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Les Houthis sanctionnent les victimes de la faim à Sanaa avec amendes et poursuites

Les autorités houthis imposent des amendes et des sanctions aux mendiants et vendeurs ambulants à Sanaa, sous prétexte de lutte contre la mendicité.

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Les Houthis sanctionnent les victimes de la faim à Sanaa avec amendes et poursuites
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La milice houthie a renforcé la pression sur les populations les plus vulnérables du Yémen en instaurant des amendes et des sanctions illégales à l’encontre des mendiants et vendeurs ambulants dans les zones sous son contrôle. Cette mesure est justifiée par la prétendue « lutte contre la mendicité et la protection des bonnes mœurs », sans offrir de solutions concrètes pour combattre la pauvreté ni atténuer la faim croissante.

Dans ce cadre, le « programme national de lutte contre la mendicité », lancé par les autorités houthis non reconnues internationalement, a commencé à distribuer des brochures d’avertissement aux mendiants et vendeurs ambulants dans les rues et places publiques de la capitale Sanaa.

Ces documents interdisent strictement la présence de ces personnes et menacent de poursuites, d’arrestations et de sanctions sévères, illustrant la fuite des autorités houthis face aux causes profondes de la crise économique et humanitaire, tout en ciblant directement ses victimes.

Selon ces brochures, la définition de la mendicité a été élargie pour inclure des activités modestes qui constituent la source de revenus quotidienne de milliers de pauvres, telles que la vente de mouchoirs en papier, de cure-dents, de petits articles dans la rue ou le nettoyage des vitres de voitures aux carrefours.

Les sanctions prévoient des amendes débutant à 150 000 rials yéménites en cas de récidive, pouvant atteindre un million de rials dans certains cas, ainsi que des renvois devant le parquet et des peines de prison de 5 à 10 ans pour les affaires liées à l’exploitation des femmes et des enfants dans la mendicité.

Les autorités houthis justifient cette campagne en ciblant ceux qu’elles qualifient de « mendiants professionnels » et affirment que le programme vise à les réhabiliter, les former et leur accorder de petits prêts pour leur permettre de trouver d’autres sources de revenus.

Cependant, des observateurs estiment que les entités qui contrôlent les ressources publiques, les recettes fiscales et douanières, tout en ayant suspendu le versement des salaires de centaines de milliers de fonctionnaires depuis plusieurs années, peinent à convaincre la population de leur capacité à mettre en œuvre des programmes efficaces contre la pauvreté ou à offrir des alternatives économiques réelles, d’autant que la milice fait face à une crise financière sans précédent.

Ils soulignent que ces mesures s’attaquent aux conséquences de la crise économique plutôt qu’à ses causes, punissant les catégories les plus fragiles, contraintes par la guerre et l’effondrement économique à occuper la rue, au lieu d’adopter des politiques de développement créant des emplois et des filets sociaux pour les pauvres et les chômeurs.

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L’analyste économique Majid Al-Daari explique que l’augmentation de la pauvreté et de la mendicité n’est pas à l’origine de la crise, mais en est une conséquence directe des politiques économiques qui ont appauvri la société dans les territoires contrôlés par les Houthis, poussant de larges pans de la population à chercher tous moyens de survie, y compris la mendicité ou des petits travaux informels dans la rue pour subvenir aux besoins essentiels de leurs familles.

Dans un entretien accordé à « Erem News », Al-Daari considère que la décision des Houthis d’imposer des amendes et sanctions financières aux mendiants traduit une volonté de transformer la souffrance des plus pauvres en une nouvelle source de revenus, au lieu de s’attaquer aux causes réelles du problème. Il ajoute que la milice « ne traite pas ce phénomène comme une crise sociale et humanitaire nécessitant une prise en charge, mais comme une opportunité supplémentaire de collecte et d’augmentation des recettes ».

Il estime qu’une approche sérieuse pour lutter contre la mendicité doit commencer par une étude des conditions économiques et sociales des personnes touchées, la réhabilitation des enfants exploités dans la mendicité, la création d’emplois pour les personnes capables de travailler, ainsi que la mise en place de programmes d’aide et de protection pour les personnes âgées et incapables de subvenir à leurs besoins, plutôt que de les poursuivre avec des sanctions et des amendes.

Al-Daari souligne que faire peser des charges financières sur des individus déjà plongés dans une extrême pauvreté ne peut réduire ce phénomène, mais risque au contraire d’aggraver la vulnérabilité et la privation de nombreuses familles, traduisant une tendance à exploiter le besoin humanitaire comme une source supplémentaire de financement, alors que les indicateurs de pauvreté et d’insécurité alimentaire s’aggravent.

Dans un pays confronté à l’une des pires crises humanitaires mondiales, la mendicité reflète directement l’effondrement économique vécu par les Yéménites, plus qu’un problème lié à l’organisation des rues ou à l’apparence urbaine.

Les agences des Nations unies alertent sur un risque de famine imminente au Yémen dans les prochains mois, avec un tiers de la population nécessitant une aide humanitaire et plus de 18 millions de personnes souffrant d’insécurité alimentaire sévère, ainsi qu’une crise de malnutrition touchant environ 50 % des femmes et enfants, conséquence du conflit et de la dégradation économique.

Les mesures houthis ont suscité une large indignation sur les réseaux sociaux, où des militants ont partagé des vidéos de vendeurs ambulants exprimant leur surprise face à la classification de leur lutte quotidienne comme mendicité, affirmant que ces activités sont leur unique moyen d’assurer le minimum vital à leurs familles, en raison de l’absence d’opportunités d’emploi.

Cette campagne coïncide avec les déclarations de Mohamed Miftah, chef par intérim du gouvernement houthi, qui a appelé les citoyens se plaignant de la faim et de la pauvreté à cesser de partager leurs souffrances sur les réseaux sociaux et à chercher n’importe quel travail, même sans rémunération.

Les propos de Miftah ont provoqué des réactions virulentes, certains militants y voyant la preuve de l’écart grandissant entre le pouvoir houthi et la société, ainsi que le reflet d’une politique persistante de déni des souffrances populaires et de mépris des revendications urgentes visant à mettre fin à la propagation sans précédent de la faim, de la pauvreté et du chômage.

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