Daily Beirut

Monde

Conflit de 300 milliards de dollars : tensions persistantes entre Cambodge et Thaïlande

Les différends maritimes et terrestres entre Cambodge et Thaïlande restent vifs malgré la fin des affrontements militaires il y a six mois.

··4 min de lecture
Conflit de 300 milliards de dollars : tensions persistantes entre Cambodge et Thaïlande
Partager

Les relations entre le Cambodge et la Thaïlande demeurent tendues, six mois après la cessation des hostilités militaires entre les deux pays. Les parties tentent de recourir à des mécanismes d’arbitrage international pour résoudre leurs différends maritimes, tandis que les conflits frontaliers terrestres restent sans solution claire.

Le 5 juin, la Thaïlande a annoncé son accord pour rejoindre la procédure d’arbitrage initiée par le Cambodge sous l’égide des Nations unies, concernant leur litige maritime. Cette décision intervient alors que les efforts bilatéraux visant à régler les différends terrestres ont été suspendus, illustrant l’instabilité persistante entre les deux voisins.

Malgré un cessez-le-feu en vigueur, les tensions frontalières ne se sont pas totalement apaisées, selon le magazine Foreign Policy. En mai dernier, la Thaïlande a accusé les forces cambodgiennes d’avoir tiré le long de la frontière, tandis que le Cambodge a répliqué en reprochant à Bangkok de contrôler des zones reconnues auparavant comme cambodgiennes.

Les autorités thaïlandaises maintiennent par ailleurs la fermeture des postes frontaliers, malgré les conséquences économiques, et les négociations sur la frontière terrestre butent depuis plusieurs mois. Les tentatives de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) pour faire aboutir un accord durable ont échoué.

Des observateurs estiment que cette situation pourrait figer le conflit frontalier dans la durée, avec un risque latent de reprise des affrontements, bien que peu probable pour l’instant.

Parallèlement aux différends terrestres, le contentieux maritime constitue un dossier majeur. Il porte sur une zone maritime riche en ressources naturelles dont la valeur est estimée à environ 300 milliards de dollars, revendiquée par les deux pays.

Le recours du Cambodge à la procédure de conciliation obligatoire prévue par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer fait suite à la décision de la Thaïlande de dénoncer l’accord de 2001, qui visait à encadrer conjointement l’exploitation des ressources dans cette zone.

Cette procédure est rarement utilisée : elle n’a été mise en œuvre qu’une seule fois en Asie du Sud-Est, en 2016, pour aider à délimiter la frontière maritime entre l’Australie et le Timor oriental.

Bien que la Thaïlande ait accepté de participer à cette démarche, elle a exprimé des réserves, préférant auparavant des solutions bilatérales qu’elle juge plus conformes à ses intérêts.

Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a indiqué que son pays avait demandé au Cambodge de prolonger d’environ six mois les négociations directes, témoignant d’une volonté de maintenir ouvertes les discussions bilatérales.

Certains analystes considèrent que l’adhésion de la Thaïlande à l’arbitrage ne traduit pas nécessairement un changement de position sur le différend maritime, mais vise plutôt à influencer le processus et à préserver son rôle dans la définition du futur de la zone contestée.

Le respect du droit international constitue également un facteur important pour Bangkok, notamment dans une région où les institutions juridiques internationales et les mécanismes pacifiques de règlement des différends sont valorisés.

Il convient aussi de noter que les conclusions de la commission de conciliation ne lient pas juridiquement les parties. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer précise que le rapport et les recommandations de la commission n’imposent aucune obligation légale aux États concernés, limitant ainsi les risques politiques liés à la participation.

La crise frontalière entre Cambodge et Thaïlande coïncide avec plusieurs évolutions politiques et sécuritaires régionales. En Thaïlande, l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra a bénéficié d’une grâce royale le 3 juin pour des affaires de corruption et de conflits d’intérêts. Sa carrière politique, débutée en 2001, avait été interrompue par un coup d’État militaire en 2006. Après son retour en 2023, il avait été condamné à huit ans de prison, peine réduite ensuite à un an.

En Malaisie, les États de Johor et Negeri Sembilan se préparent à des élections anticipées en juillet et août, dans un contexte de compétition accrue entre les partis majeurs de la coalition au pouvoir et de l’opposition.

Aux Philippines, un séisme de magnitude 7,8 a frappé l’île de Mindanao le 8 juin, causant au moins 35 morts et plus de 200 blessés. Des glissements de terrain ont fait au moins 14 victimes supplémentaires, poussant les autorités à mobiliser l’armée pour les opérations de secours et à suspendre les cours dans les zones affectées.

À Singapour, le gouvernement renforce les mesures contre les cigarettes électroniques, avec des amendes pouvant atteindre 7 800 dollars singapouriens pour les utilisateurs, plus de 155 000 dollars singapouriens et jusqu’à six ans de prison pour les vendeurs, et des sanctions allant jusqu’à 233 000 dollars singapouriens et neuf ans de prison pour les contrebandiers.

Alors que l’attention se porte sur l’arbitrage maritime entre Cambodge et Thaïlande, les différends frontaliers terrestres restent le principal facteur de menace pour la stabilité bilatérale, en l’absence d’un règlement politique global traitant les racines du conflit qui perdure depuis plusieurs années.

Ajoutez Daily Beirut à votre fil Google News pour recevoir l'info en priorité.
Partager