Culture & société
Crise alimentaire en Afrique : 167 millions de personnes menacées
Plus de 167 millions d'Africains souffrent d'insécurité alimentaire aiguë, une crise exacerbée par les conflits et la sécheresse qui touche particulièrement six pays membres de l'Igad.

L'insécurité alimentaire s'étend sur le continent africain, affectant désormais plus de 167 millions de personnes. Parmi elles, 40 millions résident dans six États membres de l'organisation régionale Igad. La crise ne se limite plus aux zones traditionnelles de conflit ; elle gagne du terrain depuis l'est de l'Afrique jusqu'au Sahel et à l'Afrique de l'Ouest, touchant des populations toujours plus nombreuses avec des niveaux élevés de faim.
Plusieurs facteurs convergent pour expliquer cette dégradation : conflits armés, déplacements massifs de population, baisse de la production agricole, ainsi que des conditions climatiques extrêmes alternant sécheresse et inondations. L'inflation des prix alimentaires et l'érosion du pouvoir d'achat aggravent la situation, laissant des millions de ménages incapables de couvrir leurs besoins essentiels.
Sécheresse historique et alerte de l'Igad
La sécheresse a atteint des niveaux critiques après une saison qualifiée de la plus aride jamais enregistrée dans plusieurs régions du continent. Le manque de pluies a entraîné la destruction des récoltes, une pénurie sévère de pâturages et un approvisionnement insuffisant en eau. Dans ce contexte, l'Igad (Autorité intergouvernementale pour le développement) a publié un rapport mettant en garde contre des niveaux élevés d'insécurité alimentaire aiguë prévus pour 2026 en Djibouti, au Kenya, en Somalie, au Soudan du Sud, au Soudan et en Ouganda.
Mohamed Abdi Wari, vice-secrétaire exécutif de l'organisation, souligne l'urgence de passer d'une logique de réponse aux urgences à une approche préventive et anticipative. Il rappelle que derrière ces chiffres se trouvent des familles luttant pour se nourrir, des agriculteurs et éleveurs dont les moyens de subsistance sont brisés, ainsi que des enfants souffrant de malnutrition.
Le Soudan et ses voisins sous pression
Le Soudan traverse la pire crise alimentaire de la région. Entre février et mai 2026, 19,5 millions de personnes, soit 41 % de la population analysée, font face à une insécurité alimentaire aiguë élevée. Au Soudan du Sud, le taux de prévalence est encore plus critique : 55 % de la population est concernée entre avril et juillet. Le nombre de personnes nécessitant une aide urgente pour la nourriture et les moyens de subsistance y atteint 7,8 millions, marquant une hausse de près de 103 200 individus par rapport au pic enregistré en 2025.
Les données classent environ 2,5 millions de personnes au stade « Urgence », tandis que 73 000 autres vivent dans des conditions « Catastrophiques ». En Somalie, la détérioration est également rapide. Près de 6,5 millions de personnes, représentant 33 % de la population, ont connu une insécurité alimentaire aiguë élevée entre février et mars 2026. Ce chiffre dépasse de 1,9 million celui observé lors du pic de 2025.
Impact des conflits sur la consommation
Au Kenya, dans les zones arides et semi-arides, 4,1 millions de personnes, dont presque 429 500 réfugiés, ont fait face à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire aiguë entre avril et juin 2026. Cette estimation excède de 46 % le record de 2025, correspondant à une augmentation d'environ 1,3 million de personnes. À Djibouti, les projections indiquent que 300 000 habitants, soit 25 % de la population étudiée, subiront une insécurité alimentaire aiguë élevée entre juillet et décembre 2026.
Le Centre africain d'études stratégiques attribue directement la persistance des conflits sur le continent à l'atteinte de ce niveau record d'insécurité alimentaire. Environ 130 millions de personnes confrontées à la faim aiguë, soit près de 78 % du total, vivent dans des pays en proie à des violences armées. Dans ces territoires, les ménages présentent des lacunes significatives dans leur consommation alimentaire, reflétées par des taux de malnutrition élevés ou supérieurs à la normale.
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