Économie
Les actions américaines dépassent les obligations du Trésor dans les IDE
Les flux d’investissements étrangers vers les actions américaines ont atteint 2,8 % du PIB américain sur l’année jusqu’en juin, contre 2 % pour les obligations du Trésor, selon une analyse de Deutsche Bank citée par le Financial Times.

Les marchés américains connaissent un changement notable dans les orientations des investissements étrangers : les entrées vers les actions dépassent désormais celles dirigées vers les obligations du Trésor. Ce phénomène, rare, traduit une montée des inquiétudes liées à l’inflation et à l’accumulation de la dette publique américaine, qui érodent progressivement la réputation des titres d’État comme actif refuge mondial.
D’après une analyse des données du département du Trésor américain réalisée par Deutsche Bank et relayée par le Financial Times, les flux internationaux vers les actions cotées aux États-Unis se sont élevés à 2,8 % du produit intérieur brut américain sur l’exercice clos en juin, contre 2 % pour les obligations du Trésor. Ce basculement est exceptionnel depuis le début du XXIe siècle, à l’exception de courtes périodes marquées par la pandémie de Covid-19 et les répercussions de la crise financière mondiale.
Le dynamisme du marché boursier américain s’alimente notamment de la vigueur des résultats des entreprises et des investissements massifs liés à l’intelligence artificielle. L’indice S&P 500 a gagné environ 12 % depuis le début de l’année. Selon les données FactSet, les bénéfices des sociétés cotées ont augmenté de 52 % en glissement annuel au deuxième trimestre de 2026. En excluant Amazon et Alphabet — dont les performances ont été dopées par leurs participations dans des entreprises spécialisées en IA — cette croissance atteint 34 %.
Pressions croissantes sur le marché obligataire
À l’inverse, le marché des obligations du Trésor subit une pression accrue. Le niveau de la dette publique américaine approche les 40 000 milliards de dollars, tandis que le déficit budgétaire persiste. Ces éléments incitent les investisseurs à revoir à la hausse les risques associés à la détention de dettes publiques à long terme. Le rendement des obligations du Trésor à 30 ans est passé de 4,83 % à 5,32 % depuis le début de l’année. Celui des obligations à 10 ans a dépassé 5 %, atteignant son plus haut niveau depuis 2007.
Ces préoccupations ne portent pas uniquement sur le volume de la dette. Les investisseurs deviennent plus sensibles à l’évolution de l’inflation, aux taux d’intérêt, ainsi qu’aux interrogations sur la capacité des politiques budgétaire et monétaire à faire face à la hausse des coûts d’emprunt. La remontée des rendements longs augmente le coût du financement pour l’État, les entreprises et les ménages. Elle renforce aussi la compétitivité relative des obligations par rapport aux actions, ce qui accroît le risque d’une transmission des tensions du marché obligataire vers le marché actions.
L’essor de l’IA booste l’attractivité boursière
Malgré ces tensions, le marché actions américain continue d’attirer des capitaux étrangers, porté par la solidité des résultats d’entreprises, en particulier dans les secteurs technologique et de l’intelligence artificielle. FactSet indique que la croissance des bénéfices des sociétés figurant dans l’indice S&P 500 s’est établie à 52 % au deuxième trimestre en glissement annuel, ou à 34 % hors Amazon et Alphabet.
Certains analystes estiment que la robustesse des bilans et des résultats de nombreuses entreprises américaines rend les actions plus attractives, relativement à la situation financière du gouvernement fédéral. Des institutions d’investissement mondiales orientent leur stratégie vers une réaffectation d’actifs, à l’instar du fonds souverain norvégien, dont les actifs s’élèvent à environ 2 300 milliards de dollars. Son directeur a proposé de réduire ses positions en obligations du Trésor américain d’environ 80 milliards de dollars, en transférant une partie de ces fonds vers d’autres instruments de dette.
Une relation renouvelée entre actions et dollar
Ce basculement des flux affecte également le marché des changes. Des analystes soulignent la possibilité d’une évolution de la relation traditionnelle entre le dollar et les mouvements de capitaux internationaux. Historiquement, le billet vert se renforçait en période de turbulences, lorsque les investisseurs étrangers se tournaient vers les obligations du Trésor comme valeur refuge. Or, une dépendance accrue vis-à-vis des actions américaines pourrait rendre l’évolution du dollar davantage corrélée aux entrées d’investissements sur le marché actions.
Cela signifierait un changement potentiel dans la nature des actifs américains aux yeux des investisseurs mondiaux : moins un recours défensif aux obligations publiques en cas d’incertitude, plus une exposition accrue aux actions dans une logique de recherche de croissance et de rendement, notamment avec la poursuite des flux liés à l’intelligence artificielle.
Toutefois, ce recentrage vers les actions n’est pas sans risque. Une poursuite de la hausse des rendements obligataires pourrait alourdir le coût de l’emprunt pour les entreprises et réduire la valeur actualisée de leurs bénéfices futurs, exerçant ainsi une pression sur les valorisations boursières. Le marché obligataire figure actuellement parmi les principaux indicateurs surveillés par les investisseurs actions, après que le rendement des obligations à 10 ans a dépassé 5 % pour la première fois depuis 2007.
Ces évolutions reflètent une réévaluation plus large des risques sur les marchés américains. Le rendement attendu des actions n’est plus le seul critère décisif dans les choix d’allocation. Les niveaux de dette publique, l’inflation et les rendements longs sont désormais des éléments centraux dans la décision de répartir les capitaux entre actions et obligations.
Parallèlement, l’augmentation des flux vers les actions ne signifie pas une disparition de la demande pour les obligations du Trésor. Les investisseurs étrangers détiennent encore environ 40 % des obligations du Trésor en circulation, mesurées à leur valeur marchande. Ce constat confirme que le mouvement observé correspond à une réaffectation des flux, non à un retrait généralisé du marché de la dette américaine.
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