Monde
Coûte : tournée urgente pour sauver le budget européen avant les élections
Anthony Costa a lancé le 25 août une tournée dans les capitales européennes afin de débloquer les négociations sur le cadre financier pluriannuel 2028–2034, alors que les 27 États membres restent profondément divisés sur son montant, ses ressources et ses priorités.

Anthony Costa, président du Conseil européen, a entamé le 25 août une tournée dans les capitales des États membres de l’Union européenne. Son objectif est de rapprocher les positions divergentes sur le cadre financier pluriannuel couvrant la période 2028–2034. Cette mission s’étendra jusqu’au 17 septembre, à un moment où les discussions approchent d’un point critique : parviendront les vingt-sept chefs d’État et de gouvernement à un accord avant la fin de l’année, ou les négociations seront-elles reportées à 2027, année marquée par des élections nationales majeures en France, en Italie, en Pologne et en Espagne ?
Selon Euronews, cette tournée vise à dresser une « image cohérente » des positions gouvernementales et à évaluer leur disposition à consentir des concessions pouvant aboutir à un accord final en décembre. Le désaccord ne porte pas uniquement sur le montant global. La future enveloppe budgétaire, proposée par la Commission européenne à hauteur d’environ deux milliards d’euros, définira les priorités de l’Union pour les sept prochaines années — soutien aux agriculteurs et aux régions les moins développées, financement de la défense, des technologies, du climat et de l’Ukraine. Les négociations sont donc directement liées au partage des priorités stratégiques de l’UE.
Les discussions tournent autour d’un « impasse triple », selon des responsables européens cités par plusieurs médias : le volume global du budget, le niveau des contributions nationales et la création de nouvelles ressources propres, notamment via des taxes et redevances européennes. D’après Le Figaro, ces trois volets sont interdépendants : réduire les contributions nationales suppose souvent d’adopter de nouvelles sources de recettes. Le Financial Times relève que les États membres divergent aussi sur le niveau de dépenses requis et sur les modalités de financement des nouvelles priorités, dans un contexte de pressions croissantes sur leurs propres budgets.
La Commission propose une enveloppe record de près de deux milliards d’euros pour 2028–2034, destinée à couvrir de nouveaux besoins en matière de défense, de sécurité et de compétitivité, tout en maintenant les financements actuels de la politique agricole commune, de la politique de cohésion, de la recherche, de la transition numérique et verte.
L’Allemagne, à la tête d’un groupe d’États qualifiés de « frugaux », exige une réduction substantielle du montant global. Une note gouvernementale allemande, rapportée par Reuters, indique que Berlin demande une baisse de 400 milliards d’euros par rapport à la proposition de la Commission et juge la version actuelle « inacceptable ». Friedrich Merz, chancelier allemand, affirme, selon Euronews, que des coupes budgétaires sont nécessaires, indépendamment de l’issue des discussions sur les ressources propres. Ce positionnement reflète à la fois l’inquiétude allemande face à la hausse des contributions des pays « nets payeurs », sous pression budgétaire, et la volonté de rediriger les dépenses vers la défense, les technologies, la compétitivité et les chaînes d’approvisionnement. Merz prépare, selon le Financial Times et Euactive, une réunion avec les dirigeants d’États partageant sa vision d’une réduction globale du budget.
À l’opposé, la France, l’Italie, l’Espagne et d’autres États forment le groupe dit des « amis de la cohésion ». Ils souhaitent préserver les financements alloués à la politique agricole commune et à la politique de cohésion. Dans une déclaration conjointe signée par seize pays et publiée par le ministère espagnol des Affaires étrangères, ce groupe met en garde contre des baisses réelles, en termes de pouvoir d’achat, affectant l’agriculture, la cohésion et les pêcheries — même si le montant global proposé augmente. Ces États rejettent également toute réorganisation qui, en intégrant les fonds dans des plans nationaux ou régionaux, affaiblirait le rôle des collectivités locales ou soumettrait les aides à des conditions plus centralisées imposées par la Commission, précise Euronews.
L’agriculture revêt une importance particulière en France, en Italie et en Espagne, tandis que les fonds de cohésion constituent un levier essentiel de développement dans le Sud et l’Est de l’Europe — rendant toute réduction sensible à l’approche des élections de 2027. En l’absence d’augmentation des recettes, la concurrence pour les ressources budgétaires menacerait plusieurs programmes clés : la politique agricole commune, les fonds de cohésion, le financement vert et l’aide au développement extérieur.
L’Institut IDDRI observe que les négociations tendent à fusionner des politiques historiques — agriculture et cohésion — au sein de cadres plus flexibles, tout en créant un nouveau fonds de compétitivité regroupant défense, numérisation, santé et transition verte. L’IDDRI souligne également que le programme Global Europe, dont la Commission propose un budget d’environ 200 milliards d’euros, risque de devenir un outil servant des priorités concurrentes, allant du développement et du commerce à la migration et à la sécurité.
Un désaccord persiste aussi au sein même du fonds de compétitivité : la France, l’Allemagne et les Pays-Bas privilégient un financement axé sur « l’excellence » et l’innovation, tandis que la Pologne, la Roumanie et d’autres États réclament une répartition tenant compte de la situation géographique et du niveau de développement.
La Commission européenne propose plusieurs nouvelles ressources propres : recettes issues du marché carbone, mécanisme carbone aux frontières, redevances sur les grandes entreprises, les services numériques et certains produits. Le Parlement européen a ajouté d’autres options. Selon Euronews, des diplomates européens reconnaissent qu’un cocktail de nouvelles taxes pourrait s’avérer indispensable pour financer la défense, les technologies, l’adaptation climatique et le soutien à l’Ukraine, notamment après l’épuisement d’un prêt européen de 90 milliards d’euros. Toutefois, l’adoption de ces ressources exige l’unanimité des vingt-sept États membres, et certaines gouvernances craignent qu’elles ne se transforment en charges supplémentaires pour les entreprises et les citoyens.
La présidence irlandaise de l’Union européenne préparera, selon le Financial Times, une proposition révisée à présenter en octobre, en vue d’un débat lors d’un sommet européen. Des discussions sont en cours pour organiser une réunion exceptionnelle des chefs d’État et de gouvernement fin novembre, avant le sommet de décembre qui pourrait constituer le moment décisif.
Anthony Costa met en garde contre un report de l’accord à 2027 : cela ferait entrer directement les élections nationales françaises, italiennes, polonaises et espagnoles dans le cœur des négociations, rendant toute solution encore plus difficile à trouver. Bruxelles souhaite, selon Euactive, conclure avant la fin de l’année afin de disposer du temps nécessaire pour achever toutes les procédures préalables à l’entrée en vigueur du budget en 2028.
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