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La baisse du budget des forces de maintien de la paix de l’ONU pousse l’Afrique à revoir ses choix sécuritaires, dans un contexte d’instabilité croissante.

Les coupes budgétaires imposées par l’ONU aux forces de maintien de la paix contraignent l’Afrique à adopter des stratégies sécuritaires susceptibles de modifier ses formes de dépendance. Cette situation soulève des inquiétudes quant à la stabilité du continent dans les années à venir.
Les experts anticipent une augmentation de l’instabilité en Afrique, liée aux défis sécuritaires, à une croissance économique faible et à une population jeune en forte expansion. Les données issues de la base « Acled », qui recense les conflits armés, indiquent une aggravation et une extension des foyers d’instabilité à l’échelle mondiale, avec un nombre record de conflits en Afrique, alors que l’aide internationale pour prévenir ces conflits diminue nettement.
Les missions de maintien de la paix de l’ONU représentent plus de la moitié des interventions, avec un budget de 5,6 milliards de dollars, soit moins de 0,2 % des dépenses militaires mondiales. Cette situation engendre des tensions financières pour l’organisation internationale. Les 54 pays africains ne contribuent qu’à hauteur de 1 à 2 % de ce budget, tandis que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité en détiennent 62 %, en raison de leur poids économique et de leur rôle central dans l’approbation des missions.
Par ailleurs, plusieurs États membres de l’ONU ne règlent pas leurs contributions, avec les États-Unis en tête, qui ont réduit leur participation et accusent un retard de paiement de 1,8 milliard de dollars. Cette situation fait suite à une décision du Congrès américain limitant la contribution des États-Unis à 25 % du budget total des opérations de maintien de la paix, contre 26,9 % fixés par l’Assemblée générale de l’ONU. Une sous-commission du Congrès a même proposé une réduction de 60 % du financement américain pour 2027.
En parallèle, la Chine renforce son rôle dans le maintien de la paix. Seule parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité à fournir des contingents importants aux missions de l’ONU, elle a augmenté sa contribution financière, passant de 18,7 % en 2024 à 23,8 % en 2026.
Le South African Institute of Security Studies souligne la réticence de l’ONU à intervenir dans des zones à haut risque comme la Somalie, tandis que l’Union africaine cherche depuis longtemps à établir un mécanisme lui permettant de financer ses propres missions régionales. Ces efforts ont abouti à la résolution 2719 du Conseil de sécurité, qui autorise un financement à hauteur de 75 % des opérations de soutien à la paix dirigées par l’Union africaine via les contributions régulières de l’ONU. Toutefois, cette mesure n’a pas encore été mise en œuvre.
Contrairement aux missions onusiennes, les opérations de l’Union africaine ne bénéficient pas d’un mécanisme de financement automatique et dépendent de promesses ponctuelles des bailleurs. Cette situation engendre des retards de paiement, un manque de fonds et une capacité limitée à planifier efficacement. Avec un budget de 400 millions de dollars, le Fonds pour la paix de l’Union africaine a débloqué seulement quelques millions pour des interventions d’urgence et le soutien à la médiation, alors que ses ressources ne suffisent pas à couvrir les dépenses d’une grande mission pendant une année complète.
Si les États-Unis réduisent considérablement leur financement des opérations de maintien de la paix de l’ONU, il est peu probable que d’autres pays, y compris la Chine, puissent compenser cette baisse, compte tenu de la croissance économique limitée actuelle.
En dehors des cadres de l’ONU et de l’Union africaine, les États-Unis et d’autres acteurs, comme l’Union européenne, augmentent leur financement pour le déploiement de forces de sécurité nationales dans certains pays via des accords bilatéraux. C’est le cas, par exemple, du déploiement de forces policières et militaires kényanes en Haïti, financé par les États-Unis, et de la présence de troupes rwandaises dans le nord du Mozambique, partiellement soutenue par l’Union européenne, avec la France jouant un rôle important dans la protection des investissements de Total Énergies dans le gaz naturel liquéfié au Mozambique.
Ces exemples illustrent un modèle sécuritaire axé davantage sur les intérêts commerciaux, où l’aide extérieure est liée à la protection d’actifs stratégiques et des chaînes d’approvisionnement en minerais.



