Monde
Face à la montée des tensions tribales dans le nord du Yémen, les Houthis, soutenus par l'Iran, adoptent une stratégie sécuritaire pour circonscrire le mouvement des tribus dans la région de Al-Rayan.

Alors que l'état d'alerte des tribus s'étend dans le nord du Yémen, les Houthis redoutent que les tensions croissantes avec les tribus ne dégénèrent en un affrontement ouvert. Cette inquiétude survient dans un contexte de divisions au sein de la direction des milices sur les moyens de maîtriser la crise et d'empêcher son évolution vers une rébellion plus large.
Des sources militaires et tribales concordantes ont indiqué à "Irem News" que les Houthis privilégient désormais une approche sécuritaire visant à contenir le mouvement tribal dans la zone de "Al-Rayan" dans la province de Al-Jawf, afin de limiter la propagation de ses conséquences. Cette décision fait suite à l'échec des médiations locales et régionales pour rapprocher les positions, chaque camp restant ferme sur ses revendications. Par ailleurs, les milices n'ont pas réussi à susciter des mouvements tribaux parallèles dans leurs zones d'influence au nord du pays.
Les sources ont aussi signalé des divergences au sein de l'encadrement houthiste sur la gestion de la crise. Un courant prône des concessions limitées pour apaiser les tensions et éviter une explosion du conflit, tandis qu'un autre, plus radical, rejette toute concession face aux pressions tribales, estimant que céder encouragerait d'autres défis susceptibles de fragiliser l'autorité et l'influence des milices à l'avenir.
Selon les informations recueillies, plusieurs cadres influents des Houthis ont récemment quitté Sanaa pour se rendre à la localité de Al-Hazm, chef-lieu de la province de Al-Jawf, afin d'établir une salle d'opérations sur le terrain. Cette structure est chargée de gérer le dossier, d'examiner les options pour traiter avec la coalition tribale et ses revendications, et de préparer des scénarios d'intervention sécuritaire et militaire si la situation ne peut être maîtrisée. Ces mesures répondent à des directives supérieures visant à empêcher l'élargissement des "zones tribales" et à réprimer tout mouvement susceptible d'évoluer en une rébellion tribale étendue dans les territoires sous contrôle houthiste.
Cette salle d'opérations est placée sous la supervision directe d'un officier des Gardiens de la révolution iranienne présent au Yémen, ce qui témoigne du soutien de Téhéran aux Houthis dans leur volonté de dominer la crise et de contenir les pressions internes croissantes.
Parallèlement, les milices ont mené des déploiements militaires importants dans la province de Al-Jawf, en prévision d'éventuelles confrontations avec les tribus massées dans la zone de "Matarah Al-Karama" à Al-Rayan. Ces actions s'accompagnent d'initiatives visant à semer la discorde entre les tribus alliées, dans le but de briser leur cohésion et d'affaiblir leur capacité à maintenir une pression collective.
Les sources ont précisé que les Houthis ont envoyé lundi dernier des renforts militaires conséquents à la ville d'Al-Yatmah et aux zones montagneuses avoisinantes, situées à environ 100 kilomètres des lieux où les tribus se rassemblent à Al-Rayan. Ces forces comprennent des unités d'artillerie et des éléments de la "élite" des milices.
En revanche, les Houthis ont essuyé un revers sur le plan tribal. Ils ont échoué mardi à organiser un "nakf" armé dans le marché d'Al-Yatmah, après que les tribus de "Dhu Hussein" ont refusé de s'engager dans une action susceptible de diviser la position des tribus de "Dham". Ces dernières ont affirmé leur attachement à l'unité et leur soutien aux revendications des rassemblements dans "Matarah Al-Karama". Ce refus a contraint les milices à déplacer l'événement vers une autre zone.
Depuis le début de l'alerte tribale il y a environ deux semaines, les Houthis ont tenté d'exploiter les positions de certaines tribus dans leurs territoires pour les présenter comme opposées au rassemblement tribal. Toutefois, ces initiatives se sont rapidement transformées en occasions pour ces tribus d'exprimer leur rejet des politiques des milices visant à soumettre les tribus et réduire leur autonomie.
Face à l'épuisement des options de gestion, les milices ont récemment renforcé leur préparation militaire aux frontières nord de la province de Marib, limitrophe de Al-Jawf. Elles ont conduit des opérations de mobilisation humaine et militaire dans le district de Ragwan, sous leur contrôle, ce qui traduit leur volonté d'imposer un encerclement militaire autour des zones de concentration tribale, en anticipation de toute évolution possible dans ce secteur stratégique.
Une femme se présentant comme la fille de l'ancien président irakien Saddam Hussein a sollicité le soutien des tribus yéménites pour la défendre et lever l'injustice dont elle est victime, après qu'un cadre influent houthiste a saisi ses propriétés privées à Sanaa.
En réponse à cet appel, les tribus ont exigé la libération de cette femme et la restitution de ses biens, dans une démarche qualifiée de la plus importante de ce type depuis plusieurs années, après une longue période de politiques houthis visant à soumettre les tribus et à remodeler leurs centres d'influence, réduisant ainsi leur impact sur les décisions sociales, politiques et militaires.
Dans ce cadre, le centre "Al-Mokha pour les études stratégiques" considère que l'évolution actuelle constitue l'un des défis politiques et sécuritaires les plus sensibles pour les Houthis, car elle émane d'un des environnements tribaux majeurs sous leur contrôle et repose sur une problématique aux dimensions tribales et sociales qui dépassent les clivages politiques traditionnels.
Le centre a identifié dans une étude publiée mardi trois trajectoires principales pour l'avenir de la crise. La première envisage la réussite des médiations pour apaiser les tensions et parvenir à un accord évitant une escalade, tout en maintenant un niveau de ressentiment qui ferait de cette question une référence influente pour définir l'avenir des relations entre tribus et Houthis.
Le second scénario suppose que la crise devienne un point d'appui pour intensifier les pressions tribales et politiques sur les Houthis, à travers l'élargissement de la solidarité tribale et la montée des contestations contre les politiques des milices. Cela pourrait offrir au gouvernement yéménite une opportunité pour renouer le dialogue avec les tribus et renforcer sa présence dans les zones contrôlées par les Houthis.
Enfin, bien que moins probable, le troisième scénario est le plus impactant, puisqu'il envisage une escalade militaire plus large coïncidant avec la crise tribale, transformant les tensions en un facteur supplémentaire dans les équations du conflit. Cette évolution poserait de nouveaux défis sécuritaires sur des fronts stratégiques, notamment autour de Marib, Al-Jawf et les régions proches des frontières nord du pays.
Irem News
Coupe du Monde 2026
Coupe du Monde 2026
Football
Santé