Liban
Le coût de la guerre au Liban pourrait dépasser 27 milliards de dollars, selon Salam : ce dont on a besoin, ce n'est pas de dépenser davantage, mais mieux
Le Premier ministre libanais, Najib Salam, a mis en garde contre les conséquences économiques et humaines de la guerre, soulignant que le coût total des conflits récents pourrait atteindre 27 milliards de dollars. Il a insisté sur la nécessité d'une dépense plus efficace plutôt que plus importante.

Le chef du gouvernement, Najib Salam, a prononcé un discours devant le Parlement ce mardi matin, lors d'une séance consacrée à l'examen du gouvernement, dans lequel il a déclaré :
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les députés,
Je me tiens aujourd'hui devant votre honorable assemblée, au nom du gouvernement « Réforme et Sauvetage », pour un exposé franc, afin de présenter la réalité du pays telle qu'elle est, ce que nous avons pu accomplir face aux défis majeurs auxquels nous avons été confrontés, et ce que nous nous engageons à réaliser dans la phase à venir.
Tout comme c'est toujours notre approche depuis la formation de ce gouvernement, je vous parlerai avec sincérité et transparence, dans une langue de responsabilité nationale, et non selon la logique de justification ou de promesses sans fondement.
Et je souhaite, ici et à travers vous, être franc avec tous les Libanais : notre situation est difficile, voire très difficile. Mais en rassemblant les efforts sincères pour placer réellement, non pas seulement en paroles, mais en actes, l'intérêt national au-dessus de toute autre considération, quelle qu'elle soit, en sortir n'est pas impossible.
Monsieur le Président,
En mars dernier, le Liban a été frappé par une guerre qu'on ne nous avait pas demandé de mener, ni même consultés sur son déclenchement. Elle nous a été imposée à un moment où les blessures profondes de la guerre 2023-2024 n'étaient pas encore cicatrisées. Lorsque nous avons vu les risques de cette guerre s'aggraver dans la région, nous avons prévenu, à plusieurs reprises, comme vous le savez tous, des dangers d'y entrer, et avons appelé à la prudence et à la raison, pour protéger le pays et épargner aux citoyens des souffrances… mais vous savez tous ce qui s'est passé. Les résultats sont les suivants :
Selon l'estimation du FMI concernant la première guerre, qui a commencé le 8 octobre 2023, son coût global s'élève à environ 14 milliards de dollars, dont environ 7,2 milliards en dommages matériels et près de 6,8 milliards en pertes économiques dues à l'arrêt de l'activité, à la baisse de la production et des recettes. Bien sûr, son coût humain a dépassé 4 000 morts et plus de 16 000 blessés.
Quant à la dernière guerre, qui a débuté le 2 mars, son coût direct jusqu'à présent, selon une estimation initiale du FMI, se situe entre 3 et 4 milliards de dollars. Ce chiffre ne tient pas compte du coût économique, qui dépasse les dégâts matériels directs et atteint, au minimum, entre 4 et 5 milliards de dollars. Là aussi, le coût humain principal reste supérieur à 4 000 morts et plus de 12 000 blessés.
Ainsi, les deux guerres combinées ont déjà coûté au Liban certainement plus de 20 milliards de dollars, et leur coût total pourrait dépasser 27 milliards de dollars lorsque l'évaluation de la guerre 2026 sera complète.
Cependant, ces chiffres, malgré leur ampleur, ne reflètent pas entièrement le coût réel, car ils ne prennent pas en compte la valeur de la fuite des compétences, la perte d'investissements, l'impact sur l'éducation, la baisse de la valeur des terres et des actifs, ainsi que le retard dans la reprise de la crise financière qui dure depuis 2019.
Quelle est donc la réelle conséquence de ces deux guerres pour le Liban ? Environ neuf mille morts, plus de trente mille blessés, plus d'un million de personnes déplacées à son apogée, des dizaines de milliers de logements détruits, des zones précieuses de notre territoire sous occupation, dont plus de 75 villages et villes, dont les habitants restent incapables de retourner chez eux et à leurs moyens de subsistance. Quant au coût économique des deux conflits, il tend à dépasser 27 milliards de dollars, comme mentionné précédemment.
Ce ne sont pas des chiffres abstraits ; ce sont des années de croissance, d'investissement, de reconstruction et d'opportunités d'emploi perdues pour les Libanais.
Ainsi, après avoir connu, l'an dernier, une croissance économique de 4,2 %, ce qui constituait un début de reprise progressive, nous sommes revenus à une contraction estimée à 6,4 % cette année. Ces effets se sont aggravés avec l'accélération de l'inflation, pour des raisons majoritairement externes, notamment la hausse des prix du pétrole mondial due à la guerre dans la région, la baisse des transferts des ressortissants à l'étranger et la suspension de l'activité touristique.
Monsieur le Président,
J'ai bien conscience de la douleur des familles libanaises. Je sais à quel point les prix des biens essentiels ont augmenté, à quel point l'inflation a grimpé, ainsi que le coût des générateurs électriques.
Si la situation difficile de vie que nous vivons aujourd'hui est, sans aucun doute, le résultat d'une accumulation de crises, et si la guerre a certainement exacerbé ces difficultés, entraînant ainsi l'arrêt du processus de croissance amorcé,
nous ne céderons pas à cette réalité, et nous sommes résolus à y faire face.
Nous parlons ici aujourd'hui alors que plus de 250 000 Libanais sont encore parmi les déplacés. De plus, la dernière guerre a causé la destruction totale ou partielle de 91 000 unités résidentielles, ajoutées aux environ 230 000 unités endommagées durant la guerre précédente, sans compter les villages et villes complètement détruits.
Cependant, ces défis majeurs n'ont jamais empêché notre gouvernement de remplir ses responsabilités pendant la guerre.
Nous avons été aux côtés de nos concitoyens au sud, en zone périphérique, au Békaa et dans toutes les régions touchées par le conflit. Nous avons mobilisé toutes les ressources de l'État afin que aucune famille ne soit laissée seule dans sa détresse, et afin qu'aucun déplacé ne dorme sans abri, ni ne soit abandonné sans nourriture.
Ainsi, en réponse à cette crise, le gouvernement a activé dès les premières heures de la dernière guerre la salle de crise centrale au sein de la présidence du Conseil des ministres, en appliquant un mécanisme de coordination global. La stratégie de préparation nationale que nous avions préparée à l'avance pour anticiper un nouveau conflit a permis d'identifier 325 centres potentiels d'hébergement, permettant ainsi d'assurer rapidement et de manière organisée des centres d'accueil dès le premier jour du déplacement.
Par ailleurs, la réponse humanitaire a été globale, touchant plusieurs secteurs. À ce jour, plus de quinze millions cinq cent mille repas chauds et froids ont été distribués, ainsi que plus de six millions de litres d'eau potable, et plus de 490 000 couvertures.
Parallèlement, nous avons maintenu les programmes de protection sociale, notamment le programme « Aman », et élargi les aides d'urgence aux familles déplacées, résistantes et les plus touchées. Des aides en espèces, d'un montant total de 52 millions de dollars, ont été distribuées pour soutenir les familles les plus vulnérables, en plus de fournir plus de huit millions de litres de carburant aux centres d'hébergement et aux villages situés le long de la frontière.
Je ne fais pas état de tout cela comme une faveur envers qui que ce soit, car nous n'avons fait que ce que nous impose la responsabilité nationale, sans parler du devoir moral. Je le dis simplement en réponse à ceux qui se sont permis d'exploiter la souffrance du peuple pour remettre en question la présence de l'État et sa réaction face à la détresse de nos concitoyens, posant ironiquement la question : « Où est l'État ? »
Oui, Monsieur le Président, nos capacités n'étaient pas illimitées, et la réponse n'a pas été complète.
Mais l'État était présent avec force, et a assumé ses obligations avec toutes les ressources dont il disposait, que vous connaissez toutes les limites. Cela s'est produit dans l'une des crises les plus difficiles que le Liban ait connues.
Je voudrais maintenant poursuivre mon exposé franc en partageant avec vous nos graves inquiétudes quant au manque criant de financement et de soutien international comparé à la réponse de 2024. Bien que les deux appels humanitaires urgents lancés conjointement avec l'ONU, le premier en présence du Secrétaire général Antonio Guterres à Beyrouth, aient fixé les besoins globaux de réponse à environ 639 millions de dollars, le financement assuré n'a pas dépassé 49,8 % des besoins totaux, contre un taux de couverture de 94,9 % en 2024. Ce recul reflète l'épuisement des donateurs, le changement des priorités mondiales et la baisse de l'engagement international, ce qui constitue un danger pour la continuité et l'étendue des aides humanitaires, alors que les besoins restent importants.
Malgré la difficulté de cette situation, notre objectif n'est pas de gérer la dépopulation du sud, mais de les ramener chez eux. Ce n'est pas d'accepter les centres d'hébergement, mais de les fermer. Ce n'est pas de laisser nos concitoyens dépendre des aides, mais de leur redonner les conditions de vie, de travail et de résilience dans leurs villages et leurs villes.
C'est pourquoi nous passons aujourd'hui de la gestion de la dépopulation à la confrontation des défis liés au retour et à la reprise.
Les efforts du gouvernement se concentrent désormais sur la garantie de conditions sûres et dignes pour le retour des familles et des déplacés ayant pu rentrer dans leurs régions, notamment dans la zone sud de Beyrouth, à Nabatiyeh, à Zahrani, à Sour, et dans toutes les localités où nous observons déjà un retour de leurs habitants.
Dans ce cadre, j'ai donné des instructions claires à toutes les ministères, administrations et institutions concernées, notamment les ministères des Travaux publics et des Transports, de l'Énergie et de l'Eau, des Télécommunications, le Conseil de développement et d'aménagement, le Conseil du Sud et la Haute autorité de secours, pour qu'ils agissent à pleine capacité et avec la rapidité requise sur le terrain.
Nous avons défini les priorités : élimination des décombres, ouverture et réparation des routes endommagées, traitement des dommages subis par les ponts, création de routes et passages alternatifs là où nécessaire, afin de reconnecter les régions et villages entre elles et faciliter le retour des habitants et leurs déplacements.
Parallèlement, le gouvernement œuvre à la restauration des services essentiels, condition fondamentale pour la pérennité du retour. Le ministère des Télécommunications a repris la connexion et le fonctionnement des réseaux de télécommunication dans les zones touchées, tandis que le ministère de l'Énergie et de l'Eau poursuit ses travaux de restauration des services électriques et d'eau. Nous avons également commencé la réparation des écoles, des centres gouvernementaux et des logements partiellement endommagés, et préparé la mise en place de maisons préfabriquées là où nécessaire, conformément à des critères sociaux clairs... Je n'ai aucun doute que tout individu doté de l'objectivité requise a déjà constaté cela.
L'État continuera, à travers toutes ses institutions et administrations, à mobiliser toutes ses ressources pour réussir ce parcours à chaque étape.
Mais nous devons aussi être francs envers les Libanais : l'ampleur des dégâts est bien supérieure à la capacité de l'État, avec ses ressources actuelles, à la supporter seul. Ainsi, la reconstruction et la reprise nécessitent, outre les ressources de l'État, un important soutien arabe, international et financement extérieur.
Pas de reconstruction durable sans financement, pas de financement sans confiance, pas de confiance sans État capable. Atteindre un État capable exige naturellement la réforme.
Parmi les réformes nécessaires figurent les réformes financières. Notre gouvernement vous a présenté un projet visant à modifier la loi de réforme bancaire, conforme aux recommandations du FMI. Nous apprécions votre Assemblée pour l'adoption de ces modifications, qui rapprochent le Liban de l'entrée dans un processus de reprise. Il est notoire que notre gouvernement avait déjà soumis un projet de modification de la loi sur la confidentialité bancaire, adopté lui aussi, contribuant ainsi au même contexte.
Parallèlement, nous attendons que votre Assemblée commence à examiner le projet de loi sur l'ordre financier et le remboursement des dépôts, connu sous le nom de projet de loi « Écart budgétaire », qui complétera le cadre juridique nécessaire pour traiter cette crise.
Ici, nous réaffirmons que notre gouvernement ne retirera pas ce projet de loi afin d'éviter tout gaspillage de temps, alors que les déposants attendent depuis longtemps, légitimement, et que le monde met notre crédibilité à l'épreuve à ce sujet. Mais nous affirmons pleinement notre volonté de participer activement aux discussions sur toute modification proposée, sous le toit de votre Assemblée. Notre gouvernement est prêt à tout coopérer dans ce domaine.
Mais nous devons être clairs : nous ne retrouverons ni croissance ni confiance sans achever la réforme financière et bancaire. C'est donc une responsabilité commune, gouvernement et Assemblée, à accomplir la loi sur l'écart budgétaire.
Dans ce domaine, nous réaffirmons l'importance de conclure un accord avec le FMI, option fondamentale que notre gouvernement s'est engagé à respecter dans son programme ministériel, sur lequel vous avez accordé votre confiance. Un tel accord n'est pas seulement important en soi, mais constitue un levier indispensable pour restaurer la confiance internationale envers le Liban, et une porte d'entrée pour obtenir le financement requis auprès de tous les partenaires régionaux et internationaux dans les axes de reprise financière et de reconstruction.
En attendant la finalisation de la restructuration du secteur bancaire et financier, la restauration de la confiance et la réouverture des canaux de financement, et en présence de la persistance de l'instabilité et de l'incapacité de l'État à financer ses dépenses via les marchés de capitaux, il était impératif de strictement contrôler les dépenses et de réorganiser les priorités.
On peut se demander : pourquoi contrôler les dépenses alors que les gens ont besoin d'aide ?
La réponse est claire : tout déploiement supplémentaire non financé signifierait davantage de pression sur la liquidité, davantage de pression sur les devises étrangères, davantage de pression sur la stabilité monétaire, sur les conditions de vie et sur la capacité des citoyens à accéder à leurs dépôts et à résoudre la crise du secteur bancaire.
La discipline n'implique pas abandonner les gens, elle les protège en réalité.
La discipline financière aujourd'hui n'est pas un choix, mais une condition d'instabilité. Elle est :
Une ligne de défense contre la stabilité monétaire.
Une ligne de défense contre la capacité de l'État à payer ses dépenses essentielles.
Une ligne de défense, en fin de compte, contre le citoyen et sa capacité d'achat.
En résumé, nous ne pouvons pas affronter la crise d'aujourd'hui avec les politiques qui ont créé les crises d'hier.
Il ne s'agit pas que l'État dépense davantage, mais qu'il dépense mieux. C'est précisément ce que nous faisons.
C'est pourquoi notre choix dans le projet de budget 2027 reposera sur la préservation de la stabilité au lieu d'un déficit provoquant des fluctuations et affectant la confiance ; la protection des catégories les plus vulnérables sans compromettre la durabilité financière ; l'investissement dans la croissance sans dépenses incontrôlées ; la poursuite des réformes au lieu de les reporter ; et la mobilisation des recettes grâce à la conformité fiscale et douanière, plutôt que d'accroître les charges sur l'économie et les citoyens.
Notre objectif est un budget qui prépare le passage d'une phase de gestion des crises à une phase de reprise durable, un budget responsable sur le plan financier, protecteur sur le plan social, favorable à la croissance et incitatif à l'investissement.
Aucun secteur n'a plus besoin d'investissement que le secteur électrique.
Résoudre la crise de l'électricité et construire de nouvelles usines nécessite des investissements de plusieurs milliards de dollars. L'État ne peut pas les assumer seul aujourd'hui.
Les principaux problèmes du secteur : l'usage prolongé de solutions temporaires, comme l'affrètement de barges de production d'électricité, et l'accumulation de dettes publiques atteignant des milliards de dollars.
Nous avons commencé à traiter ces problèmes : nous avons créé l'instance de régulation du secteur après un retard de 22 ans, adopté un document politique sur le secteur électrique qui ouvre la voie à l'investissement privé dans la production d'électricité, et travaillons à la restructuration du secteur. Nous sommes également à la veille d'une avancée nouvelle concernant le gaz arabe, qui devrait bientôt atteindre l'usine Dhour El Choueir 1, ce qui permettra d'augmenter les heures de fourniture à moindre coût et de manière plus propre.
D'autre part, nous avons travaillé à arrêter la dette publique et à mettre fin à la politique des avances. La fourniture électrique a atteint entre 7 et 9 heures par jour en février dernier sans coûter une livre à la trésorerie, uniquement grâce à l'amélioration de la collecte, avant que la guerre et la hausse mondiale des prix du pétrole ne fassent reculer la pendule.
Mais la hausse mondiale des prix des combustibles ne donne à personne le droit d'exploiter la nécessité des gens en matière d'électricité, ni de justifier les violations des tarifs officiels par les propriétaires de générateurs privés ou l'imposition de frais et de suppléments illégaux. C'est pourquoi la direction de la protection du consommateur a intensifié les opérations de contrôle, les constats d'infraction et les transmissions aux tribunaux pour application des mesures légales, allant jusqu'au saisie et à la confiscation des générateurs.
Notre message est clair à cet égard : celui qui pense pouvoir exploiter la nécessité des gens en matière d'électricité, ou croire que l'État fermera les yeux sur les infractions, se trompe. Il est surveillé, et la loi s'appliquera à tous sans exception.
Quant au développement, il n'a jamais été marginal dans l'action de ce gouvernement, même dans les moments les plus sombres de la guerre et les exigences de la réforme financière.
Le gouvernement a travaillé à agrandir la station de conteneurs du port de Beyrouth et à améliorer sa structure institutionnelle et opérationnelle, afin de le rétablir comme moteur économique du Liban après des années de stagnation laissées par l'explosion du 4 août.
De plus, notre gouvernement a relancé des dossiers de développement bloqués, dont le dossier de l'aéroport René Mouawad à Qleiat, convaincu que tout véritable progrès du Liban ne peut pas se limiter au centre, mais doit toucher toutes les régions.
L'aéroport de Qleiat, par exemple, n'est pas un projet isolé pour nous, mais une partie d'une vision intégrée pour le développement du nord et d'Akkar, accompagnée du développement du port de Tripoli, du projet de chemin de fer, de la mise en œuvre de la zone économique spéciale et de l'exposition internationale Rashid Karami.
Sur le plan stratégique, notre gouvernement a travaillé à consolider la position du Liban sur la carte des projets régionaux, notamment en matière de lignes commerciales et de chaînes d'approvisionnement énergétique, qui étaient au cœur de mes discussions à Istanbul et Bagdad.
Après avoir rétabli les liens rompus entre le Liban et ses frères arabes, nous avons réussi à reconnecter l'économie libanaise à ses marchés naturels au cœur de l'Arabie, en éliminant les obstacles à ses exportations, notamment vers l'Arabie Saoudite et les autres pays du Golfe. Nous avons également renforcé les relations de coopération avec la Syrie voisine en signant une convention entre nos deux gouvernements pour créer une commission mixte libano-syrienne de haut niveau.
Cependant, ces nouvelles perspectives ne porteront leurs fruits pleinement que si nous réussissons à consolider la sécurité et la stabilité dans notre pays. Je le répète avec toute la clarté possible : aucune stabilité durable sans l'extension du pouvoir de l'État sur l'ensemble de son territoire, par ses propres forces, et sans que le pouvoir de décision sur la guerre et la paix ne soit exclusivement entre ses mains. C'est ce que nous avons accepté dans notre programme ministériel, et nous revenons devant vous aujourd'hui pour confirmer notre engagement à y parvenir.
Dans ce contexte, nous avons travaillé à renforcer les capacités de nos forces armées et avons commencé à améliorer leur situation, tout en collaborant avec nos partenaires arabes et internationaux pour obtenir davantage de soutien. J'en profite pour adresser ici la plus grande reconnaissance à notre armée, qui élargit aujourd'hui sa présence au sud, suit le retour des habitants, tandis que toutes les institutions de l'État et leurs administrations œuvrent à rétablir leur présence et leur rôle.
Il n'y aura ni sécurité ni stabilité tant que la guerre ne cessera pas au sud.
Nous sommes clairs et intransigeants. Nous voulons mettre fin à la guerre. Notre objectif est le retrait israélien de l'ensemble du territoire libanais, la libération de tous nos prisonniers, et le retour sécurisé et digne de nos concitoyens dans leurs villages et leurs villes, que nous voulons reconstruire.
Pour atteindre cet objectif, conformément à l'article 52 de la Constitution, le Président de la République assume aujourd'hui les négociations avec Israël, en concertation avec moi en tant que chef du gouvernement, sous la médiation des États-Unis, confirmant ainsi que l'État libanais, seul, représente le Liban dans ces négociations. Bien que notre pays soit fortement affecté par les événements de la guerre en cours dans la région, il n'est pas une pièce de négociation entre les mains d'autrui dans des négociations auxquelles il est absent.
Vous savez tous que les négociations directes avec Israël ne sont pas faciles, et que, comme toute négociation, elles ne produisent pas de résultats aussi vite que certains l'espèrent. Le Liban est fermement attaché à sa souveraineté sur toutes ses terres, sans ambiguïté ni concession. La souveraineté exige le retrait d'Israël de toutes les terres libanaises, ainsi que l'extension du contrôle de l'État par ses propres forces et l'effort pour concentrer les armes entre ses mains.
Tous savent que le cadre tripartite convenu dans les négociations constitue une référence dans le processus négociateur. Mais il ne s'agit pas d'un accord au sens juridique du terme, mais d'un cadre politique. Et certainement pas d'une convention achevée qu'on pourrait présenter au Conseil des ministres pour ratification.
Cependant, ce cadre tripartite inclut une série de mesures d'exécution, même si sans calendrier précis, qui conduisent à un retrait progressif d'Israël et à une extension de l'armée libanaise. L'évaluation sérieuse de ces négociations ne se limite pas à une phase particulière, mais porte sur leurs résultats finaux.
Il est compréhensible que certains ne soient pas d'accord avec le contenu de ce cadre, ou aient des remarques sur certaines de ses clauses. Mais dire qu'il implique des engagements nouveaux pour le Liban non consentis est surprenant, surtout que l'engagement principal du Liban est de concentrer les armes entre les mains de l'État. Cela n'est rien de nouveau : notre gouvernement s'y est engagé dans son programme ministériel, et vous lui avez accordé votre confiance sur cette base. C'est fondamental dans l'Accord de Taëf, et il figure également dans l'accord de cessez-le-feu négocié par le gouvernement précédent en 2024.
Ainsi, la question n'est pas que quelqu'un demande aujourd'hui au Liban un engagement qu'il n'a jamais pris auparavant. La question est de savoir comment réaliser ensemble les objectifs que nous souhaitons tous.
Je le dis clairement : je ne suis pas passionné par la négociation pour la négociation, ni je pense que l'un des membres du gouvernement l'est. Mais la responsabilité de l'État est de choisir le chemin le moins coûteux pour les Libanais afin d'atteindre ses objectifs.
La négociation en elle-même n'est pas une concession sur les droits, mais un moyen de les récupérer par voie diplomatique.
En conclusion, je vous remercie, Monsieur le Président, ainsi que vos excellences les députés pour votre attention bienveillante.
De notre côté, moi et tous les membres du gouvernement, nous écouterons attentivement vos interventions, et nous attendons un débat fructueux entre nous, au service du bien du Liban et d'un avenir meilleur pour tous ses enfants.
Que vous viviez, que vive le Liban.
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