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Les élections législatives du 7 juin en Arménie marquent un tournant géopolitique entre la Russie et les États-Unis dans la région du Caucase.

À l’approche des élections législatives prévues le 7 juin, l’Arménie se trouve au cœur d’un contexte politique et géopolitique particulièrement sensible, souligne le journal britannique The Times.
Ce scrutin intervient dans un climat de rivalité croissante entre Moscou et Washington pour influencer l’avenir de ce pays du sud du Caucase. Yerevan cherche à accélérer son éloignement de la Russie tout en renforçant ses liens avec l’Union européenne et les États-Unis.
Selon le journal, l’Arménie, qui a maintenu pendant des décennies des relations économiques et militaires étroites avec Moscou depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, est devenue un nouveau terrain de compétition pour les grandes puissances. Le gouvernement du Premier ministre Nikol Pachinian a entamé des démarches concrètes pour renforcer ses liens avec l’Occident et intégrer l’Union européenne.
La Russie a intensifié ses mises en garde face à cette orientation pro-européenne. The Times rapporte que le président russe Vladimir Poutine a comparé la trajectoire de l’Arménie vers l’Union européenne à celle qui a précédé le conflit en Ukraine, suggérant une possible escalade des tensions entre Moscou et Yerevan.
Le journal révèle également que Moscou a adressé une mise en garde officielle au gouvernement arménien, menaçant de suspendre ou de geler les exportations de gaz, de pétrole et de diamants bruts à bas coût si l’Arménie poursuit ses efforts d’adhésion à l’UE. Cette pression intervient alors que le pays dépend fortement de l’énergie russe, ayant importé plus de 80 % de son gaz de Russie l’an dernier.
Le rapport précise que la Russie a commencé à exercer des pressions économiques en imposant des restrictions sur les importations de produits arméniens, notamment le brandy, le vin et les fleurs, avant d’étendre ces mesures à certains fruits et légumes.
Dans un ton plus virulent, Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité russe, a averti que Pachinian mène l’Arménie sur une « voie triste » comparable à celle de l’Ukraine, selon ses propos.
En parallèle, les États-Unis affichent un soutien politique croissant envers le gouvernement arménien. Le président américain Donald Trump a publiquement exprimé son appui à Pachinian avant les élections, affirmant partager sa vision de « paix et prospérité » dans le Caucase du Sud.
Cette déclaration coïncide avec la visite à Yerevan du secrétaire d’État américain Marco Rubio, lors de laquelle Washington et l’Arménie ont signé un accord de partenariat stratégique. Plusieurs accords ont également été conclus concernant les minerais stratégiques et un nouveau corridor de transport traversant le sud de l’Arménie, reliant l’Azerbaïdjan à la région du Nakhitchevan, alliée géographique importante de la Turquie.
Ce projet, baptisé par Washington « la route Trump pour la paix et la prospérité internationale », traduit la volonté de l’administration américaine d’établir une présence économique et stratégique durable dans la région, alors que l’influence russe décline dans les anciennes républiques soviétiques.
Le journal note que plusieurs dizaines de dirigeants européens, dont le président français Emmanuel Macron, ont participé au premier sommet Union européenne-Arménie organisé à Yerevan en mai. Cette rencontre a été perçue comme un soutien politique direct au gouvernement Pachinian et à son parti « Contrat civil » avant les élections.
Lors du sommet, Pachinian a déclaré que son pays serait « heureux et enthousiaste » de recevoir une invitation officielle à rejoindre l’Union européenne, alors que les sondages montrent une popularité croissante de cette orientation au sein de la population arménienne.
Une enquête menée par l’Institut républicain international basé à Washington indique que trois Arméniens sur quatre soutiennent l’adhésion à l’UE. Le parti de Pachinian conserve une avance dans les intentions de vote avec 32 %, contre seulement 6 % pour son principal rival, « Arménie forte », dirigé par l’homme d’affaires arméno-russe Samvel Karapetyan.
Le journal rappelle que la rupture politique entre Yerevan et Moscou s’est accélérée après que la Russie a refusé d’apporter un soutien militaire efficace à l’Arménie lors du conflit avec l’Azerbaïdjan en 2023 au sujet du Haut-Karabakh, ce qui a conduit Pachinian à reconsidérer l’alliance historique avec le Kremlin.
Depuis, l’Arménie a pris plusieurs mesures pour s’éloigner de Moscou, notamment en rejoignant la Cour pénale internationale, qui a émis un mandat d’arrêt contre Poutine, et en laissant entendre qu’elle pourrait se retirer de l’Organisation du traité de sécurité collective dirigée par la Russie.
Simultanément, Pachinian travaille à un accord de paix historique avec l’Azerbaïdjan, après que l’Arménie a renoncé à ses revendications sur le Haut-Karabakh. Cet accord pourrait aboutir à la réouverture des frontières fermées depuis les années 1990 avec l’Azerbaïdjan et la Turquie.
Malgré une rupture diplomatique, la Turquie et l’Arménie ont repris leurs échanges commerciaux directs, souligne le journal.
Le Kremlin a intensifié ces dernières semaines sa campagne médiatique contre la direction arménienne, reprenant des méthodes de propagande déjà utilisées contre l’Ukraine. Margarita Simonian, directrice de la chaîne russe RT soutenue par le Kremlin, a qualifié Pachinian de « toxicomane », une accusation qui a suscité une large controverse en Arménie.
Dans ce contexte, la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky à Yerevan en mai a provoqué la colère de Moscou, qui a accusé l’Arménie d’accueillir un « terroriste », selon ses termes.
Malgré les pressions russes croissantes, Pachinian affirme que le peuple arménien doit disposer d’un « choix » entre rester au sein de l’Union économique eurasiatique dirigée par Moscou ou s’orienter vers l’Union européenne. Il critique la stratégie russe fondée sur les menaces plutôt que sur la persuasion des Arméniens quant aux avantages que la Russie pourrait leur offrir.



