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De symbole de modernisation à cible de guerre : comment le « rêve pétrolier » de Poutine s’est effondré ?

Les raffineries russes, symboles de la stratégie de modernisation de Poutine, sont devenues des cibles des frappes ukrainiennes, perturbant la production et révélant des dégâts durables.

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De symbole de modernisation à cible de guerre : comment le « rêve pétrolier » de Poutine s’est effondré ?
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Les raffineries de pétrole russes, qui ont constitué pendant des années l'un des symboles les plus marquants de la stratégie du président Vladimir Poutine pour moderniser le secteur énergétique, sont devenues des cibles principales de la campagne ukrainienne à longue portée, après que Kiev a réussi à frapper des composants vitaux à l'intérieur des installations de raffinage, entraînant la paralysie d'une grande partie de la capacité de production russe et prolongeant les délais de réparation.

Selon une analyse réalisée par le Financial Times basée sur des images satellite, des données thermiques et des schémas de raffineries, les traces des attaques restent encore visibles dans plusieurs des plus grandes installations de raffinage russes, des semaines, voire des mois après leur occurrence, signe de l'ampleur des dégâts infligés aux infrastructures énergétiques.

Raffinerie de Touapsé

La raffinerie de Touapsé, sur la mer Noire, est l'un des exemples les plus marquants de cette transformation. En 2013, Poutine l'avait visitée pour inaugurer une nouvelle unité de traitement, qualifiant alors sa technologie d'« exceptionnelle », dans le cadre du programme de modernisation de l'industrie du raffinage russe.

Mais treize ans plus tard, la raffinerie est devenue l'une des installations les plus endommagées par les frappes ukrainiennes, après avoir été ciblée par des drones fin avril, provoquant d'immenses incendies et d'épaisses colonnes de fumée.

Les estimations de l'analyse font état de la destruction de plus de douze réservoirs de stockage de pétrole d'une capacité totale d'environ 80 000 mètres cubes, ainsi que de l'endommagement d'une unité de traitement secondaire chargée de transformer le pétrole lourd en produits à haute valeur ajoutée comme le diesel, le carburant aviation et l'essence.

Les experts estiment que la destruction de ces unités n'arrête pas complètement la raffinerie, mais réduit sa capacité à produire du carburant de haute qualité et rend son retour à plein régime complexe et long.

Cibler le « goulot d'étranglement » du processus de raffinage

Les attaques ne se sont pas limitées aux réservoirs de carburant, mais ont ciblé les unités les plus sensibles à l'intérieur des raffineries, comme les systèmes de dessalage et de déshydratation du pétrole brut, les unités de distillation et de traitement secondaire, des équipements difficiles à fabriquer ou à remplacer rapidement.

Selon des experts du secteur énergétique, la destruction de ces composants paralyse le processus de raffinage dès le départ, même si le reste de l'installation reste intact, et les travaux de réparation prennent généralement plusieurs mois.

La raffinerie d'Omsk, l'une des plus grandes du monde, a également subi des dommages sur ces unités, bien qu'elle soit située à environ 2 500 kilomètres de la frontière ukrainienne, reflétant l'étendue des frappes ukrainiennes en profondeur sur le territoire russe.

Une reprise lente

Les images satellite ont montré que les traces des attaques restaient visibles sur la plupart des dix plus grandes raffineries russes, y compris celles de Moscou, d'Omsk et de Touapsé, où les réservoirs de pétrole endommagés, les stations de pompage et les pipelines n'ont pas été complètement réparés pendant des semaines.

Les données thermiques ont également révélé que certaines installations restaient totalement à l'arrêt, notamment la raffinerie de Kstovo dans la région de Nijni Novgorod, dont les unités de distillation n'ont montré aucune activité thermique jusqu'à la mi-juillet après avoir été attaquées en mai.

Des études basées sur la mesure de l'éclairage nocturne autour des raffineries indiquent que l'activité industrielle a considérablement diminué après les frappes, et cette baisse a persisté pendant plus d'un an dans certaines installations, un effet qui n'a pas été enregistré au même degré sur les sites militaires ou les dépôts de carburant.

Crise de carburant et défenses sous pression

Selon le rapport, les frappes ukrainiennes ont contribué à paralyser entre 30 % de la capacité opérationnelle réelle et 45 % de la capacité nominale des raffineries russes, entraînant une crise de carburant et l'imposition de restrictions sur la vente de produits pétroliers dans de vastes régions du pays.

Bien que la Russie ait réussi à retrouver une partie de sa capacité de production avec la remise en service de certaines raffineries, les experts estiment que les approvisionnements locaux restent sous forte pression en raison de la persistance de l'indisponibilité de plusieurs unités clés.

En revanche, la Russie a renforcé ses défenses autour des raffineries depuis 2022 en déployant des réseaux de protection et des systèmes antiaériens pour contrer les drones, mais les attaques ukrainiennes simultanées utilisant des essaims de drones sont désormais capables de percer ces défenses.

Des hommes d'affaires du secteur énergétique russe affirment que les moyens de protection qui étaient efficaces contre un ou deux drones le sont moins face aux attaques de masse, car il est pratiquement difficile d'intercepter plusieurs drones ciblant le même point au même moment, ce qui accroît le coût de la protection des installations vitales et offre à l'Ukraine un levier de pression efficace sur le secteur énergétique russe.

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