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Le télescope Hubble assiste à la fragmentation d’une comète en temps réel
Le télescope Hubble a observé par hasard la fragmentation d’une comète, offrant une occasion rare d’étudier la composition ancienne du système solaire.

Le télescope spatial Hubble de la NASA a capturé par chance la fragmentation d’une comète quasiment en temps réel, un événement d’une rareté exceptionnelle. Cette observation, publiée dans la revue Icarus, permet aux chercheurs d’examiner de manière inédite l’un des vestiges glacés du système solaire ancien.
La comète en question, désignée C/2025 K1 (ATLAS) — à ne pas confondre avec la comète interstellaire 3I/ATLAS — n’était même pas la cible initiale de la campagne d’observation. John Noonan, co-chercheur et professeur au département de physique de l’université d’Auburn en Alabama, a expliqué que cette découverte s’est faite « parfois, la meilleure science arrive par accident ». En effet, la comète originelle prévue n’était plus observable en raison de contraintes techniques apparues après l’acceptation de leur proposition, ce qui les a conduits à choisir une nouvelle cible. « Et au moment où nous avons observé C/2025 K1, elle s’est fragmentée, ce qui est une chance extrêmement mince », a-t-il ajouté.
La découverte de la fragmentation
Ce n’est qu’en examinant les images le lendemain que John Noonan a réalisé que la comète s’était brisée. « En regardant rapidement les données, j’ai vu qu’il y avait quatre comètes sur les images alors que nous avions prévu d’en observer une seule », a-t-il raconté. Cette constatation a immédiatement indiqué aux scientifiques qu’ils assistaient à un phénomène exceptionnel.
Les chercheurs avaient tenté à plusieurs reprises d’observer un tel événement avec Hubble, soumettant plusieurs propositions, mais la synchronisation s’est toujours avérée difficile. Dennis Bodewits, chercheur principal et également professeur à Auburn, a souligné l’ironie de la situation : « Nous étudions une comète ordinaire, et elle se désintègre sous nos yeux. »
Une fenêtre sur la composition des comètes
Les comètes sont des reliques de la formation du système solaire, constituées de matériaux primordiaux. Selon Dennis Bodewits, « elles ne sont pas intactes : elles ont été chauffées, irradiées par le Soleil et les rayons cosmiques. Lorsqu’on examine leur composition, la question est toujours de savoir si une caractéristique est primitive ou le résultat d’une évolution. En ouvrant une comète, on peut observer le matériau ancien non transformé. »
Les fragments révélés par Hubble
Hubble a détecté la comète K1 se divisant en au moins quatre fragments distincts, chacun entouré de sa propre coma, cette enveloppe lumineuse de gaz et de poussière autour du noyau glacé. La netteté des images du télescope spatial a permis de distinguer clairement chaque fragment, contrairement aux observations terrestres où les points lumineux apparaissaient flous et difficiles à différencier.
Ces observations ont été réalisées environ un mois après le passage de K1 au périhélie, son point le plus proche du Soleil. À ce moment, la comète se trouvait à l’intérieur de l’orbite de Mercure, soit à environ un tiers de la distance Terre-Soleil. Cette proximité expose la comète à de fortes chaleurs et contraintes, ce qui conduit souvent les comètes à longue période comme K1 à se fragmenter peu après.
Avant sa fragmentation, K1 mesurait environ 8 kilomètres de diamètre, légèrement plus grande que la moyenne des comètes. Les scientifiques estiment que le processus de fragmentation a débuté environ huit jours avant l’observation par Hubble, qui a capturé trois expositions de 20 secondes les 8, 9 et 10 novembre 2025. L’une des plus petites parties s’est également scindée pendant ces observations.
Une énigme sur la luminosité de la comète
Grâce à la résolution fine d’Hubble, les chercheurs ont pu retracer le mouvement des fragments en arrière pour déterminer le moment où ils formaient encore un seul corps. Cette reconstitution a révélé un mystère : la comète a mis du temps à s’éclaircir après sa fragmentation, alors que l’exposition de glace fraîche aurait dû provoquer un éclat immédiat.
Plusieurs hypothèses ont été avancées. La luminosité d’une comète provient majoritairement du reflet de la lumière solaire sur les particules de poussière. Or, lors de la fissuration initiale, c’est de la glace qui est exposée, non de la poussière. Il se pourrait qu’une couche de poussière sèche doive d’abord se former avant d’être éjectée, ou que la chaleur pénètre lentement sous la surface, accumulant de la pression jusqu’à projeter un nuage de poussière en expansion.
John Noonan a insisté sur l’importance de cette observation : « Hubble n’avait jamais auparavant capturé une comète en train de se fragmenter aussi près du moment où elle s’est réellement brisée. D’habitude, cela se produit plusieurs semaines après. Ici, nous avons pu l’observer quelques jours seulement après. Cela nous informe sur la physique à l’œuvre à la surface de la comète, notamment sur le temps nécessaire à la formation d’une couche de poussière substantielle qui peut ensuite être expulsée par le gaz. »
Une chimie particulière et un voyage sans retour
Les scientifiques poursuivent l’étude des gaz émis par la comète. Les premières observations terrestres indiquent une composition chimique inhabituelle, avec une quantité de carbone nettement inférieure à celle des autres comètes. Des analyses spectroscopiques complémentaires réalisées avec les instruments STIS et COS d’Hubble pourraient fournir davantage d’informations sur la constitution de K1 et sur les conditions du système solaire primitif.
Actuellement, K1 est un ensemble de fragments dérivant à environ 400 millions de kilomètres de la Terre dans la constellation des Poissons. La comète s’éloigne du système solaire et il est peu probable qu’elle y revienne.
Le rôle durable du télescope Hubble
En service depuis plus de trente ans, le télescope spatial Hubble continue d’apporter des découvertes qui enrichissent la compréhension de l’univers. Ce projet conjoint de la NASA et de l’Agence spatiale européenne est géré par le Goddard Space Flight Center de la NASA à Greenbelt, Maryland, avec l’appui de Lockheed Martin Space à Denver. Les opérations scientifiques sont supervisées par le Space Telescope Science Institute à Baltimore, exploité par l’Association of Universities for Research in Astronomy pour le compte de la NASA.
La publication détaillant cette découverte s’intitule « Sequential fragmentation of C/2025 K1 (ATLAS) after its near-sun passage », signée par D. Bodewits et al., parue le 6 février 2026 dans Icarus (DOI : 10.1016/j.icarus.2026.116996).
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