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Les exportations chinoises vers l’Afrique bondissent de 32,1% au premier trimestre 2026, alors que Pékin contourne les barrières américaines.

60,66 milliards de dollars : c’est le montant des exportations chinoises vers l’Afrique au premier trimestre 2026, soit une hausse de 32,1% par rapport aux 45,92 milliards de la même période en 2025. Cette poussée coïncide avec l’escalade des droits de douane américains et un durcissement des marchés occidentaux, poussant Pékin à réorienter une part croissante de ses flux commerciaux vers le continent africain.
La manœuvre n’a rien d’improvisé, selon le magazine Jeune Afrique. Depuis le 1er mai, la Chine a officiellement supprimé les droits de douane sur les marchandises importées de 53 pays africains. Lors d’un sommet à Addis-Abeba, le président Xi Jinping a présenté cette mesure comme un levier pour « créer de nouvelles opportunités pour le développement de l’Afrique », dans un contexte de tensions commerciales croissantes.
Le volume total des échanges entre la Chine et l’Afrique a grimpé de 27,1% sur les trois premiers mois de 2026, atteignant 92,3 milliards de dollars. À l’inverse, le commerce sino-américain s’effondre : les exportations chinoises vers les États-Unis ont chuté de 16,3% sur un an, tandis que l’ensemble des échanges bilatéraux recule de 16,6%.
Ce contraste traduit un recentrage progressif des chaînes d’approvisionnement vers les marchés émergents, l’Afrique en tête. Toutefois, Jeune Afrique nuance : une large part des matières premières africaines – pétrole brut, minerais – entrait déjà en Chine avec des droits faibles ou nuls, ce qui limite l’impact direct de la suppression officielle des taxes.
Christian Géraud Neema, spécialiste des relations sino-africaines, estime que « la Chine considère l’Afrique comme un marché à fort potentiel depuis le début du millénaire, mais les tensions commerciales avec les États-Unis et l’Union européenne ont nettement accéléré cette tendance ». Il prévient : « Le marché africain ne se substitue ni au marché américain ni au marché européen, ni en volume ni en gamme de produits. »
Même son de cloche chez Philippe Agénier : « Face à ces pressions, développer d’autres marchés devient crucial », dit-il, soulignant que l’Afrique compte aussi pour « l’image et les ressources naturelles ». Il ajoute : « La Chine se déploie partout, en Amérique latine, dans l’ASEAN, ailleurs. L’Afrique seule ne peut compenser la baisse du marché américain. »
L’écart de taille entre les deux marchés reste abyssal : les exportations chinoises vers l’Afrique (60 milliards de dollars) sont très inférieures à celles vers les États-Unis (96,68 milliards) sur la même période.
Depuis 2021, le commerce sino-africain a bondi de 77%, contre environ 30% pour l’ensemble du commerce extérieur chinois. Dans le même temps, la part de l’Afrique dans les exportations chinoises est passée de 4,2% à 6,2%.
Cette évolution reste modeste comparée aux grands blocs commerciaux. Mais elle fait de l’Afrique l’une des rares régions où Pékin gagne des parts de marché à un rythme accéléré. À titre de comparaison, l’ASEAN représente 16,6% du commerce extérieur chinois, l’Union européenne 12,6%, et les États-Unis 7,6% au premier trimestre 2026.



