Daily Beirut

Monde

Le « flotte fantôme » russe : 591 navires et 100 milliards de dollars

La Russie utilise massivement des immatriculations africaines pour contourner les sanctions sur son pétrole, un réseau logistique évalué à 100 milliards de dollars.

··3 min de lecture
Le « flotte fantôme » russe : 591 navires et 100 milliards de dollars
Partager

Près de 600 navires et 100 milliards de dollars d’échanges : c’est l’ampleur du « flotte fantôme » que la Russie a mis en place pour exporter son pétrole malgré les sanctions internationales. Selon des données du Robert Lansing Institute, Moscou recourt de plus en plus à des immatriculations auprès de pays africains comme le Cameroun ou les Comores, profitant de la faiblesse des contrôles dans certains registres maritimes pour dissimuler la propriété réelle des pétroliers.

Ce système d’immatriculation permet aux navires de continuer à opérer dans les réseaux maritimes internationaux tout en étant sous sanctions, créant des failles juridiques qui compliquent l’application des mesures restrictives. Les chercheurs qualifient certaines de ces pratiques d’« immatriculation fictive », où les navires sont déclarés auprès d’entités inexistantes ou peu contrôlées, rapporte le média Eurasia Review.

Un réseau tentaculaire et des méthodes sophistiquées

Le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur estime que la flotte russe a transporté près de la moitié du pétrole brut russe exporté par voie maritime en mars dernier. Ce réseau de plusieurs centaines de navires déplace des millions de barils par jour et génère des revenus colossaux. Pour brouiller les pistes, Moscou utilise des techniques comme le « pavillon de complaisance » et le changement fréquent d’immatriculation entre différents pays, une pratique appelée « saut de pavillon » qui vise à désorienter les systèmes de traçage et à éviter les sanctions.

Ajoutez Daily Beirut à votre fil Google News pour recevoir l'info en priorité.

Le Robert Lansing Institute souligne que plus de la moitié des cas d’immatriculation fictive dans le monde sont liés à des pays africains. Des situations similaires ont été observées en Angola, au Bénin, au Mozambique, au Mali, en Guinée et ailleurs, illustrant l’ampleur du phénomène. Ce modèle n’est plus une solution temporaire, mais s’est transformé en un réseau logistique stable au sein du système maritime mondial, exploitant les cadres juridiques nationaux pour affaiblir l’efficacité des sanctions.

Des pressions croissantes sur les registres africains

Des données de plateformes de surveillance maritime montrent que des pétroliers figurant sur les listes de sanctions européennes et américaines ont continué à opérer après avoir changé de pavillon, y compris en se réimmatriculant sous des drapeaux africains différents en l’espace de quelques mois. Selon l’Institute for Security Studies, le registre maritime camerounais a connu une augmentation de plus de 126 % en un an. Par ailleurs, les pays occidentaux ont inscrit plus de 100 navires battant pavillon comorien sur leurs listes de sanctions liées au transport de pétrole russe.

Face à cette situation, certains pays africains, comme le Malawi, ont appelé à des mesures internationales contre l’utilisation frauduleuse de leurs registres, signalant des cas de falsification de documents officiels et de sceaux gouvernementaux pour valider des immatriculations illégales. L’Organisation maritime internationale a également indiqué dans des rapports précédents que certains pavillons utilisés par des navires, notamment ceux liés à l’Eswatini, ne reposent sur aucun registre officiel reconnu, soulignant la complexité et l’étendue du problème.

Les experts estiment que ce « flotte fantôme » russe est désormais intégré à une infrastructure logistique mondiale complexe, exploitant les lacunes réglementaires de certains États, ce qui rend les efforts de lutte contre les sanctions plus difficiles et plus complexes au niveau international.

Partager

Dernières actualités