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La Zambie, quatrième producteur mondial de lithium, impose aux entreprises chinoises de raffiner localement pour augmenter ses revenus.

La Zambie, géant africain du lithium, cherche à rompre le monopole chinois sur ses mines. Grâce à d'importants investissements venus de Pékin, elle est devenue le quatrième producteur mondial de ce métal.
Située en Afrique australe, la Zambie impose désormais aux sociétés chinoises d'effectuer le raffinage du minerai sur son territoire afin d'accroître ses bénéfices.
Il y a seulement cinq ans, la petite ville de Gorumonzi, à environ 40 kilomètres, comptait 5 000 habitants et vivait paisiblement de l'horticulture. Sa destinée a radicalement changé avec l'émergence de la compétition mondiale autour de ce métal essentiel à la transition énergétique.
Depuis 2022, la société chinoise Zhejiang Huayou exploite la mine d'Arcadia en Zambie, où le lithium est extrait. Ce métal, clé pour la fabrication des batteries électriques, est abondant dans le sous-sol zambien et constitue désormais un enjeu géopolitique majeur.
En tant que puissance mondiale, la Chine a rapidement consolidé son monopole dans ce pays d'Afrique australe. Outre Arcadia, les entreprises chinoises détiennent l'ensemble des cinq autres mines industrielles de lithium du pays. Elles ont investi environ 1,5 milliard de dollars américains (1,3 milliard d'euros) dans les infrastructures, exportant exclusivement vers Pékin.
Ce flux massif de capitaux chinois a permis à la Zambie de devenir le premier producteur africain de lithium et le quatrième mondial en 2025, selon des données gouvernementales canadiennes, avec une contribution de 9,3 % à la production globale.
Pour ce pays lourdement endetté, soumis longtemps à des sanctions occidentales et isolé des institutions financières internationales, cet afflux financier représente un gain considérable.
Harare tente désormais de modifier cet équilibre en durcissant la réglementation sur la gestion de son « or blanc ». En février, les autorités zambiennes ont temporairement interdit l'exportation de concentrés de lithium brut.
Bien que cette interdiction ait été partiellement levée avec l'octroi de quotas d'exportation, elle impose aux entreprises étrangères, en particulier chinoises, de construire des usines de raffinage d'ici janvier 2027. L'objectif est de traiter localement les roches contenant du lithium pour les transformer en sulfate de lithium, augmentant ainsi la valeur des exportations. Trois raffineries sont en cours de construction, dont la première à Gorumonzi.
Cette raffinerie, la première en Afrique, dispose d'une capacité de production annuelle de 50 000 tonnes de sulfate de lithium. Cette avancée revêt une importance particulière face aux risques économiques du pays, où les exportations de minerais représentent près de la moitié des recettes en devises étrangères. Les mesures restrictives commencent à porter leurs fruits, Harare ayant expédié en avril sa première cargaison de lithium raffiné, signe d'une montée en valeur ajoutée de l'industrie minière locale.
Par ailleurs, la valeur des exportations de lithium a atteint près d'un milliard de dollars au premier trimestre, soit une hausse de 79 % par rapport à la même période en 2025, portée par la hausse des prix en Chine.
Mutapa Energy, la branche minière du fonds souverain zambien, confirme la volonté gouvernementale de reprendre le contrôle total de ses mines. Plusieurs pays africains, comme la République démocratique du Congo, la Tanzanie et la Namibie, adoptent des restrictions similaires sur les exportations de minerais pour maximiser leurs revenus.
La législation minière actuelle en Zambie remonte à 1961, à l'époque coloniale, et ne contraint pas les entreprises chinoises à investir localement. Depuis 2014, des discussions parlementaires visent à élaborer une nouvelle loi, mais l'incertitude actuelle exonère encore les sociétés minières de responsabilités.
Le lithium, surnommé « or blanc » à l'ère de la transition énergétique, n'est pas exempt de soupçons de corruption et de luttes d'influence. Une étude de Transparency International publiée en 2025 révèle que les entreprises chinoises dominantes dans le secteur zambien, via une série d'acquisitions majeures, entretiennent des liens étroits avec des figures politiques, religieuses et traditionnelles influentes dans le pays.
Selon cette enquête, ces réseaux favoriseraient des pratiques illégales, notamment le trafic de quantités importantes de lithium brut vers le Mozambique et l'Afrique du Sud, afin de contourner les restrictions à l'exportation.



