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Étude génétique majeure révèle les causes cachées des nausées de grossesse

Une recherche internationale identifie dix gènes liés à l'hyperemèse gravidique, offrant de nouvelles pistes pour mieux comprendre et traiter cette maladie.

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Étude génétique majeure révèle les causes cachées des nausées de grossesse
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Une étude internationale d’envergure a permis de découvrir plusieurs indices génétiques inédits associés à l’hyperemèse gravidique (HG), une forme sévère de nausées de grossesse longtemps mal comprise. Cette pathologie affecte environ 2 % des femmes enceintes et se caractérise par des vomissements et nausées si intenses que l’alimentation devient très difficile.

Jusqu’à récemment, l’hyperemèse gravidique était souvent considérée comme une affection psychologique, alors que des preuves croissantes montrent désormais qu’elle repose sur des bases biologiques et génétiques solides. Cette maladie peut entraîner une malnutrition sévère, présentant des risques pour la mère et l’enfant.

Les avancées génétiques dans la compréhension de l’hyperemèse gravidique

Les chercheurs de la Keck School of Medicine de l’Université de Californie du Sud (USC) ont conduit la plus vaste étude génétique jamais réalisée sur l’HG, en analysant les données de 10 974 femmes atteintes et de 461 461 témoins issus de populations européennes, asiatiques, africaines et latino-américaines. Les résultats, publiés dans Nature Genetics, dévoilent dix gènes associés à l’HG, dont six jamais liés auparavant à cette maladie.

Parmi ces gènes, le plus fortement associé est GDF15, qui code pour une hormone du même nom dont le taux augmente fortement pendant la grossesse. Des recherches antérieures menées par Marlena Fejzo, directrice de l’étude, avaient déjà établi que la sensibilité des femmes à cette hormone joue un rôle clé dans la sévérité des symptômes. Une mutation dans le gène exposant les femmes à des niveaux plus faibles de GDF15 avant la grossesse tend à aggraver les nausées et vomissements, tandis qu’une exposition plus élevée semble les atténuer.

Quels sont les autres gènes impliqués ?

Les quatre gènes déjà connus liés à l’HG sont GDF15, GFRAL (qui produit le récepteur de l’hormone GDF15), ainsi que IGFBP7 et PGR, impliqués dans le développement du placenta. Les six nouveaux gènes identifiés sont FSHB, TCF7L2, SLITRK1, SYN3, IGSF11 et CDH9.

TCF7L2 retient particulièrement l’attention car il est un facteur de risque génétique majeur du diabète de type 2 et est aussi associé au diabète gestationnel. Ce gène pourrait influencer la production de GLP-1, une hormone intestinale qui régule la glycémie et agit sur l’appétit et les nausées. « C’est une cible totalement nouvelle, et son rôle pendant la grossesse reste à élucider », souligne Marlena Fejzo.

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D’autres gènes identifiés interviennent dans la régulation de l’appétit, des nausées, ainsi que dans la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à apprendre et s’adapter. Fejzo suggère que cette plasticité pourrait expliquer pourquoi certaines femmes développent des aversions alimentaires durables, en associant certains aliments à la maladie pendant la grossesse, une hypothèse nécessitant des recherches complémentaires.

Les chercheurs ont également observé que certains gènes liés à l’HG sont associés à d’autres issues de grossesse, telles qu’une durée plus courte de la gestation et la prééclampsie, une pathologie hypertensive grave.

Perspectives thérapeutiques et essais cliniques

Bien que plusieurs médicaments existent pour traiter l’HG, aucun ne soulage complètement les symptômes chez toutes les patientes. Par exemple, le Zofran, l’un des traitements les plus efficaces, n’est pleinement efficace que pour environ la moitié des cas. Les découvertes génétiques récentes ouvrent la voie à des traitements ciblés, adaptés aux profils génétiques individuels des patientes.

Dans cette optique, Marlena Fejzo et son équipe ont obtenu l’autorisation de lancer un essai clinique sur la metformine, un médicament antidiabétique courant qui augmente les niveaux de GDF15. Cette étude évaluera si la prise de metformine avant la grossesse peut réduire la sensibilité à l’hormone GDF15, diminuant ainsi les nausées et vomissements, voire prévenant l’apparition de l’HG chez les femmes ayant déjà souffert de cette maladie.

Cette recherche a bénéficié du soutien de plusieurs agences fédérales et privées à travers le monde, notamment les National Institutes of Health, sous les numéros de subvention R01HG012133, R01CA258808, R01GM140287 et U54HG013243.

Référence : « Multi-ancestry genome-wide association study of severe pregnancy nausea and vomiting » par Marlena Fejzo et al., publié le 14 avril 2026 dans Nature Genetics, DOI : 10.1038/s41588-026-02564-4.

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