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De Mouyn au détroit de Bab-el-Mandeb : les Houthis mettent la navigation internationale « sous le feu »
Les Houthis ont consolidé leur contrôle sur des positions stratégiques près du détroit de Bab-el-Mandeb, menaçant gravement la navigation internationale. Cette avancée s'inscrit dans une stratégie régionale soutenue par l'Iran.
Depuis un poste dominant l'entrée du passage maritime international sur l'île de Mouyn, une figure dirigeante houthie est apparue dans une vidéo diffusée, expliquant à un groupe de combattants de la milice l'importance de s'étendre vers cette zone, affirmant qu'ils n'ont plus besoin de drones ou de missiles rampeurs, et que l'installation d'artillerie sur les hauteurs de l'île suffit pour cibler les navires dans toutes les directions.
Quelle que soit la valeur opérationnelle exacte de ce qui a été dit dans la vidéo, elle résume un aspect des dimensions stratégiques du dernier changement sur le terrain, après que les Houthis aient élargi leur contrôle sur la côte ouest jusqu'à des positions et îles situées à l'entrée sud de la mer Rouge.
Ce nouveau développement ne concerne pas seulement la prise de territoire supplémentaire en Yémen, mais aussi l'acquisition d'une géographie avancée directement connectée au théâtre de la navigation internationale, ajoutant ainsi une dimension différente aux capacités maritimes utilisées par le groupe au cours des dernières années.
Dans leurs attaques contre les navires commerciaux depuis octobre 2023, les Houthis se sont principalement appuyés sur des missiles, des drones et des embarcations piégées. Mais la maîtrise de positions côtières et insulaires proches du détroit de Bab-el-Mandeb leur donne, selon les experts, un champ d'action plus large pour le renseignement, la manœuvre et le ciblage, tout en réduisant la distance entre leurs points d'implantation et les lignes de navigation, rendant plus difficile toute tentative de contenir leur influence.
Cette équation devient encore plus sensible face aux troubles dans le détroit d'Ormuz, accompagnés d'un blocage de la circulation de l'énergie et du commerce, ce qui renforce la valeur stratégique du détroit de Bab-el-Mandeb comme l'une des voies alternatives entre Asie et Europe.
La circulation maritime dans le détroit a connu une chute brutale le jour suivant l'arrivée des Houthis à l'île de Mouyn (Prem), avec seulement environ 15 navires passant, contre une moyenne de 37 navires par jour en mai et juin derniers, un indicateur qui reflète non pas une simple montée du risque militaire, mais bien la taille des risques que les compagnies de transport et d'assurance prennent désormais en compte pour définir leurs itinéraires.
Investissement iranien
Ce changement ne peut être séparé du facteur iranien qui accompagne l'évolution des capacités houthies, alors que des informations circulent sur l'expansion du rôle des experts du Corps de la Révolution islamique à l'intérieur du pays, et leur transfert, selon des sources proches, de l'assistance et des conseils, ainsi que de la gestion des opérations extérieures, à la direction directe des dernières batailles sur la côte ouest.
Pour l'Iran, la présence d'un allié armé à proximité du détroit de Bab-el-Mandeb constitue une carte supplémentaire dans un contexte régional extrêmement complexe, où la géographie yéménite devient partie intégrante d'un système de pression s'étendant du Golfe à la mer Rouge, particulièrement lorsque l'importance des passages maritimes augmente à chaque perturbation d'un d'entre eux.
Dans ce cadre, des responsables iraniens ont salué la progression récente des Houthis, la considérant comme une composante d'une confrontation plus vaste dans la région, renforçant ainsi l'interprétation selon laquelle les évolutions côtières vont au-delà d'un simple changement militaire à l'intérieur du Yémen.
Le chef du gouvernement yéménite, Chaeik Al-Zindani, a affirmé samedi dernier que l'escalade houthie sur la côte ouest dépassait ses dimensions locales et était liée à une agenda iranienne exploitant la position stratégique du Yémen pour menacer la sécurité régionale et la navigation internationale, tout en soulignant que ces évolutions sur le terrain n'impliquent pas une résolution du conflit.
Pertes intérieures
Tandis que les Houthis accumulent des gains militaires et géopolitiques grâce à leur extension côtière, ces gains ne se traduisent pas de la même manière pour le Yémen, notamment parce que les régions de la côte ouest représentent une importante porte économique comprenant des ports, des pêcheries et des communautés vivant principalement de la mer.
Avec quatre ports donnant sur la mer Rouge tombés sous leur contrôle, les éléments de puissance géographique censés servir à améliorer le développement et dynamiser le commerce se retrouvent réorientés de force, devenant des points d'appui économiques dans le conflit.
À court terme, l'armement de ces côtes occidentales signifie une augmentation des risques entourant la circulation des navires entrants, un recul de l'attractivité des ports et des zones côtières pour les investissements, une hausse des coûts de transport, d'assurance et des services liés aux ports maritimes, ainsi qu'un préjudice aux activités commerciales locales.
Le secteur de la pêche se distingue comme l'un des plus touchés dans la mer Rouge. Selon le président de l'association des pêcheurs de al-Khokha, Fouad Doublah, dans une déclaration antérieure à « Erem News », l'activité militaire croissante dans la mer Rouge depuis 2023 a coûté la vie à environ 70 pêcheurs et poussé d'autres à abandonner leur métier, faisant perdre leurs moyens de subsistance à leurs familles.
Ces conséquences ne concernent pas uniquement les pêcheurs ; la baisse de la pêche frappe toute une chaîne économique s'étendant des embarcations aux entrepôts de froid, en passant par le transport, les marchés et les commerçants, et affecte également la sécurité alimentaire dans un pays déjà confronté à des niveaux élevés de besoin.
Quant à la perte la plus lointaine, elle réside dans le risque de perdre la fonction économique de la côte même après la fin du conflit : pour restaurer la confiance des compagnies de navigation, d'assurance et des investisseurs envers les ports yéménites, il faudra une situation stable, une reconstruction de l'infrastructure et des garanties de sécurité à long terme, tandis que les installations côtières restent vulnérables aux dommages et aux attaques tant qu'elles font partie du théâtre des opérations.
C'est là la contradiction : alors que l'importance stratégique de la côte augmente dans les calculs des Houthis et de leurs alliés, sa valeur économique diminue, la transformant en plateforme de pression régionale sans lien aucun avec les intérêts du Yémen et de son peuple.
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