Monde
La Chine reste évasive concernant une possible visite de Xi Jinping en Corée du Nord, dans un contexte de tensions géopolitiques en Asie de l'Est.

La Chine a adopté une position ambiguë face aux rumeurs d’une visite imminente du président Xi Jinping en Corée du Nord, alors que les indices d’une intensification des démarches diplomatiques régionales se multiplient, liées aux tensions sécuritaires en Asie de l’Est et aux évolutions géopolitiques impliquant la Chine, la Russie et les États-Unis.
Lors d’une conférence de presse tenue lundi, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a déclaré ne pas disposer d’informations sur la date d’un éventuel déplacement de Xi à Pyongyang. Elle a cependant souligné que la Chine et la Corée du Nord sont « deux pays socialistes voisins et amis » liés par des relations historiques et des échanges de longue date.
Mao a ajouté que ces liens bilatéraux servent les intérêts des deux nations et contribuent à la préservation de la paix et de la stabilité régionales, sans pour autant démentir directement les informations circulant sur la visite.
Selon plusieurs observateurs, ces propos traduisent une volonté chinoise de maintenir une certaine opacité diplomatique. Une visite du président Xi en Corée du Nord serait la première depuis 2019, année où il s’était rendu à Pyongyang pour la première fois en tant que chef de l’État chinois.
Les spéculations se sont intensifiées après la publication de reportages dans le magazine Time et l’agence sud-coréenne Yonhap, évoquant la possibilité d’un déplacement de Xi Jinping en Corée du Nord dans les prochains jours ou au début du mois de juin.
Ces sources ont cité des responsables sud-coréens et des diplomates indiquant que plusieurs délégations chinoises, comprenant des équipes de sécurité liées à la protection du président ainsi que le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, ont récemment effectué des visites en Corée du Nord, renforçant les hypothèses d’une préparation à une rencontre de haut niveau.
En revanche, les images satellites n’ont pas encore révélé de signes manifestes de préparatifs importants sur la place Kim Il-sung à Pyongyang, lieu habituel des cérémonies officielles pour accueillir les dirigeants étrangers, ce qui laisse ouverte la possibilité d’un report ou d’une organisation discrète de la visite.
Des analystes estiment que si cette visite se concrétise, elle dépasserait le cadre des relations bilatérales traditionnelles entre Pékin et Pyongyang pour s’inscrire dans une recomposition des équilibres régionaux en Asie du Nord-Est.
Alexei Tchigadaïev, spécialiste des affaires chinoises, a indiqué que le refus du ministère chinois des Affaires étrangères de démentir formellement les rumeurs montre que Pékin prend au sérieux cette éventualité. Il a ajouté que la Chine cherche à affirmer son rôle de « nœud central » dans le réseau de relations impliquant la Corée du Nord, la Russie et les États-Unis.
Selon cette analyse, Pékin souhaite adresser plusieurs messages simultanés à Washington, Moscou, Séoul et Tokyo, notamment face à l’inquiétude croissante de la Chine concernant les évolutions sécuritaires au Japon et le renforcement de la coopération militaire américaine dans la région.
Les informations sur la visite sont intervenues quelques semaines après le sommet de Pékin réunissant Xi Jinping et le président américain Donald Trump, au cours duquel la question nord-coréenne a été brièvement abordée. Trump avait par la suite affirmé maintenir un contact avec le leader nord-coréen Kim Jong-un.
Le communiqué de la Maison Blanche après ce sommet mentionnait un accord entre Washington et Pékin pour collaborer sur la dénucléarisation de la Corée du Nord, une déclaration que la Chine n’a pas confirmée officiellement.
Ces initiatives interviennent également après la visite du président russe Vladimir Poutine à Pékin, où il a rencontré Xi Jinping. Les deux dirigeants ont discuté de la situation en Corée du Nord, des questions de sécurité régionale et des pressions occidentales sur Pyongyang.
Le Kremlin a indiqué que les deux parties ont exprimé leur opposition aux pressions militaires et économiques exercées sur la Corée du Nord, soulignant ainsi la montée d’une coordination sino-russe face aux politiques américaines en Asie de l’Est.
Des observateurs considèrent qu’une visite de Xi Jinping à Pyongyang à ce moment précis serait interprétée comme une démarche stratégique visant à réaffirmer l’influence chinoise dans la péninsule coréenne et à envoyer un signal que Pékin demeure l’acteur le plus influent sur ce dossier, malgré la compétition croissante entre les grandes puissances dans la région.



