Économie
L’Union européenne envisage d’étendre ses mesures de sauvegarde aux plastiques et produits chimiques importés de Chine, après une hausse de 26 % des importations chimiques (50,2 milliards d’euros en 2025) et un effondrement de la part de marché européenne dans la production mondiale de plastique, passée de 22 % à 12 % entre 2006 et 2024.

L’Union européenne élargit progressivement son arsenal commercial pour faire face à l’afflux croissant de produits chimiques et plastiques en provenance de Chine. La France et l’Italie ont entamé des démarches pour activer des procédures de sauvegarde, tandis que l’Allemagne pourrait bientôt les rejoindre. Ces mesures visent à encadrer les importations de polymères comme le polyéthylène téréphtalate (PET), les résines époxy et les fibres de verre — matériaux clés dans les secteurs de l’emballage, de l’automobile, de l’énergie et de la construction.
Contrairement aux droits antidumping, les mesures de sauvegarde ne requièrent pas la preuve d’un soutien étatique ou d’une pratique déloyale. Elles peuvent être déclenchées dès lors qu’une augmentation soudaine des importations menace gravement la production locale. Leur forme potentielle inclut des quotas d’importation ou des droits douaniers temporaires. Selon Reuters, plusieurs États membres préparent officiellement des demandes d’enquête auprès de la Commission européenne dans ce cadre.
Les chiffres confirment l’ampleur du déséquilibre : les importations européennes de produits chimiques en provenance de Chine ont atteint 50,2 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de 26 % sur un an. Les exportations européennes vers la Chine se sont élevées, sur la même période, à 34,5 milliards d’euros. Pour les plastiques, caoutchoucs et leurs dérivés, les importations depuis la Chine ont totalisé 23,38 milliards d’euros, contre seulement 8,72 milliards d’euros d’exportations. La Chine représente à elle seule 27,8 % des importations externes de l’UE dans cette catégorie.
Le déficit commercial global de l’UE avec la Chine s’est creusé à 359,8 milliards d’euros en 2025. Ce résultat s’explique par une hausse de 6,4 % des importations européennes en provenance de Chine, combinée à une baisse de 6,5 % des exportations européennes vers ce pays, selon Eurostat. À cela s’ajoute l’importation spécifique de produits chimiques organiques chinois, qui a représenté à elle seule 34,1 milliards d’euros.
La pression ne vient pas uniquement de l’extérieur : le taux d’utilisation des capacités de production dans l’industrie chimique européenne stagne à environ 75 %, en dessous de ses moyennes historiques. Cette faiblesse persiste dans des pays industriels majeurs comme l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas. Au premier semestre 2026, les exportations du secteur chimique européen ont reculé de 6,3 %, tandis que les importations ont baissé de 5,9 %. Les polymères et certaines matières premières chimiques organiques figurent parmi les segments les plus affectés.
Dans le secteur du plastique, les données de Plastics Europe montrent une perte structurelle de compétitivité : la part de marché mondiale de l’Europe est tombée de 22 % en 2006 à 12 % en 2024. En comparaison, la Chine détient désormais 34,5 % de la production mondiale — près de trois fois celle de l’UE. Le chiffre d’affaires de l’industrie plastique européenne a chuté de 457 à 398 milliards d’euros entre 2022 et 2024. Depuis trois ans consécutifs, l’UE est devenue un importateur net de plastique en volume.
La Commission européenne attribue ce déclin à la hausse des coûts énergétiques et des matières premières, au ralentissement de la demande intérieure et à la concurrence internationale accrue. Elle signale la fermeture annoncée de plus de 20 sites de production majeurs au cours des deux dernières années, entraînant la suppression estimée de 10 000 à 20 000 emplois. L’UE a perdu entre 8 % et 10 % de sa capacité de craquage pétrochimique en trois ans. La Commission met en garde contre un risque de perte supérieure à 20 % par rapport à la capacité de 2021 si d’autres fermetures interviennent.
Tandis que des entreprises chimiques européennes majeures lancent des plans de réduction d’effectifs et de restructuration, l’association allemande des industries chimiques souligne la nécessité d’évaluer attentivement l’impact de toute mesure de sauvegarde sur les chaînes d’approvisionnement industrielles dépendantes de ces matières. À ce stade, la démarche européenne reste en phase préliminaire : il s’agit d’un mouvement vers l’ouverture d’enquêtes, sans décision encore prise sur la liste précise des produits concernés ni sur les pays visés.



