Culture & société
Égypte : restrictions sur les réseaux sociaux pour protéger les enfants
L’Égypte impose des restrictions d’âge strictes sur les comptes de réseaux sociaux, interdisant l’accès autonome aux moins de 13 ans et activant automatiquement un mode sécurisé pour les 13–14 ans.

Le Conseil supérieur de la régulation de l’information a annoncé une décision prise en coordination avec l’Autorité nationale de régulation des télécommunications. L’objectif est de protéger les enfants contre tout contenu ou pratique susceptible de nuire à leur sécurité psychologique, sociale et numérique, tout en garantissant un usage sûr des technologies.
Conformément à cette mesure, les plateformes sont tenues d’interdire la création de comptes autonomes aux utilisateurs âgés de moins de treize ans. Pour les jeunes âgés de treize à quatorze ans, la possession d’un compte reste autorisée, à condition que le mode d’utilisation sécurisé soit activé automatiquement et de façon obligatoire. Ce dispositif ne peut être désactivé par l’enfant lui-même tant qu’il relève de cette tranche d’âge.
Khâlid Abd al-Azîz, président du Conseil supérieur de la régulation de l’information, a précisé que ces mesures ne visent ni à priver les enfants de l’accès aux technologies ni à les isoler du progrès numérique. Elles cherchent plutôt à assurer un usage adapté à leur âge et à leur capacité à identifier et gérer les risques associés.
Dans un entretien accordé à Sky News Arabia, la spécialiste en éducation et en psychologie, la docteure Mounâ Lamloum, a qualifié la décision d’« importante », tout en soulignant qu’elle intervenait avec retard. Elle a rappelé que plusieurs pays européens avaient déjà adopté des dispositions similaires en matière de protection de l’enfance en ligne.
Elle a insisté sur la nécessité d’établir des cadres réglementaires clairs pour limiter les atteintes à la vie privée et l’exposition à des contenus nuisibles. Elle a notamment évoqué des cas avérés d’exploitation d’images d’enfants, de montage de ces images sur des supports inappropriés, et les conséquences psychologiques et sociales graves subies par les victimes ainsi que par leurs familles.
La docteure Lamloum a également identifié d’autres dangers, tels que l’accès à des contenus violents ou inadaptés à l’âge, ou encore les échanges avec des inconnus. Selon elle, ces risques appellent la mise en place de mécanismes de protection précis et opérationnels.
Elle a souligné que la simple publication de la décision ne suffisait pas : son application effective doit s’accompagner d’une campagne d’information destinée aux parents, afin de les aider à surveiller l’usage que leurs enfants font des smartphones et des réseaux sociaux.
Elle a mis en garde contre les effets pervers d’un interdit total, qui pourrait pousser l’enfant à utiliser le téléphone d’un parent ou d’autres moyens pour accéder au même contenu.
La spécialiste a appelé à développer des alternatives numériques sûres, permettant aux enfants de communiquer et d’interagir dans un environnement adapté à leur âge, plutôt que de se limiter à des mesures restrictives.
Parmi les pistes qu’elle a proposées figurent la création de plateformes dédiées aux enfants, placées sous supervision adulte, dotées de systèmes de filtrage capables d’éliminer les contenus violents ou inappropriés, et organisées en groupes d’âge avec des règles limitant les interactions avec des personnes extérieures.
Elle a conclu que la protection des enfants exige une collaboration étroite entre les autorités compétentes, les parents, les plateformes numériques, la diffusion d’un savoir sur l’usage responsable des technologies, et la mise à disposition d’alternatives adaptées.
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