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Un site israélien dévoile l'ampleur des opérations du Corps des Gardiens de la révolution en Turquie, ciblant notamment des réfugiés syriens et afghans.

Depuis plus de quatre décennies, des réseaux liés à la Force Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique et au Hezbollah opèrent dans plusieurs villes turques. C'est ce que révèle un site israélien, citant des militants et opposants iraniens, qui affirment que ces entités ont intensifié leurs activités depuis la guerre de douze jours entre Israël et l'Iran en juin 2025.
Selon ces sources, la stratégie de Téhéran consiste à recruter un grand nombre de Turcs, d'Afghans, de Pakistanais et d'Arabes résidant en Turquie, en échange de sommes d'argent. Ces recrues seraient chargées de missions de renseignement et d'attaques contre des intérêts économiques et politiques américains et israéliens dans le pays.
Les informations recueillies par le site « Netseev » indiquent que les personnes recrutées sont ensuite transférées en Iran pour être intégrées à des milices proches des Gardiens de la révolution, où elles exécutent des tâches de renseignement et militaires.
Fin janvier dernier, la radiotélévision turque a annoncé l'arrestation de six personnes, dont un Iranien, pour espionnage et collecte d'informations militaires au profit de Téhéran. Les arrestations ont eu lieu lors de raids coordonnés dans cinq provinces. Les suspects sont accusés d'avoir recueilli des données sur des bases militaires et d'autres sites sensibles en Turquie et à l'étranger, en coordination avec les services de renseignement iraniens.
Des journalistes et analystes politiques turcs ne nient pas l'influence tentaculaire de l'Iran dans leur pays, mais ils contestent sa capacité à y mener des opérations directes, selon le rapport du site israélien.
Le journaliste et chercheur Ismail Göktan, spécialiste du Moyen-Orient, a analysé des informations médiatiques, confirmant l'existence de groupes bénéficiant d'un soutien direct ou indirect de l'Iran, ainsi que d'autres influencés par la révolution islamique, incluant des islamistes turcs et kurdes.
Deux mouvements principaux incarnent ce modèle d'influence en Turquie, selon le chercheur : l'un turc et l'autre kurde. Le premier est le Parti de la Félicité (Saadet), une scission du Parti du Bien-être (Refah), lié à l'Iran et favorable au régime du Guide suprême. Le second est le Parti Hüda Par, la branche politique de l'ancien Hezbollah armé, ainsi que de petits groupes influencés par le système iranien.
Depuis des années, l'Iran tente de construire un axe sur lequel s'appuyer en Turquie, mais sans parvenir à reproduire le modèle mis en place en Irak, au Liban ou en Syrie. La plupart des mouvements islamistes influencés par Téhéran limitent leurs activités aux domaines politiques ou de propagande.
Le site « Netseev » s'appuie sur un article de l'agence de presse officielle iranienne IRNA, daté du 15 avril dernier, qui rapportait une réunion à Tabriz. Des journalistes et militants turcs pro-iraniens y ont rencontré leurs homologues iraniens pour préparer ce qu'ils ont appelé un « média de résistance » s'étendant sur les deux pays. L'agence a présenté cette initiative comme « une partie essentielle de la guerre que mène l'Iran contre les États-Unis et Israël ». Parmi les participants turcs figurait le journaliste Nurdin Şirin, connu pour sa loyauté envers Téhéran.
Des analyses en provenance d'Ankara évoquent « l'histoire sanglante de l'influence iranienne en Turquie ». Dans les années 1990, des cellules iraniennes, via l'organisation secrète turque « Paix et Unité » proche des Gardiens de la révolution, ont mené une série d'attaques et d'assassinats ciblant des personnalités, des militants et des journalistes dans les villes turques.
Parallèlement, les Gardiens de la révolution géraient une autre organisation kurde, appelée « Hezbollah », dans le sud-est de la Turquie. Ses combattants et membres ont reçu un entraînement militaire et de renseignement intensif de la part d'officiers de la Force Qods.
Le recrutement ne se limite pas aux Turcs. L'Iran cible également les réfugiés et les habitants des villes turques, en particulier les Arabes, dont le nombre a augmenté depuis le début du « Printemps arabe ». Les Syriens sont les premiers concernés, suivis des Libanais, des Palestiniens, des Pakistanais et des Afghans.
Selon des informations d'enquête, l'Iran a joué un rôle central dans la création de cellules secrètes dans divers pays, notamment dans la région, en utilisant ses outils diplomatiques pour recruter des militants, des journalistes et des personnalités influentes.
Les méthodes des Gardiens de la révolution ne se limitent pas aux ambassades et aux canaux diplomatiques. Des informations transmises par l'opposition iranienne en Europe indiquent un recrutement actif au sein des médias, des groupes de pression politiques, des think tanks, des milieux académiques, des réseaux sociaux, ainsi que des organisations caritatives, culturelles et religieuses. Ces entités opèrent discrètement pour mener des opérations et des attaques contre les intérêts occidentaux, en utilisant des recrues de diverses nationalités.