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Les drones ukrainiens isolent la Crimée et perturbent l'armée russe
La Crimée devient un enjeu crucial dans la guerre, Kiev intensifiant ses attaques pour couper les lignes d'approvisionnement russes et affaiblir leurs capacités logistiques.

La péninsule de Crimée prend une importance grandissante dans le conflit russo-ukrainien, alors que Kiev intensifie une campagne militaire visant à isoler cette région des voies d’approvisionnement russes. Cette stratégie a pour objectif d’affaiblir les capacités logistiques des forces russes dans le sud et de préparer un futur contre-attaque, selon Foreign Policy.
Le long de la route principale reliant la ville russe de Rostov-sur-le-Don à la Crimée et au sud de l’Ukraine sous contrôle russe, des centaines de camions, de ravitailleurs et de véhicules militaires détruits ou incendiés s’accumulent. Cette voie, qui s’étend sur environ 390 miles, est surnommée par les soldats russes et ukrainiens la « route de la mort ».
Depuis début avril, l’Ukraine a mené plusieurs vagues d’attaques à l’aide de drones ciblant cette route côtière bordant la mer d’Azov, ainsi que les ponts nord de la Crimée traversant le détroit de Chongar. Ces opérations ont perturbé les approvisionnements terrestres, maritimes et ferroviaires.
Le pont de Kertch, à l’est de la Crimée, est désormais la seule voie d’accès pratique à la péninsule. Toutefois, il a subi de nombreuses attaques répétées, réduisant le trafic à une fraction de son niveau antérieur. Fin juin, de longues files de véhicules ont été observées quittant la Crimée.
Ces attaques ont eu pour effet non seulement de perturber le tourisme russe, mais aussi de provoquer une pénurie sévère de carburant et de munitions dans les zones sous contrôle russe à Zaporijjia et Kherson.
Le 11 juin, l’Ukraine a annoncé que son premier régiment d’assaut indépendant avait détruit un convoi transportant des munitions et du carburant destinés aux positions russes à Zaporijjia, ainsi qu’environ 50 véhicules militaires prêts à être déployés. Ce coup a, selon le rapport, entravé la capacité de la Russie à mener ses opérations militaires sur le front sud.
Les attaques ukrainiennes sur des installations de raffinage pétrolier en Russie ont aggravé la crise énergétique, réduisant la capacité de raffinage russe d’environ un quart, ce qui a engendré une pénurie de carburant à l’intérieur du pays.
La ville de Sébastopol, la plus grande de Crimée, a connu des coupures d’électricité prolongées pendant plusieurs jours. Le 21 juin, Sergueï Aksionov, gouverneur de Crimée nommé par Moscou, a annoncé la suspension de la vente d’essence aux civils, limitant sa distribution aux institutions gouvernementales et officielles.
Serhiy Kozan, directeur du Centre ukrainien pour la sécurité et la coopération, a déclaré que l’arrêt des livraisons de carburant vers le front sud « paralyse la logistique militaire russe et isole les forces russes ». Il a ajouté que le manque de carburant dans les territoires occupés limite l’utilisation des équipements militaires, complique la rotation des troupes, l’évacuation des blessés et l’approvisionnement en armes.
En mai, le ministère ukrainien de la Défense a annoncé le lancement d’un « verrouillage logistique » de la Crimée, visant à transformer la péninsule en zone isolée de la Russie, en ciblant toutes les voies d’approvisionnement des forces russes dans le sud de l’Ukraine.
La Crimée constitue un centre logistique majeur et une base arrière pour les forces russes stationnées à Kherson et Zaporijjia, qui dépendent des routes terrestres ou des voies passant par la péninsule.
Le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, a expliqué que l’objectif est de couper les lignes d’approvisionnement russes vers la péninsule et de détruire les infrastructures vitales afin d’affaiblir la présence russe sur place.
Des observateurs soulignent que cette stratégie vise en dernier ressort à permettre à l’Ukraine de lancer une contre-offensive pour reprendre des territoires, bien que cela ne se soit pas encore concrétisé. Par ailleurs, l’offensive russe estivale n’a pas permis de progrès significatifs.
George Barros, chercheur à l’Institut d’études sur la guerre américain, a indiqué que l’Ukraine « reconfigure le champ de bataille », rendant les lignes de défense russes plus vulnérables, et pourrait maintenir cette situation pendant plusieurs mois avant d’engager une contre-attaque.
La majorité de ces attaques sont menées à l’aide de drones à moyenne portée, peu coûteux et fabriqués localement, tels que les modèles FP-2 et Behemoth. Ce dernier peut atteindre une vitesse de 110 miles par heure, transporter une ogive de 154 livres et couvrir une distance d’environ 200 miles.
Maxim Biznosiuk, chercheur au centre GLOBSEC, a souligné que cette campagne succède à des efforts ukrainiens méthodiques visant les systèmes de défense aérienne russes en Crimée, notamment les radars et les systèmes sol-air, ce qui a permis des frappes plus profondes sur des cibles logistiques dans la péninsule.
Kozan a ajouté que l’épuisement de la Crimée accroît également le mécontentement dans les territoires sous contrôle russe. Les frappes du 24 juin sur les centrales électriques de Simferopol et Sébastopol ont provoqué de larges coupures de courant, la déclaration de l’état d’urgence, des restrictions sur le carburant et les transports, ainsi qu’une baisse de la pression de l’eau dans certaines zones.
Ces évolutions ont contraint la Russie à mobiliser davantage de ressources sécuritaires et militaires pour protéger la Crimée, notamment en déployant des agents supplémentaires du service fédéral de sécurité russe, en renforçant les unités de défense aérienne le long des voies d’approvisionnement, et en expérimentant de nouveaux moyens pour sécuriser les lignes de transport, comme les ponts flottants.
Barros estime que le blocus ukrainien n’est pas total, probablement délibérément, précisant que le maintien de sorties possibles pourrait inciter les forces russes à se retirer plutôt que de combattre jusqu’au bout.
La Crimée revêt une importance stratégique majeure pour la Russie, qui la qualifie de « porte-avions insubmersible ». Elle sert de base pour projeter la puissance aérienne et navale russe en mer Noire et abrite le port de Sébastopol, siège de la flotte russe de la mer Noire. Cette flotte a été utilisée par Moscou pour imposer des restrictions aux exportations de céréales et au commerce ukrainien, ainsi que pour lancer des attaques de missiles contre les villes de Mykolaïv et Odessa.
Selon le rapport, l’intensification des attaques ukrainiennes sur la Crimée envoie également un message interne aux Russes, soulignant que l’annexion de la péninsule en 2014 n’a pas apporté la sécurité promise par le président Vladimir Poutine.
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