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La peur gagne les équipages : pourquoi certains marins refusent de traverser le détroit de Bab-el-Mandeb

Face à l'intensification des attaques houthis, de plus en plus de marins refusent de traverser le détroit de Bab-el-Mandeb. Un récent incident impliquant un navire français a exacerbé ces craintes.

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La peur gagne les équipages : pourquoi certains marins refusent de traverser le détroit de Bab-el-Mandeb
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Traverser la mer Rouge n'est plus simplement un trajet professionnel entre deux ports pour certains marins, mais une décision qui peut mettre leur vie en danger face aux missiles et aux drones. Avec l'escalade des attaques houthis, les travailleurs sur les navires marchands se retrouvent confrontés à un dilemme difficile : accepter les risques pour continuer à travailler ou refuser de naviguer à travers l'un des passages maritimes les plus importants au monde.

Une enquête publiée par le journal français "Le Monde" jeudi révèle une augmentation du nombre de marins refusant de traverser le détroit de Bab-el-Mandeb, après qu'un immense porte-conteneurs français ait échappé à une attaque de drone grâce à l'intervention d'une frégate militaire qui l'escortait.

Un drone s'approche d'un navire géant

Dans la nuit du 1er au 2 octobre, le porte-conteneurs "Champs-Elysées", appartenant à la compagnie maritime française CMA CGM, traversait le détroit de Bab-el-Mandeb accompagné de la frégate française "Languedoc".

Le navire, mis en service en 2020 et fonctionnant au gaz naturel liquéfié, est capable de transporter environ 23 000 conteneurs.

Mais le voyage a failli tourner à la catastrophe lorsque la frégate a détecté un drone se dirigeant vers le navire marchand.

L'état-major français a confirmé au "Monde" que la frégate a utilisé son canon pour abattre le drone, tandis que le navire a dû changer de vitesse et de cap.

Bien que l'incident ait eu lieu début octobre, ses détails ont été révélés dans l'enquête du journal publiée le 15 octobre.

La peur gagne les équipages des navires

Quelques jours après l'incident, la compagnie a tenu une réunion exceptionnelle avec les représentants des employés pour discuter des risques sécuritaires.

Selon le syndicat français CFDT, la direction a informé les représentants des marins d'une augmentation des cas de refus de traverser la zone depuis l'attaque contre le "Champs-Elysées".

Les marins craignent que leurs navires ne deviennent des cibles en raison des liens entre les compagnies maritimes et les intérêts économiques dans les pays de la région, même si les navires eux-mêmes ne battent pas pavillon de ces pays.

Le journal cite un officier travaillant pour la compagnie selon lequel les murs métalliques entourant les cabines d'équipage n'offrent pas de protection réelle contre les missiles.

Quant à l'escorte militaire, malgré son importance, elle n'élimine pas totalement les risques.

Un marin peut-il refuser le voyage ?

Depuis mars 2024, le Forum international de négociation, qui regroupe les syndicats de marins et les représentants des compagnies maritimes, classe la mer Rouge et le golfe d'Aden parmi les zones dangereuses liées à la guerre.

Cette classification permet aux marins concernés par les arrangements appropriés de bénéficier d'avantages supplémentaires et de refuser d'embarquer sur des voyages passant par cette zone.

Selon "Le Monde", un marin qui accepte de traverser la mer Rouge reçoit une prime de risque d'environ 1 500 euros.

Mais certains marins se trouvent contraints d'accepter le voyage pour des raisons financières ou familiales.

Une représentante syndicale de la compagnie indique que certains membres des équipages continuent de naviguer malgré leur peur, tandis que d'autres exigent d'utiliser la route alternative autour du cap de Bonne-Espérance.

Pourquoi les navires n'évitent-ils pas Bab-el-Mandeb ?

La route alternative autour de l'Afrique augmente la durée du trajet entre l'Asie et l'Europe d'au moins dix jours, ce qui accroît la consommation de carburant et les coûts opérationnels.

C'est pourquoi les compagnies maritimes cherchent à maintenir le passage par la mer Rouge et le canal de Suez chaque fois que possible.

Mais la protection militaire rencontre également des limites, car "Le Monde" note que la mission européenne "Aspides" ne comprend que deux ou trois navires à certaines périodes, malgré son ambition de fournir une force plus importante.

Tandis que les compagnies continuent de calculer les coûts du carburant, de l'assurance et des retards, les marins font face à des calculs complètement différents.

Pour eux, la question n'est plus seulement quand le navire arrivera à destination, mais s'ils peuvent y arriver sains et saufs.

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