Culture & société
Violence conjugale au Maroc : 70 % des hommes touchés
Une étude officielle révèle que sept hommes sur dix ont subi de la violence, principalement psychologique, dans le cadre conjugal.

La Haute Commission du Plan a publié des données alarmantes concernant la violence exercée contre les hommes au Maroc. Selon cette enquête, 70 % des répondants masculins ont été victimes d'au moins un acte violent au cours de leur vie. Plus spécifiquement, plus de quatre hommes sur dix ont déclaré avoir subi de la violence durant les douze mois précédant l'étude.
Le foyer conjugal constitue le principal lieu d'exposition à ces agressions. Les statistiques indiquent que 31 % des hommes ont souffert de violences perpétrées par leur épouse, ex-épouse, fiancée ou partenaire intime. La nature de ces actes est dominée par la violence psychologique, qui représente 73 % des cas recensés. Elle est suivie par la violence physique (20 %), sexuelle (4 %) et économique (3 %).
Réactions associatives et juridiques
L'Association marocaine pour la défense des droits des pères et des enfants a signalé environ 1 500 cas de violence masculine sur une période de trois ans. Ces incidents incluent des coups, blessures, insultes, diffamation, chantage ainsi que l'utilisation des enfants comme moyen de pression sur les pères.
Me Abdelaziz Khalil, avocat cité par Hespress, souligne une lacune législative majeure : le droit marocain ne dispose pas d'une loi spécifique contre la violence faite aux hommes, contrairement à la loi 103.13 relative à la protection des femmes. Par conséquent, les affaires impliquant des victimes masculines sont traitées selon les dispositions générales du Code pénal.
L'avocat identifie la preuve comme étant l'obstacle principal, notamment pour les violences morales et psychologiques. Il préconise une extension de la définition légale de la violence et l'intégration de mécanismes médicaux et psychologiques certifiés pour renforcer les éléments probatoires.
Débats sociétaux sur la gravité
Le sociologue Abdessamad Dialmy nuance toutefois cette lecture, estimant que la violence féminine envers les hommes ne constitue pas un phénomène social structurel comparable à celui subi par les femmes. Pour lui, il s'agit majoritairement de réactions individuelles ou de violence psychologique, là où la violence contre les femmes repose sur des fondements liés au genre.
Ghizlane Mamouni, présidente de l'association « Kif Mama Kif Baba », appelle à ne pas établir de symétrie entre les deux situations. Elle précise que 94 % des violences subies par les hommes sont d'ordre psychologique, tandis que celles visant les femmes prennent souvent des formes physiques et sexuelles graves.
Des associations de défense des droits des hommes et des pères militent pour une égalité effective en matière de garde, pension alimentaire et autorité parentale. Ils exigent une application stricte des lois garantissant le droit du père aux liens familiaux, arguant que l'intérêt supérieur de l'enfant impose le maintien de relations avec ses deux parents après le divorce.
Me Khalil rappelle enfin que le Code pénal prévoit des sanctions correctionnelles, pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement, à l'encontre du parent gardien qui refuserait volontairement d'exécuter un jugement relatif aux liens familiaux ou qui utiliserait l'enfant comme outil de chantage.





