afrique du Sud ont augmenté de 50 % sur la même période. Le groupe Total, qui s'est progressivement retiré du Gabon, son bastion historique, a considérablement accru ses investissements en Tanzanie, en Ouganda et au Nigeria.
En 2024, avec un volume d'échanges de biens d'environ 5 milliards d'euros, le Nigeria est devenu le premier partenaire commercial de la France en Afrique subsaharienne, dépassant l'Afrique du Sud (3,1 milliards d'euros) et devançant largement la Côte d'Ivoire francophone (2,6 milliards d'euros).





