Liban
Hajjjar appelle au retrait total israélien pour restaurer la souveraineté libanaise
Le ministre libanais de l’Intérieur Ahmed Hajjjar insiste sur le retrait complet d’Israël comme condition pour étendre l’autorité de l’État sur tout le territoire.

Le ministre de l’Intérieur et des Municipalités Ahmed Hajjjar a affirmé que la visite du président de la République Joseph Aoun à Washington s’inscrit dans le cadre d’efforts conjoints avec le Premier ministre Nawaf Salam, en coordination avec le président du Parlement Nabih Berri, visant à sortir le Liban de sa crise et à mettre fin aux conséquences de la guerre.
Lors d’une interview télévisée, Hajjjar a précisé que la principale revendication libanaise est le retrait complet des forces israéliennes des territoires libanais, ce qui permettrait à l’État d’étendre son autorité et de déployer l’armée ainsi que les forces de sécurité sur l’ensemble du pays pour restaurer la souveraineté nationale. Il a exprimé l’espoir que les résultats des rencontres à Washington se traduisent par une pression américaine effective sur Israël pour atteindre cet objectif, soulignant que les positions positives du président américain Donald Trump à l’égard du Liban et du président Aoun suscitent un certain optimisme.
Le ministre a insisté sur le fait que le déploiement de l’armée libanaise dans plusieurs localités du Sud, notamment à Zouq al-Gharbi, constitue une première étape concrète du processus convenu. Il a ajouté que la poursuite du retrait israélien est la condition essentielle pour achever ce déploiement. Il a également indiqué que le gouvernement libanais n’a reçu aucune injonction extérieure concernant la question du monopole des armes, rappelant que son engagement découle du programme ministériel et des décisions prises depuis sa formation, dans le cadre de l’extension de l’autorité étatique sur tout le territoire libanais.
Concernant la position de Nabih Berri, Hajjjar a confirmé que ce dernier accorde une priorité absolue au Sud libanais et accueille favorablement toute initiative visant à réaliser le retrait israélien et la réinstallation de l’armée, position qui converge avec celle du président de la République.
Il a estimé que les évolutions régionales influencent le Liban, mais que l’État libanais suit une voie diplomatique indépendante qui vise à garantir le retrait israélien et la récupération de la souveraineté. Selon lui, les États-Unis restent la partie la mieux placée pour exercer une pression sur Israël afin d’atteindre ce but.
Hajjjar a souligné que les Libanais s’accordent sur des objectifs fondamentaux, notamment le retrait israélien, la restauration de la souveraineté, le retour des déplacés, la libération des prisonniers libanais et la reconstruction, précisant que les divergences portent uniquement sur les moyens permettant d’atteindre ces objectifs.
Il a démenti toute coordination entre le Liban et la Syrie concernant une intervention militaire syrienne au Liban ou l’arrêt des livraisons d’armes au Hezbollah. Il a affirmé que la coopération entre les deux pays se limite à la gestion des frontières communes et à la lutte contre la contrebande de drogues, d’armes et de personnes, dans l’intérêt des deux États. Il a rappelé que les responsables syriens, notamment le ministre de l’Intérieur, le président Ahmed al-Chara et le ministre des Affaires étrangères Assad Cheibani, ont clairement indiqué qu’ils n’envisagent pas d’intervention militaire au Liban, tout en se déclarant prêts à aider Beyrouth en coordination avec l’État libanais. Selon lui, aucun des deux pays n’a intérêt à une intervention militaire.
Sur le rôle du ministère de l’Intérieur durant la guerre, Hajjjar a expliqué que le ministère s’est mobilisé dès les premières heures de l’escalade en activant la salle d’opérations centrale et en coordonnant avec la présidence du gouvernement, les gouverneurs, les caza, les municipalités et les forces de sécurité pour accompagner la vague de déplacements et assurer une réponse rapide aux personnes affectées.
Il a précisé que des mesures exceptionnelles ont été prises pour faciliter l’obtention de documents officiels pour les déplacés dans tous les bureaux d’état civil, et que des centres alternatifs ont été créés au sein du ministère pour servir les citoyens contraints de quitter leurs régions. Il a salué le rôle de la défense civile, des forces de sécurité intérieure et des autorités locales dans la gestion de la crise.
Le ministre a assuré que la situation sécuritaire est restée stable malgré les circonstances exceptionnelles, attribuant cette stabilité à la coordination entre les forces de sécurité et la vigilance des citoyens, qui ont permis d’éviter tout dérapage durant la période de déplacement.
Dans son évaluation de la sécurité actuelle, il a affirmé que la sécurité au Liban est très bonne malgré la poursuite des attaques israéliennes dans le Sud. Il a noté que les taux de criminalité sont restés comparables à ceux de l’année précédente, avec même une diminution de certains délits dans plusieurs régions.
Hajjjar a indiqué que la politique de sécurité préventive adoptée par le ministère a donné des résultats tangibles, notamment dans la lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée et le trafic de drogues. Il a révélé que les forces de sécurité ont récemment arrêté un des agents les plus notoires ainsi qu’un responsable important de l’organisation État islamique, estimant que ces succès reflètent l’efficacité du travail de renseignement et la réactivité des services libanais.
Le ministre a affirmé ne subir aucune pression politique dans l’exercice de ses fonctions, précisant que les échanges avec le président de la République et le Premier ministre se limitent à des félicitations et des encouragements lors d’opérations sécuritaires majeures, sans ingérence dans le travail du ministère.
Il a insisté sur l’absence de toute protection politique pour les auteurs d’infractions, soulignant que toutes les forces politiques reconnaissent que les dossiers liés au terrorisme, à la drogue et aux crimes graves ne peuvent être couverts ou dissimulés.
Concernant la lutte contre les réseaux de drogue, Hajjjar a indiqué que ce dossier est une priorité pour l’État. Il a précisé que la levée des protections politiques pour les coupables et les récents développements régionaux ont permis d’obtenir des résultats importants, notamment le démantèlement d’usines et de réseaux, ainsi que l’arrestation de trafiquants majeurs et de personnes recherchées.
Il a souligné que les forces de sécurité libanaises coopèrent étroitement avec des services arabes et internationaux, notamment dans les pays du Golfe, ainsi qu’avec les services syriens. L’échange d’informations et les opérations conjointes ont contribué à déjouer des réseaux, à saisir des cargaisons et à arrêter des suspects dans plusieurs pays.
Sur la question de la gestion des prisons, il a expliqué que, selon la loi, la gestion des établissements pénitentiaires devrait relever du ministère de la Justice. Il a indiqué avoir soulevé ce sujet dès sa prise de fonction, précisant que cela nécessite des préparatifs. Actuellement, cette responsabilité est confiée au ministère de l’Intérieur et des Municipalités, via les forces de sécurité intérieure, avec des moyens très limités. Il a rappelé que le problème majeur est la surpopulation carcérale, qui ne peut être résolue que par la construction de nouvelles prisons ou la fermeture de certaines. Il a souligné que la construction rencontre de nombreuses difficultés, notamment le manque d’aide des bailleurs internationaux, ce qui maintient la surpopulation. Il a également évoqué les lenteurs judiciaires, dues en partie au manque de personnel dans le secteur judiciaire, qui nécessitent un soutien accru. Il a affirmé que des efforts sont déployés pour atténuer cette crise, et que la meilleure solution serait l’adoption d’une loi d’amnistie générale proposée par plusieurs députés, espérant son approbation.
Interrogé sur la possibilité que la séance parlementaire soit annulée, compromettant ainsi la loi, il a répondu qu’aucune chose n’est totalement acquise ni garantie. Il a insisté sur la nécessité d’adopter une loi juste et équilibrée qui mette fin à toutes les injustices. Il a précisé que le ministère de l’Intérieur et des Municipalités souhaite voir tous les coupables en prison, et que les forces de sécurité déploient des efforts considérables, au prix de sacrifices, pour arrêter les délinquants. Il a reconnu que la situation difficile dans les prisons a conduit le ministère à soutenir, via le gouvernement et le Parlement, l’adoption de la loi d’amnistie générale afin de réduire la surpopulation et d’améliorer les conditions humaines dans les établissements pénitentiaires.
Il a ajouté que le dossier ne sera pas rouvert prochainement, car un consensus existe sur la nécessité de traiter les problèmes évoqués, notamment la surpopulation et la levée des injustices. Ces circonstances font de la loi d’amnistie générale une nécessité à ce stade.
Concernant les détenus islamistes, il a rapporté qu’au cours d’une réunion au palais de justice, un membre a affirmé que les personnes remises aux autorités syriennes sont ensuite libérées en Syrie. Le ministre de la Justice a cependant démenti cette information, précisant que ceux qui sont transférés poursuivent leur peine dans les prisons syriennes. Il a indiqué qu’environ 90 détenus syriens restent sous garde au Liban.
Sur le retour des déplacés syriens, il a confirmé que ce processus se poursuit. Il a rappelé que le gouvernement a pris des décisions importantes à ce sujet et qu’une commission présidée par le vice-Premier ministre, dont il est membre, a mis en œuvre un plan approuvé par la commission. La coordination pour le retour des déplacés avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a permis l’échange de données avec le ministère des Affaires sociales. Un grand nombre de Syriens sont ainsi rentrés chez eux. Environ 650 000 déplacés ont été retirés des listes du HCR sur un total d’un million 400 000. L’objectif est de légaliser la présence syrienne au Liban par des voies légales, évitant que des personnes conservent le statut de réfugié. Le retour continue et il a eu un échange avec le directeur général de la Sûreté générale, qui a fixé la date du 31 juillet 2026, prolongée jusqu’au 30 septembre 2026, pour faciliter les démarches des Syriens souhaitant retourner en Syrie, avec la possibilité de revenir au Liban par des voies légales. Cette mesure vise à encourager le retour des Syriens dans leur pays.
À propos de la sécurité routière, il a remercié de mentionner le rôle de la commission présidée par le ministre de l’Intérieur, qui comprend tous les ministères concernés, tels que la Santé, les Travaux publics, les Transports, ainsi que des représentants de la société civile et de la justice. Il a indiqué que cette commission a été relancée. Il a reconnu que durant la dernière guerre, des difficultés ont été rencontrées, mais après chaque réunion, des recommandations étaient adoptées et transmises aux ministères concernés pour organiser les responsabilités dans un effort coordonné. Des réunions périodiques sont tenues au ministère de l’Intérieur avec les gouverneurs et les forces de sécurité pour faciliter la circulation et réinstaller des radars. Un nombre important d’infractions pour excès de vitesse a été traité. Les feux de signalisation et les caméras sont reliés à la salle de contrôle du trafic routier, qui avait été négligée après l’explosion du port de Beyrouth, mais a été réactivée grâce à un financement externe, avec pour objectifs la sécurité et la gestion du trafic. Une stratégie a été mise en place pour lutter contre les infractions liées aux motos, qui posent problème aux citoyens et font l’objet de plaintes quotidiennes.
Il a expliqué que le problème des motos a plusieurs dimensions, notamment économiques, ce qui a poussé de nombreuses personnes à les utiliser pour économiser du carburant. La réactivation de l’article 12 du code de la route, interdisant la vente de motos non immatriculées, a été appliquée avec succès, entraînant une forte augmentation des enregistrements et une réorganisation des carnets de permis. Pour les motos, une décision est en préparation pour détruire celles qui restent saisies trois mois sans que leur propriétaire ne régularise leur situation. Ce travail s’inscrit dans une démarche systématique visant à changer la culture routière par le respect des lois et des consignes, et à promouvoir la sensibilisation.
Il a précisé que ces mesures sont appliquées dans toutes les régions, en particulier à Beyrouth en raison des problèmes de circulation et des déplacés. Une planification est en cours en coordination avec le gouverneur de Beyrouth, la police municipale et la brigade de circulation de la police de Beyrouth.
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