Liban
Le président Aoun refuse de rencontrer Netanyahu avant un accord final entre Liban et Israël
Le président libanais Joseph Aoun affirme sa volonté de poursuivre les négociations avec Israël sous médiation américaine, sans rencontrer Netanyahu avant un accord définitif.

Le président de la République, le général Joseph Aoun, a confirmé lors d’une deuxième partie d’entretien avec Christiane Amanpour, correspondante en chef de CNN, au palais de Baabda vendredi dernier, sa disposition à continuer les négociations avec Israël sous l’égide américaine, faute d’alternative. Il cherche à tirer parti de la volonté personnelle du président Donald Trump de mettre fin au conflit, en espérant que lui et son équipe parviendront à une percée. Selon lui, des avancées ont été réalisées récemment, notamment un cessez-le-feu en échange du retrait du Hezbollah du sud du Litani.
Le président a précisé que l’objectif actuel est un accord de non-agression ou un accord sécuritaire, et non un traité de paix immédiat. Il a rappelé que le Liban adhère à l’initiative arabe proposée en 2002 et que la transition vers un accord de paix passe par plusieurs étapes, dont une étape intermédiaire visant à mettre fin à l’état d’hostilité entre le Liban et Israël.
Il a souligné que, conformément à l’article 52 de la Constitution, les négociations relèvent du président de la République, qu’il mène toutefois en étroite concertation avec le Premier ministre et le président du Parlement. Il a insisté sur leur unité dans la volonté de mettre fin à la guerre.
Dans un message adressé aux Libanais, Joseph Aoun a reconnu leur lassitude et leur attachement au pays, affirmant qu’ils méritent de vivre en sécurité, dans un État prospère, sans guerre ni corruption, un objectif qu’il s’engage à poursuivre.
Interrogé sur la stratégie militaire modifiée du Hezbollah et la poursuite des négociations sous médiation américaine, le président a réaffirmé qu’il n’a pas d’autre choix que de continuer à négocier, en s’appuyant sur l’intérêt personnel de Donald Trump à résoudre ce conflit. Il a rappelé que les négociations difficiles de début mars ont abouti à un cessez-le-feu assorti du retrait du Hezbollah du sud du Litani, et qu’il faut poursuivre les efforts pour parvenir à une solution.
Selon lui, la priorité est d’éliminer définitivement l’état d’hostilité entre le Liban et Israël, ce qui pourrait constituer une base pour un accord de paix global et juste. Il a réitéré l’engagement du Liban envers l’initiative arabe de 2002, soulignant que la progression vers la paix nécessite plusieurs étapes, la première étant la fin de l’hostilité.
Le président a déclaré qu’il ne peut pas rencontrer le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour le moment. Concernant la remise des armes du Hezbollah, il a rappelé que ce mouvement est né en réaction à l’invasion israélienne de 1982. La guerre aurait dû se terminer en 2000, après la libération du territoire, mais le Hezbollah a depuis commis des erreurs stratégiques.
Il a expliqué que la stratégie consiste à supprimer les causes profondes de la présence des armes, notamment en mettant fin au conflit et en renforçant les institutions étatiques, y compris les forces de sécurité et l’armée libanaise. Il a évoqué la nécessité de dialoguer avec le Hezbollah et de lui offrir des garanties que l’État est prêt à protéger le pays et tous ses habitants.
Le président a insisté sur le fait que les partisans du Hezbollah sont des Libanais qui ont le droit de vivre dignement, mais sous la protection de l’État. S’ils refusent de déposer les armes ou de négocier avec le gouvernement, ils devront en assumer la responsabilité devant leur peuple, qui s’en éloignera.
Concernant la crainte d’un affrontement militaire interne avec le Hezbollah, Joseph Aoun a évoqué une préparation militaire qui consiste à créer les conditions favorables et à éliminer les causes de la présence des armes, plutôt qu’à déployer directement des chars ou de l’artillerie. Il a rappelé que lors de la guerre civile de 1975, après l’effondrement de l’armée libanaise, les milices locales ont émergé pour assurer sécurité et besoins essentiels, mais aujourd’hui, c’est au gouvernement de jouer ce rôle.
Il a appelé à renforcer les institutions gouvernementales, qu’elles soient sécuritaires, militaires ou autres, et à s’attaquer aux racines du problème lié aux armes, faute de quoi la situation deviendrait catastrophique.
Sur la puissance de l’Iran et du Hezbollah après le dernier conflit, le président a estimé que leur force ne se mesure pas uniquement à leurs capacités matérielles, mais aussi à leur présence, leur doctrine et leur volonté, qui rendent leur action « sacrée ». Il a comparé la patience iranienne à l’art de tisser des tapis, une métaphore de leur diplomatie et stratégie à long terme.
Joseph Aoun a également évoqué sa longue carrière militaire de 42 ans, dont huit en tant que commandant de l’armée, ses blessures et les horreurs de la guerre. C’est pourquoi il privilégie les négociations, pour éviter aux Libanais de revivre ces souffrances.
Concernant ses prérogatives présidentielles, il a rappelé son serment de protéger le pays et sa souveraineté territoriale, et son travail en étroite collaboration avec le Premier ministre et le président du Parlement. Il a confirmé que, selon la Constitution et l’article 52, les négociations sont du ressort du président, qu’il conduit en consultation étroite avec les autres autorités, tous unis pour mettre fin à la guerre.
À propos de la capacité du président du Parlement Nabih Berri à convaincre le Hezbollah, Joseph Aoun a souligné que M. Berri, qui œuvre depuis 40 ans au développement du sud du Liban, est un homme d’État souhaitant la fin du conflit par des moyens pacifiques. En tant que représentant des chiites, il joue un rôle essentiel dans la délicate situation interne de cette communauté, tentant de les persuader de déposer les armes pour leur propre bien et celui du pays.
Sur les appels à la fédéralisation et à la division, le président a insisté sur le devoir de l’État de maintenir l’unité du pays, affirmant que l’histoire du Liban ne peut être modifiée.
Interrogé sur un message destiné aux Israéliens qui regardaient l’émission, il a demandé s’ils souhaitent vraiment vivre dans une guerre interminable depuis 1948, et s’ils désirent la paix. Il a invité le gouvernement israélien à privilégier la raison plutôt que la force, rappelant que les solutions militaires ne garantissent pas la sécurité des habitants du nord d’Israël. Il a appelé à un engagement sincère pour mettre fin au conflit au bénéfice des deux peuples des deux côtés de la frontière, déclarant : « Nous sommes prêts, engagés et désireux, et vous ? Si oui, asseyons-nous pour discuter, sinon, nous ne vivrons pas en sécurité. »
Concernant l’Iran, Joseph Aoun a déclaré vouloir des relations fondées sur le respect mutuel et la non-ingérence. Il a rappelé que le Liban est un pays souverain avec un gouvernement souverain. Il a invité l’Iran à dialoguer sans intervenir dans les affaires internes, soulignant que les intérêts libanais ne coïncident pas toujours avec ceux de Téhéran. Il a accusé l’Iran d’utiliser le Liban comme levier dans ses négociations avec les États-Unis, et de détruire le pays pour ses propres intérêts, au détriment du peuple libanais.
Aux Libanais, le président a exprimé sa compréhension de leur lassitude et leur foi dans le pays, leur droit à vivre dans la paix, la prospérité et sans corruption. Il a affirmé sa détermination à réaliser cet objectif, assurant sa confiance dans la persévérance, la volonté et la créativité du peuple libanais pour rendre le Liban à nouveau grand.
Sur l’aide que pourrait apporter le président Trump, Joseph Aoun a estimé que le président américain est engagé, et que ses appels et interventions témoignent de son souhait de mettre fin à la situation actuelle. Il a souligné l’importance de la stabilité du Liban pour celle de la région, et a indiqué que l’évolution des relations entre les États-Unis et l’Iran aura un impact positif ou négatif sur la région, qui souffre des conséquences sécuritaires de ce conflit.
Le président a salué le courage et la sagesse de Donald Trump dans ses efforts pour mettre fin à la guerre par la négociation, insistant sur la nécessité de s’appuyer sur lui pour parvenir rapidement à la paix et à la sécurité régionales.
Concernant le projet de zones modèles, il a révélé que cette idée a été évoquée à Noël, lors du renforcement de la présence libanaise aux réunions tenues à Naqoura, avec l’ajout d’un civil, l’ambassadeur Simon Karam. Le principe consiste à confier une zone à l’armée libanaise pour qu’elle en assure le contrôle, en commençant par une zone pilote avant d’étendre le dispositif et de procéder à la reconstruction.
Il a proposé de débuter par la région de Qalaat al-Shaqif, site historique proche de Nabatiyeh, une des plus grandes zones à majorité chiite. L’idée serait que les Israéliens s’en retirent, que l’armée libanaise s’y installe, à condition qu’un cessez-le-feu soit garanti, car il est impossible d’envoyer des soldats dans un contexte de combats qui mettrait leur vie en danger.
Dans la première partie de l’entretien diffusée vendredi soir, le président Aoun avait affirmé que la seule manière de mettre fin au conflit entre le Liban et Israël est la négociation. Il a appelé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, les Israéliens et le Hezbollah à comprendre qu’ils mènent une guerre vaine, dont la stratégie est à courte vue et produit des résultats contraires à leurs objectifs.
Il a insisté sur le fait que le Hezbollah ne peut être traité que sur le plan local, ce qui est la responsabilité de l’État et du gouvernement, à condition toutefois que soient supprimées les causes profondes de la présence de ses armes, notamment le retrait israélien et la fin de l’état de conflit.
Enfin, le président a rejeté catégoriquement la déclaration des Gardiens de la Révolution iraniens, qui influencent fortement le Hezbollah, concernant leur refus de l’accord et des événements récents, soulignant qu’ils utilisent le Liban comme levier dans leurs négociations avec les États-Unis.
Joseph Aoun a rappelé le désir de paix des Libanais, soulignant qu’ils méritent de ne plus voir leurs maisons détruites tous les cinq à dix ans, qu’ils sont fatigués et qu’ils comptent sur lui, leur président, pour les protéger, insistant : « Ils sont le peuple libanais, pas le peuple de Naim Qassem. »
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