Liban
Le ministre Amir Al-Bassat a dévoilé une stratégie nationale visant à restructurer le secteur des assurances libanais pour soutenir la reprise économique.

Un rendez-vous s’est tenu à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth autour du ministre de l’Économie et du Commerce, Amir Al-Bassat, portant sur la « vision stratégique du secteur des assurances au Liban ». Cette rencontre a été organisée à l’initiative du président de l’université, le professeur François Bouadak, et de la directrice par intérim de l’Institut supérieur des sciences de l’assurance, la professeure Irma Majdalani, en partenariat avec l’Association des compagnies d’assurance libanaises. Y ont participé le député Farid Al-Boustani, des dirigeants d’assurances ainsi que des représentants syndicaux et des présidents d’organismes.
Lors de cet événement, Amir Al-Bassat a présenté une « stratégie nationale ambitieuse » intitulée « Construire la résilience : réformer le secteur des assurances au Liban ». Cette initiative vise à restructurer la filière pour qu’elle devienne un pilier essentiel de la relance économique nationale. Le ministre a souligné que le secteur des assurances constitue aujourd’hui « le dernier canal financier actif dans l’économie libanaise » et représente un fondement clé pour restaurer la confiance dans le système financier.
Il a insisté sur la résilience exceptionnelle du secteur, qui a absorbé les chocs institutionnels alors que les banques et les institutions publiques ont failli. Il l’a décrit comme un partenaire vital pour assurer la stabilité nationale et soutenir la reprise économique. Selon lui, la modernisation du secteur est une condition indispensable pour réintégrer l’économie libanaise dans le circuit mondial et normaliser la situation économique.
Le ministre a détaillé une feuille de route articulée autour de trois axes principaux :
- Une structure solide du marché, avec la mise en place d’un secteur organisé, responsable et disposant d’une solvabilité robuste.
- Le renforcement du rôle de supervision, en dotant la commission de contrôle des organismes d’assurance de tous les outils juridiques et procéduraux nécessaires.
- L’accès à des soins de santé abordables, en maîtrisant l’inflation des coûts médicaux et en garantissant la transparence.
Concernant les avancées déjà réalisées, Amir Al-Bassat a annoncé la réactivation du Conseil national des assurances après une interruption de neuf ans et la restauration du leadership authentique de la commission de contrôle des organismes d’assurance par la nomination d’un président permanent, Nadim Haddad. Il a qualifié ces mesures de fondatrices pour une gouvernance stratégique.
Il a également indiqué que des travaux sont en cours pour activer un conseil d’arbitrage des assurances, qui offrira un mécanisme rapide de résolution des litiges afin de protéger les assurés sans recours aux tribunaux coûteux.
Sur le plan législatif, le ministre a confirmé que le ministère prépare le remplacement de la loi de 1968 régissant les organismes d’assurance par une « nouvelle loi sur les assurances du XXIe siècle ». Celle-ci intégrera des normes de solvabilité basées sur les risques, des cadres clairs pour la liquidation des entreprises en difficulté et des dispositions légales explicites pour garantir les droits des consommateurs.
En ce qui concerne les dossiers en suspens et la hausse des coûts de santé, Amir Al-Bassat a insisté sur la priorité donnée au traitement des réclamations liées à l’explosion du port de Beyrouth ainsi qu’aux dossiers d’assurance vie affectés par la crise. Il a mentionné que des interventions législatives sont en cours de préparation.
Il a aussi dévoilé un plan de collaboration avec le ministère de la Santé publique visant à imposer la transparence des prix et la gouvernance clinique pour contrer l’inflation structurelle des dépenses hospitalières. Le ministre s’est engagé à ce que le ministère assume publiquement et de manière exemplaire toutes les obligations prises. Il a assuré que tous les décrets et textes législatifs feront l’objet de consultations transparentes avec l’ensemble des parties concernées afin de garantir un secteur des assurances digne de chaque citoyen libanais.
De son côté, François Bouadak a accueilli les participants à l’occasion du cinquantième anniversaire de la création de l’Institut supérieur des sciences de l’assurance. Il a salué « le partenariat continu entre l’Institut et le secteur des assurances dans le développement des programmes académiques, la formation pratique et l’intégration des diplômés sur le marché du travail ». Il a affirmé que l’université s’efforce de renforcer son rôle de partenaire des forces vives de la société et de contribuer au développement économique et social en formant des compétences qualifiées et en produisant des connaissances et de la recherche scientifique.
Il a souligné l’importance du secteur des assurances face aux risques et défis économiques et sociaux que traverse le Liban, en insistant sur la nécessité d’une coopération entre les autorités publiques, les organes de régulation, les professionnels et les universités pour accompagner les transformations du secteur.
François Bouadak a déclaré : « À travers l’Institut supérieur des sciences de l’assurance, l’Université Saint-Joseph aspire à suivre l’évolution du secteur en mettant son expertise académique au service des professionnels, des autorités de contrôle et des décideurs. Elle réaffirme ainsi le rôle de l’université comme centre de réflexion, d’innovation et d’accompagnement des grandes mutations économiques et sociales. »
Il a ajouté que ces ambitions prennent une importance particulière dans un secteur des assurances qui occupe une place centrale dans la vie économique et sociale libanaise. Face aux risques liés à l’instabilité politique, économique et sécuritaire que traverse le pays, l’assurance joue un rôle fondamental de protection pour les citoyens et les institutions. Ce rôle devient encore plus crucial face aux défis sociaux croissants qui rendent l’accès aux soins plus difficile pour une partie de la population. Malgré l’engagement des autorités publiques, les moyens disponibles ne suffisent pas toujours à garantir la protection légitime attendue par les citoyens. Dans ce contexte, le secteur des assurances doit relever un défi complexe consistant à concilier sa mission d’utilité publique avec les exigences de durabilité économique qui assurent sa capacité à maintenir son rôle. Ces enjeux appellent une réflexion collective réunissant autorités publiques, organes de régulation, professionnels et universités. »
Enfin, François Bouadak a estimé que la participation du ministre Al-Bassat revêt une importance particulière en présentant sa vision stratégique devant les acteurs concernés, favorisant ainsi le dialogue entre décideurs, experts, universitaires et praticiens, et contribuant au développement du secteur des assurances dans la prochaine phase.



