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Khailil al-Hayya a été désigné président du bureau politique du Hamas, succédant à Yahya Sinwar, dans un contexte de défis majeurs après l'attaque du 7 octobre 2023.

Le Hamas a conclu la plus longue campagne électorale visant à désigner le président de son bureau politique, alors que le mouvement doit faire face à une situation internationale, régionale et interne complexe à la suite de l’attaque du 7 octobre 2023.
Ce lundi, le Hamas a annoncé l’élection de Khailil al-Hayya à la tête de son bureau politique, en remplacement de Yahya Sinwar, tué par Israël en octobre 2024. Sinwar avait occupé ce poste pendant environ deux mois, après l’assassinat d’Ismaïl Haniyeh à Téhéran en juillet de la même année. Haniyeh avait été élu président du bureau politique en 2021 lors d’un mandat prévu jusqu’à la fin de 2026.
Khailil al-Hayya poursuivra le mandat de Sinwar jusqu’à la prochaine élection prévue dans environ un an, qui doit renouveler l’ensemble des membres du bureau politique et élire un nouveau président, sous réserve que les conditions permettent la tenue de ce scrutin confidentiel et très délicat.
Al-Hayya s’est imposé face à son rival Khaled Mechaal, ancien président du bureau politique du Hamas, qui avait conservé la présidence du Hamas à l’étranger.
Des priorités divergentes
Bien que certains observateurs aient perçu Mechaal et al-Hayya comme représentants de lignes politiques opposées — le premier qualifié de « modéré » et le second de « dur » —, l’analyste politique Omar Dawas considère cette lecture comme simpliste et ne reflétant pas la réalité des différences entre les deux hommes.
Dans un entretien accordé à "Iram News", Dawas explique que les deux appartiennent au même projet idéologique et politique, soutenant les choix militaires du Hamas. Leur divergence réside dans l’ordre des priorités : Mechaal privilégierait la subordination de l’arme à la politique, tandis qu’al-Hayya serait davantage enclin à subordonner la politique à la logique et aux résultats de la lutte armée.
Dawas ajoute que leurs sources de pouvoir diffèrent : Mechaal a construit son influence grâce à un large réseau de relations extérieures, tandis qu’al-Hayya tire sa position de sa proximité avec le centre de décision à Gaza et de son rôle dans les dossiers liés à la guerre, aux négociations et aux prisonniers ces dernières années.
Al-Hayya a dirigé les délégations du Hamas lors des négociations sur les cessez-le-feu à Gaza et occupait la fonction de vice-président auprès de Yahya Sinwar, alors chef du Hamas dans la bande de Gaza avant le récent conflit.
La politique du Hamas
Selon Omar Dawas, l’élection d’al-Hayya ne représente pas un simple passage de relais entre deux dirigeants de la même génération, mais traduit la victoire d’une ligne politique au sein du Hamas sur une autre, révélant l’orientation que le mouvement a choisi d’adopter dans une phase qu’il qualifie de la plus périlleuse de son histoire.
Dawas précise que Khaled Mechaal incarne le modèle de la direction extérieure du Hamas. Né en Cisjordanie, il s’est politiquement formé au Koweït, en Jordanie, en Syrie et au Qatar, développant son expérience dans la gestion des relations régionales et la communication avec les capitales arabes et islamiques, tout en tentant de présenter le Hamas comme un mouvement politique avec lequel on peut négocier, et non comme un simple groupe militaire fermé.
Durant la présidence de Mechaal (1997-2017), le Hamas a montré une plus grande flexibilité face aux évolutions politiques : il a participé aux élections palestiniennes, intégré le système politique et proposé plusieurs formules de trêve à long terme. En 2017, le mouvement a publié une déclaration acceptant la création d’un État palestinien sur les frontières de 1967, dans une tentative d’atténuer son isolement politique.
En revanche, Khailil al-Hayya est considéré comme l’un des plus proches collaborateurs de la ligne dirigée par Sinwar à Gaza, qui associe étroitement la décision politique au terrain. Cette approche fait primer la légitimité de la direction sur le « projet de résistance » et la gestion du conflit, plutôt que sur l’intégration au système politique palestinien ou la construction d’un large réseau régional.
Une lutte pour la survie
Dawas estime que Mechaal dirigeait le Hamas à une époque où le mouvement cherchait à rivaliser avec le Fatah pour représenter les Palestiniens et à obtenir une reconnaissance politique plus large au sein du système palestinien et régional.
Il ajoute que la direction d’al-Hayya intervient dans un contexte radicalement différent, où la question n’est plus d’intégrer le Hamas au système politique, mais de garantir sa survie après la guerre, les destructions sans précédent dans la bande de Gaza et les lourdes pertes subies par ses dirigeants ainsi que ses structures militaires et politiques.
L’élection d’al-Hayya revêt une signification politique qui dépasse le simple changement de personnes, indiquant que le Hamas, malgré les événements depuis le 7 octobre, n’a pas opté pour une révision de son expérience menée par une faction prête à reconsidérer son parcours. Au contraire, il a réinvesti à la tête du bureau politique l’un des principaux membres du cercle qui a conduit la guerre et négocié ses conséquences.
Dawas conclut que le Hamas semble avoir choisi de préserver sa structure dirigeante et son récit politique avant d’envisager une révision de la trajectoire qui a conduit Gaza à l’une des phases les plus tragiques de son histoire récente.
La ligne iranienne
De son côté, la journaliste et analyste politique Tamara Haddad considère que l’élection d’al-Hayya reflète une ligne politique au sein du Hamas qui soutient le maintien de l’appartenance à ce que l’on appelle l’axe de la résistance dirigé par l’Iran, une situation qu’Israël pourrait exploiter pour relancer le conflit à Gaza.
Haddad déclare à "Iram News" que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu utilisera l’élection d’al-Hayya pour promouvoir l’idée que le Hamas reste une menace iranienne pour Israël, rendant ainsi probable une reprise des hostilités à Gaza dans le cadre d’une confrontation contre l’Iran.
Elle ajoute que le Hamas reste étroitement lié aux conséquences de l’attaque du 7 octobre, ce que reflète ce scrutin, notamment par la continuité du contrôle politique et militaire exercé par la direction de Gaza incarnée par Khailil al-Hayya, contrairement à la situation avec Khaled Mechaal.
Haddad souligne que cette perception de la persistance du Hamas dans l’orbite iranienne pourrait accélérer les opérations militaires visant à transformer la bande de Gaza, jusqu’à la mise en œuvre du projet de « zone humanitaire » dans la ville de Rafah et le transfert des Palestiniens vers cette zone.
Pas de changement
Le quotidien israélien Yedioth Ahronoth estime que l’élection d’al-Hayya ferme, du moins pour l’instant, la porte à toute évolution majeure dans les positions du Hamas lors des négociations ou concernant l’avenir de la bande de Gaza.
Le journal précise que les membres de la branche armée du Hamas à Gaza refusent que Mechaal reprenne la direction du mouvement, en partie à cause de ses relations tendues avec Téhéran liées à la crise syrienne.
Selon Yedioth Ahronoth, le choix d’al-Hayya vise à garantir la poursuite du soutien financier et militaire au Hamas, la branche armée n’étant pas prête à prendre le risque d’un leader dont les liens avec l’Iran ont été marqués par des tensions et des crises.
Le quotidien souligne que le soutien futur de l’Iran reste incertain dans le contexte de l’escalade régionale, sans qu’il soit clair si un accord final sera conclu entre Washington et Téhéran, ni s’il inclura une condition de cessation du soutien aux alliés iraniens, dont le Hamas.
Enfin, Yedioth Ahronoth indique que Khailil al-Hayya, originaire de Gaza, œuvrera à maintenir la centralité de la bande de Gaza dans la stratégie du Hamas, en développant le contrôle continu sur la région ou en réhabilitant au moins la branche armée de l’organisation.
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