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Kazakhstan maintient un équilibre délicat entre Russie et Occident en pleine guerre en Ukraine
La visite de Vladimir Poutine à Astana souligne le rôle stratégique de Kazakhstan dans la guerre russo-ukrainienne et ses relations avec Moscou et l'Occident.

Le récent déplacement du président russe Vladimir Poutine au Kazakhstan a remis en lumière la position d'Astana dans le conflit russo-ukrainien, ainsi que les limites de son influence politique au-delà de l'organisation de rencontres ou de la facilitation de canaux diplomatiques.
Au terme de cette visite de trois jours, qui coïncidait avec le sommet de l'Union économique eurasiatique, le dossier ukrainien est resté un sujet sous-jacent lors de la rencontre entre Poutine et son homologue kazakh Kassym-Jomart Tokayev, suscitant des interrogations sur la nature du rôle que le Kazakhstan peut jouer entre Moscou et Kiev.
Lors des réunions officielles, les deux parties ont signé une « déclaration des sept principes d’amitié » au palais de l’Indépendance. Tokayev a qualifié ce document de reflet de « l’esprit des relations bilatérales » et de renforcement de leur engagement commun à les développer sur des bases durables.
Yuri Ouchakov, conseiller du Kremlin, a décrit les visites répétées de Poutine au Kazakhstan comme une situation « rare » dans le protocole diplomatique russe. Il a précisé que Poutine et Tokayev avaient abordé en détail la question ukrainienne lors d’un dîner de travail informel, ajoutant que Moscou attendait des « mesures concrètes » de la part de Kiev dans le cadre des négociations.
Ouchakov a aussi critiqué les propos de la responsable de la politique étrangère de l’Union européenne, Kaja Kallas, les qualifiant de « discours vide que personne ne prend au sérieux ».
De son côté, Tokayev a affirmé que le Kazakhstan ne joue pas le rôle de médiateur dans le conflit militaire entre la Russie et l’Ukraine, estimant que les deux parties sont capables de dialoguer directement à plusieurs niveaux. Il a soutenu l’idée d’ouvrir des négociations directes de haut niveau tout en soulignant que tout progrès nécessite un travail préparatoire afin d’atteindre des accords mutuels.
À l’issue de la visite de Poutine et de la signature de plusieurs accords bilatéraux, les débats politiques et médiatiques ont repris sur la place du Kazakhstan dans le contexte de la guerre en Ukraine.
Asif Malham, directeur du centre de recherche GSM en Russie, a expliqué que la visite de Poutine était liée à des dossiers stratégiques et géopolitiques dépassant clairement la seule question du conflit ukrainien. Il a indiqué que Moscou considère le Kazakhstan comme l’un des États les plus importants de l’espace eurasien, ainsi que le plus sensible pour les intérêts russes et chinois.
Malham a souligné que l’Occident a cherché ces dernières années à étendre son influence au sein des anciennes républiques soviétiques, notant que la transition de l’écriture cyrillique à l’alphabet latin au Kazakhstan traduit une volonté progressive d’éloigner Astana de son environnement historique et culturel russe.
Il a également rappelé que Moscou a pris très au sérieux les événements du début 2022, qu’elle a perçus non pas comme de simples manifestations internes, mais comme une tentative de rééquilibrage politique soutenue par l’Occident.
Le Kazakhstan revêt une importance géographique et stratégique majeure pour la Russie, en raison de sa position de lien entre l’Asie et l’Europe, ainsi que pour ses ressources naturelles et ses sites sensibles, notamment le site de lancement de fusées spatiales et les zones d’essais nucléaires héritées de l’ère soviétique.
Malham a insisté sur le fait que Moscou ne peut tolérer aucun nouvel encerclement occidental dans sa zone sud, surtout dans le contexte de la poursuite du conflit ukrainien.
Par ailleurs, Karzan Hamid, analyste politique et expert des affaires européennes, a indiqué que le Kazakhstan tente de gérer un équilibre très complexe entre Moscou et l’Occident depuis le début de la guerre russo-ukrainienne.
Hamid a évoqué, lors d’une interview exclusive, des rapports de renseignement faisant état de ventes d’armes et de munitions kazakhes à l’Ukraine, malgré les liens étroits du pays avec le système de sécurité russe.
Il a précisé que le Kazakhstan constitue pour la Russie une porte économique essentielle pour contourner les sanctions occidentales, tout en cherchant à élargir son espace politique et économique en développant des relations multiformes avec l’Europe et l’Occident.
Selon Hamid, la direction kazakhe essaie d’obtenir le maximum d’avantages politiques et économiques en maintenant simultanément des canaux de communication ouverts avec Moscou et Bruxelles.
Il a estimé qu’Astana joue parfois le rôle de « négociateur secret » entre la Russie et l’Ukraine, mais reste incapable de s’extraire complètement de l’influence russe, en raison de la géographie et des liens sécuritaires et économiques imbriqués.
Hamid a par ailleurs souligné que la guerre russo-ukrainienne a dépassé les enjeux traditionnels liés à l’OTAN pour devenir un conflit plus large portant sur la reconfiguration des équilibres du système international et des zones d’influence mondiales.
Il a insisté sur la complexité de mettre fin à ce conflit, même si des changements politiques survenaient à Kiev, en raison de l’entrelacement des intérêts internationaux en Ukraine.
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