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La cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni instrumentalise les images de l’afflux migratoire à Ceuta pour isoler le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, dans une stratégie électorale européenne préparant les législatives de 2027.

Giorgia Meloni, chef du gouvernement italien d’extrême droite, cherche à s’imposer comme la figure centrale de la question migratoire en Europe, à l’approche d’une campagne électorale anticipée pour les élections parlementaires de 2027, dont les politiques identitaires devraient constituer le cœur du débat.
Le quotidien français Le Monde a mis en lumière, mardi, la manière dont la « carte migratoire » est devenue un outil de compétition électorale chez plusieurs dirigeants européens. Le journal évoque notamment des déclarations antérieures d’Emmanuel Macron appelant à ne pas laisser l’Italie seule face au défi migratoire.
Ce positionnement intervient alors que Berlin a dépassé son hostilité initiale, et qu’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, s’est rendue sur l’île italienne de Lampedusa pour y présenter un plan d’action en dix points aligné sur la ligne défendue par Giorgia Meloni.
Selon l’Agence européenne des garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), le nombre de migrants arrivés irrégulièrement en Europe a chuté de 40 % au cours des cinq premiers mois de l’année en cours — un recul historique.
Pourtant, un afflux de 50 000 ressortissants étrangers vers la ville espagnole de Ceuta, située en Afrique du Nord, débuté le 30 juillet dernier, a provoqué la mort d’au moins 72 personnes, selon les autorités madrilènes. Cet épisode a déclenché une série d’événements politiques comparables à ceux qui avaient marqué Lampedusa.
Mais trois ans après avoir bénéficié du soutien de ses partenaires européens, Meloni utilise désormais les images de Ceuta comme levier pour isoler l’Espagne, selon l’expression employée par Le Monde.
Ces manœuvres, menées conjointement avec des alliés et mêlant discours politique aux relents de désinformation et initiatives diplomatiques jusqu’ici efficaces, s’inscrivent dans le cadre du lancement officiel de la campagne électorale pour les législatives italiennes de 2027. Elles visent à renforcer l’image de Meloni en tant que leader européen sur la question migratoire.
Le Monde rappelle qu’en 2023, Meloni avait consolidé sa posture à Lampedusa. À l’époque, la presse italienne avait relevé avec surprise qu’Ursula von der Leyen, lors de sa campagne pour les élections européennes de 2024, reprenait sur place des formulations calquées sur celles de la dirigeante italienne.
Depuis, le rapprochement entre droite et extrême droite est devenu un facteur déterminant au niveau européen. En revanche, les appels à la solidarité, tels que celui lancé par von der Leyen en 2023, ne suscitent plus guère d’écho.
Trois ans plus tard, Meloni, qui avait alors demandé à d’autres États membres d’accueillir les migrants arrivés à Rome, a imposé des restrictions aux vols et aux liaisons maritimes avec l’Espagne, en réaction aux images venues de Ceuta.
En collaboration avec la Première ministre danoise Mette Frederiksen, social-démocrate mais favorable à une politique migratoire restrictive, Meloni a mobilisé vingt autres chefs d’État ou de gouvernement, selon le quotidien français.
Ensemble, ils ont adressé une lettre aux trois présidences européennes — Conseil, Commission et Parlement — pour demander l’organisation d’une réunion vidéo des ministres de l’Intérieur. Cette initiative survient alors qu’aucun des personnes ayant atteint illégalement Ceuta durant cette brève crise n’a pu pénétrer sur le territoire européen.
En 2023, tous les migrants arrivés à Lampedusa avaient été transférés, conformément aux procédures en vigueur, vers des centres d’accueil en Sicile ou sur le continent italien, Lampedusa relevant de l’espace Schengen.
Bien que ce dossier soit sans lien direct avec l’incident de Ceuta, Meloni espère néanmoins faire avancer la création de centres de rétention pour étrangers hors des frontières européennes, via la réunion des ministres de l’Intérieur tenue ce mardi, et à laquelle le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a également demandé de participer séparément.
Toutefois, comme indiqué dimanche au sein de son propre parti, l’objectif principal de ces manœuvres est bien d’isoler Pedro Sánchez, figure emblématique de la gauche dont la politique de régularisation des travailleurs étrangers fait l’objet d’une campagne de désinformation en Italie.
Cette désinformation est diffusée même au sein du gouvernement italien, qui met pourtant en œuvre, selon Le Monde, un programme visant à octroyer 500 000 titres de séjour aux travailleurs étrangers d’ici 2028.
Parallèlement, Meloni fait face à une pression croissante de la part de Roberto Vannacci, ancien général et fondateur du nouveau parti « Futur national », situé à l’extrême droite de son propre échiquier politique.
Vannacci recueille 7 % des intentions de vote, dépassant ainsi tous les partenaires de coalition de Meloni. Alors que celle-ci était arrivée au pouvoir en promettant de mettre fin à la migration irrégulière, il appelle lui-même à l’homogénéité ethnique en Italie, via des expulsions massives.
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