Liban
Au Liban, la diminution des prix du carburant ne modifie pas encore les tarifs du transport terrestre, suscitant des interrogations sur les critères de fixation des prix.

Alors que les prix des carburants continuent de baisser au Liban, le débat sur les tarifs du transport terrestre refait surface. La question se pose de savoir si la chute des prix de l’essence et du mazout se traduira par une réduction des tarifs du service de transport collectif, ou si ces derniers resteront stables malgré la baisse d’un des principaux coûts d’exploitation.
Cette interrogation s’appuie sur une tendance observée ces dernières années : toute hausse des prix des carburants entraînait rapidement une augmentation des tarifs du transport, que ce soit par une révision officielle ou par une majoration pratiquée par de nombreux chauffeurs. Progressivement, les tarifs des taxis se sont stabilisés dans plusieurs régions entre 250 000 et 300 000 livres libanaises, certains conducteurs demandant jusqu’à 400 000 livres, tandis que les tarifs de certaines lignes de minibus sont restés autour de 150 000 livres.
Le contexte actuel diffère toutefois, car la baisse des prix des carburants ne s’est pas encore traduite par un ajustement des tarifs du transport. Cette situation relance les interrogations sur les mécanismes de fixation des prix et sur le fait de savoir si ceux-ci dépendent uniquement des fluctuations du prix du carburant ou s’ils résultent d’une équation plus large intégrant plusieurs éléments des coûts d’exploitation.
Bassam Tleiss : le tarif ne dépend pas uniquement du carburant
Dans ce cadre, Bassam Tleiss, président des fédérations et syndicats du secteur du transport terrestre au Liban, indique à « Nidaa Al-Watan » que « le tarif du service de transport collectif restera pour l’instant inchangé, malgré la baisse des prix de l’essence et du mazout ». Il précise que « la décision de modifier le tarif ne dépend pas uniquement du prix des carburants ».
Il explique que « la fixation du tarif repose sur environ 17 éléments qui entrent dans le calcul des coûts d’exploitation, le prix du carburant n’en constituant qu’une partie, aux côtés des frais d’entretien, des pièces de rechange, des huiles, des pneus et d’autres dépenses supportées par les chauffeurs. Par conséquent, la baisse du prix du carburant ne signifie pas automatiquement une réduction du tarif ».
Il ajoute que « les fédérations et syndicats du secteur du transport terrestre sont prêts à répondre à toute invitation à une réunion avec le ministre des Travaux publics et des Transports ainsi que la direction du transport terrestre, afin d’examiner la situation du secteur et d’évaluer si une révision des tarifs s’avère nécessaire à la lumière des récents développements ».
Bassam Tleiss souligne que « le tarif officiel actuellement en vigueur est de 250 000 livres libanaises », précisant que « tout montant supérieur à ce tarif n’est pas fondé sur une décision officielle ». Il rappelle que « le citoyen a le droit de refuser de payer un tarif entre 300 000 et 400 000 livres et de choisir un taxi respectant le tarif officiel ».
D’un point de vue économique, la baisse des prix des carburants ne constitue pas à elle seule un indicateur suffisant pour réduire les tarifs du transport, le carburant ne représentant qu’une part des coûts d’exploitation. Les prix des pièces détachées, des pneus, des huiles, des travaux d’entretien, ainsi que les coûts d’assurance et les taxes d’exploitation restent élevés, limitant ainsi l’impact de la baisse des carburants sur le coût total supporté par les chauffeurs.
En revanche, plusieurs observateurs estiment qu’une méthode équitable de fixation des tarifs devrait s’appuyer sur une formule claire reliant les prix aux variations des coûts d’exploitation, à la hausse comme à la baisse. Si la hausse des prix des carburants justifie une révision des tarifs, il serait logique que leur baisse se reflète également, dans la mesure où les autres éléments des coûts le permettent. Cela permettrait d’équilibrer les droits des chauffeurs et la capacité des citoyens à assumer les frais de transport, tout en renforçant la confiance dans le mécanisme officiel de tarification.
Cependant, la réalité sur le terrain révèle une persistance du désordre dans le secteur du transport. Les tarifs varient toujours d’une région à l’autre, voire d’un chauffeur à l’autre sur une même ligne, en raison d’un contrôle insuffisant et de l’absence d’un mécanisme efficace garantissant le respect des tarifs officiels. En conséquence, les usagers se retrouvent confrontés à des prix disparates, tandis que les plaintes sur le manque d’organisation effective de ce secteur vital restent nombreuses.
Entre les revendications des citoyens pour que la baisse des prix des carburants se reflète dans les tarifs du transport et la position des chauffeurs qui rappellent que le carburant n’est qu’un élément des coûts d’exploitation, la nécessité d’instaurer un mécanisme transparent de révision périodique des tarifs apparaît urgente. Ce système devrait s’appuyer sur des indicateurs économiques clairs afin d’assurer un équilibre entre les droits des chauffeurs et la capacité des citoyens à assumer les frais de déplacement, tout en mettant fin au désordre tarifaire qui caractérise ce secteur.
Nidaa Al-Watan
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