Économie
Poutine autorise la Banque centrale russe à suspendre la baisse des taux
La Banque centrale russe doit décider vendredi si elle suspend sa série de baisses de taux, face à une inflation croissante liée aux perturbations d’approvisionnement en carburant et à la hausse des dépenses publiques.

La Banque centrale russe se prononcera vendredi sur la poursuite ou la suspension de sa politique de relâchement monétaire. La gouverneure Elvira Nabiullina fait face à une accélération des pressions inflationnistes, alimentées par des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement énergétique et une augmentation des dépenses budgétaires, même si les pressions politiques semblent s’atténuer.
Bien que les élections législatives russes soient prévues une semaine après cette décision, le Kremlin ne cherche pas à orienter le résultat, selon des personnes familières avec les débats internes. Les décideurs devront choisir entre maintenir le taux directeur à 14 % ou appliquer une réduction marginale de 25 points de base.
Cette situation contraste avec celle de juillet, où le président Vladimir Poutine avait, à deux reprises et avec une franchise inhabituelle, appelé publiquement à abaisser les taux avant une réunion de politique monétaire. Ce rappel direct avait mis en lumière les tensions politiques auxquelles la banque centrale est parfois confrontée.
À l’époque, les marchés redoutaient que les conséquences économiques croissantes de la guerre ne mettent un terme à la séquence de détente monétaire. La Banque de Russie a dissipé ces inquiétudes en procédant à sa dixième baisse consécutive des taux, malgré une accélération de l’inflation et une révision à la hausse des prévisions d’inflation, notamment sous l’effet des attaques ukrainiennes contre les raffineries pétrolières.
Les coûts du crédit restent toutefois un frein majeur pour l’économie russe : ils compriment les marges et entravent l’investissement. Cette fois-ci, Poutine a adopté une position différente, qualifiant la hausse antérieure du taux directeur de « décision consciente, imposée par la nécessité de préserver la stabilité macroéconomique ».
Cette formulation laisse à Nabiullina une marge de manœuvre accrue pour reporter sa décision, en attendant davantage de clarté sur les facteurs clés influençant les perspectives d’inflation. Les projets de budget révisés pour 2026 ne seront rendus publics qu’à la fin septembre, et la Banque centrale n’a pas encore mis à jour ses estimations concernant l’impact des perturbations d’approvisionnement en carburant sur les prix.
Olga Belinkaya, économiste chez l’intermédiaire d’investissement moscovite Vneshinvestbank (Vneshinvestbank), qui privilégie le scénario de gel des taux, souligne : « Le manque de données fiables à ce stade, combiné à l’aggravation des risques inflationnistes, constitue probablement le principal argument en faveur d’une pause temporaire. »
Les frappes ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes continuent de peser sur l’activité économique et compliquent la prise de décision monétaire.
La majorité des économistes interrogés par Bloomberg anticipent un statu quo cette semaine : sur onze experts, seuls trois prévoient une nouvelle baisse de 25 points de base, ramenant le taux à 13,75 %.
Nabiullina tiendra une conférence de presse à 15 heures, heure de Moscou. Même en cas de gel des taux vendredi, une légère baisse des coûts d’emprunt avant la fin de l’année reste probable.
Herman Gref, directeur général de Sberbank, a indiqué lors d’un point presse organisé dans le cadre du Forum économique oriental, plus tôt ce mois-ci, que la Banque centrale pourrait opter pour des « pauses tactiques » dans son cycle de baisse, tout en maintenant une orientation globalement accommodante jusqu’à atteindre une fourchette comprise entre 13 % et 13,5 % d’ici la fin de l’année.
Il a également précisé que toute amélioration tangible ne serait perceptible qu’une fois les taux ramenés à un niveau compris entre 10 % et 12 %.
En raison de la crise énergétique, la Banque centrale russe a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026.
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