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Le rejet des initiatives de partage du pouvoir par Misrata pousse l'ONU et les États-Unis à intensifier leurs efforts diplomatiques pour éviter une impasse.

Le refus catégorique des acteurs de la ville libyenne de Misrata d'accepter les propositions de répartition du pouvoir a déclenché une mobilisation diplomatique américano-onusienne. L'objectif est d'empêcher toute perturbation du dialogue dit de la "table 4+4", un format de négociation restreint.
Massad Boulos, conseiller du président américain, promeut une solution politique à la crise de la division institutionnelle. Parallèlement, l'ONU parraine une initiative similaire, réunissant des acteurs clés de l'est et de l'ouest de la Libye dans un "dialogue miniature". Sa première réunion s'est tenue à Rome et se déplace cette semaine à Tunis. Des analystes politiques jugent ces efforts comme une tentative de redistribuer l'influence via des accords au sommet.
Misrata, située à 187 kilomètres à l'est de Tripoli, dans le nord-ouest du pays, est considérée comme une ville centrale pour tout règlement politique en Libye. Sa position d'acteur militaire majeur dans l'ouest libyen, où ses groupes armés coordonnent leurs actions par la négociation et le consensus, en fait un obstacle de taille.
La question de la "stabilisation de la Libye" a été au cœur des discussions à Rome vendredi dernier entre la Première ministre italienne Giorgia Meloni et le secrétaire d'État américain Marco Rubio. Cette rencontre a eu lieu un jour seulement après la visite du chef du gouvernement d'union nationale par intérim, Abdel Hamid Dbeibah, en Italie. Misrata entretient des liens particuliers avec Rome, qui y maintient une présence militaire, justifiée depuis 2016 par une demande de l'ancien gouvernement d'entente.
Les États-Unis, cherchant des avancées dans leur politique étrangère, intensifient leurs efforts pour lancer un nouveau processus national libyen. Ces efforts, menés par le conseiller Massad Boulos, sont les premiers d'envergure depuis près de cinq ans. Boulos a initialement divisé son initiative en trois volets : économique, sécuritaire et politique. Le principal problème économique identifié est l'absence de budget unifié, les deux gouvernements épuisant l'économie libyenne par leurs dépenses excessives.
Face à la profonde division de l'ouest libyen sur les questions de sécurité, Boulos a choisi de ne pas rechercher un large consensus. Il s'est plutôt concentré sur le rassemblement d'un petit nombre d'acteurs que Washington considère comme influents. Ce mouvement a récemment culminé avec l'organisation des exercices militaires "Flintlock" à Syrte, impliquant l'Armée nationale libyenne et d'importants groupes occidentaux comme les brigades 444 et 111, ainsi que la formation d'une commission militaire réduite "3+3".
Depuis l'année dernière, certains des plus grands groupes de sécurité de l'ouest libyen ont renforcé leurs liens avec l'Armée nationale libyenne, initialement comme force de contrepoids à Dbeibah. Cela signifie qu'il existe désormais suffisamment d'acteurs politiques et sécuritaires, tant à l'est qu'à l'ouest, capables de faire avancer le plan de Boulos.
Cependant, l'ouest libyen a toujours constitué le principal obstacle aux négociations. Tout accord sur l'unité impliquerait l'exclusion de la majorité des personnalités politiques de cette région. C'est Misrata, et non Tripoli, qui représente le plus grand défi pour le gouvernement de Tripoli. Dbeibah pourrait probablement sécuriser la capitale grâce à la forte présence de groupes de sécurité qui lui sont fidèles, mais il n'a pas réussi à unifier Misrata. Au contraire, il a cherché à affaiblir les grands chefs de sécurité qui auraient pu le concurrencer, permettant ainsi aux petits groupes de jouer un rôle accru dans les affaires de la ville.
L'ancien porte-parole du président du Conseil présidentiel libyen, le chercheur politique Mohamed al-Sallak, a confirmé que des forces politiques et militaires à Misrata continuent de considérer avec méfiance le processus politique actuel, notamment la table ronde 4+4. Il a noté que l'agenda de la réunion de Rome et ses conclusions ont été une surprise. Contrairement aux attentes, la réunion s'est concentrée sur la refonte de la Haute Commission électorale et l'implication des deux Chambres des représentants et d'État dans le nouvel organisme, tout en évitant les questions sensibles liées à la formation d'un nouveau pouvoir exécutif.
Dans une déclaration à "Erem News", al-Sallak a estimé qu'il s'agissait d'une tentative apparente de contourner la mine de la première étape et de dissiper les craintes des parties opposées au processus, en affirmant qu'il ne s'agit pas d'un cheminement visant à consacrer le partage du pouvoir entre deux familles, comme certains l'imaginent.
La cheffe de la mission de l'ONU en Libye, Hanna Tetteh, accompagnée de sa adjointe Stephanie Khoury, s'est rendue à Misrata au moment même où les habitants organisaient un sit-in pour exprimer leur rejet de l'initiative de Massad Boulos. En réponse, Boulos a affirmé que les États-Unis soutiennent la feuille de route menée par la mission de l'ONU, insistant sur le fait que son pays poursuivra ses efforts pour rapprocher les points de vue. Il a déclaré que "Washington sera à l'avant-garde des efforts diplomatiques visant à rapprocher les points de vue entre l'est et l'ouest du pays et à créer les conditions d'une unité politique globale". Selon Boulos, "la phase actuelle nécessite un travail sérieux vers l'unification de la Libye aux niveaux économique, militaire et politique, considérant que cette voie sert l'intérêt de tous les Libyens".



