Culture & société
Le départ, phase la plus dangereuse de l'emprise abusive
Loin d'être une solution immédiate, la séparation expose les victimes à un risque accru de violences conjugales, selon des données du Département de la Justice américain.

Pour de nombreuses personnes ayant subi des maltraitances, quitter le foyer ne met pas fin au calvaire. Cette étape marque souvent le début d'une nouvelle forme de domination. Les proches et l'entourage peinent fréquemment à comprendre cette réalité, posant systématiquement la question : pourquoi ne pas simplement partir ?
Kaytee Gillis, travailleuse sociale clinique licenciée (LCSW), relate avoir entendu des interrogations similaires lors de son propre parcours personnel. Des questions telles que « Pourquoi avez-vous mis tant de temps à partir ? » témoignent d'une méconnaissance profonde des mécanismes en jeu. Ce constat se répète avec ses clients.
Un pic de dangerosité post-séparation
Les études indiquent que la période entourant la rupture constitue le moment le plus périlleux pour les victimes. Selon le Département de la Justice des États-Unis, jusqu'à 75 % des agressions domestiques signalées aux forces de l'ordre surviennent après la séparation du couple (1983). Cette statistique dissuade parfois les victimes de tenter une sortie.
La violence ne cesse pas ; elle mute. Un partenaire abusif peut abandonner la surveillance constante ou les coups physiques au profit du harcèlement, des menaces, du contact non désiré ou de la manipulation financière. L'abus par le biais des enfants devient également un levier pour maintenir l'emprise. Le lien conjugal est rompu, mais la dynamique de contrôle persiste.
Continuité du coercitif et soutien nécessaire
Cette persistance crée une confusion chez l'entourage, qui interprète souvent ces comportements comme une incapacité à « tourner la page ». En réalité, il s'agit d'une continuation du contrôle coercitif. Pour certains observateurs, c'est seulement après le départ que la nature abusive de la relation précédente devient évidente.
Le rôle des amis et de la famille est crucial pour aider la victime à reprendre le pouvoir sur sa vie. Toutefois, accéder à ce soutien externe reste complexe. Certains agresseurs exploitent précisément la précarité des ressources disponibles pour intimider leur victime et l'empêcher de partir.
Cette tactique affecte particulièrement les victimes LGBTQ+. La méfiance envers les autorités judiciaires pousse déjà certaines personnes à rester auprès de leur agresseur, percevant cette situation comme la moins risquée. Savoir qu'elles pourraient être isolées si les violences s'intensifient après la rupture renforce cette paralysie.





