Monde
Les troupes éthiopiennes aux portes de l'Érythrée
L'avancée des forces fédérales éthiopiennes vers une ville frontalière érythréenne ravive les craintes d'un conflit régional dans la Corne de l'Afrique.

Des combattants pro-gouvernementaux et des habitants ont confirmé, mercredi, que les forces fédérales éthiopiennes progressent en direction d'une localité située près de la frontière avec l'Érythrée. Cette manœuvre militaire intensifie les appréhensions concernant un embrasement généralisé du conflit dans la région.
Addis-Abeba accuse Asmara de fournir un soutien logistique aux rebelles du Front de libération populaire du Tigré (TPLF). Ces derniers avaient lancé une offensive majeure contre l'armée régulière le 23 septembre avant d'être repoussés.
Washington a appelé les deux nations voisines à désamorcer la tension. Lors d'un échange téléphonique avec le Premier ministre Abiy Ahmed, le secrétaire d'État Marco Rubio a souligné la nécessité pour tous les États de la Corne de l'Afrique de respecter l'intégrité territoriale de leurs voisins et d'éviter toute incursion transfrontalière.
Le chef de la diplomatie américaine a insisté sur le fait que la zone ne peut absorber de nouveaux affrontements. Il a rappelé que la résolution durable des différends passe par le dialogue, conformément aux accords de paix signés entre les deux pays en 2018.
Une source sécuritaire étrangère estime qu'entre 5 000 et 8 000 soldats érythréens s'étaient déployés en territoire éthiopien pour appuyer les insurgés. Ils auraient depuis été contraints de se retirer.
Un membre d'un groupe loyaliste a indiqué à l'AFP que les troupes érythréennes présentes à Zalambessa, une ville frontalière ayant servi de théâtre principal lors de la guerre de 1998-2000, ont quitté les lieux. Les sources anonymes affirment que les défenseurs contrôlent désormais les villages environnants sans avoir franchi la ligne de démarcation.
Un résident de Zalambessa rapporte que l'armée éthiopienne est positionnée à environ cinq kilomètres au sud de la cité, tandis que les forces érythréennes stationnent aux abords nord. La population vit dans la peur de voir sa commune devenir un champ de bataille.
Yemane Gebremeskel, ministre de l'Information érythréen, a qualifié d'invraisemblables les informations faisant état d'un passage de troupes éthiopiennes de l'autre côté de la frontière.
Plus tôt ce mois-ci, les autorités centrales ont repris le contrôle de Mekelle, capitale du Tigré, après le départ des miliciens du TPLF. Les unités érythréennes, initialement dispersées dans le nord tigréen, ont dû reculer sous la pression des frappes par drones.
Récemment, les alliés du gouvernement ont avancé vers des centres stratégiques comme Shire et Axum, situés à proximité immédiate de la frontière. Emmanuel Assefa, vice-président du TPLF, maintient que l'alliance opposée au pouvoir fédéral atteindra ses objectifs. Il prévient toutefois que les hostilités risquent de dégénérer en un conflit international.
Le centre de réflexion Chatham House, basé à Londres, avertit que la poursuite des combats sans médiation internationale pourrait mener à une escalade régionale dangereuse. L'Érythrée a obtenu son indépendance d'Addis-Abeba en 1993, avant de connaître une guerre frontalière sanglante entre 1998 et 2000.
Si les relations bilatérales s'étaient apaisées brièvement après l'arrivée d'Abiy Ahmed au pouvoir, elles se sont dégradées jusqu'à la rupture totale des liens diplomatiques ce mois-ci, conséquence directe des heurts dans la région du Tigré.
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