Liban
Le bloc « Lebanon fort » a demandé à la présidence du Parlement de convoquer une session spéciale pour interroger le gouvernement sur son action et son respect du programme ministériel. Les députés ont souligné l'absence de réponses claires sur des dossiers critiques comme la crise syrienne, l'énergie, les dépôts bancaires, le contrôle du armes et l'indépendance judiciaire.

Le bloc « Lebanon fort » a exigé du président du Parlement, Nabih Berri, la convocation d'une session spéciale pour interroger le gouvernement et le tenir responsable de son action ainsi que de son engagement envers le programme ministériel, et des mesures prises ou non prises dans une série de dossiers fondamentaux, allant du déplacement syrien et de l'énergie aux fonds des déposants, en passant par les armes, la politique défensive, l'indépendance de la justice, la décentralisation et les nominations administratives.
Cette demande écrite présentée par des députés du bloc, fondée sur les articles 131 et 136 du règlement intérieur du Parlement, fait partie d'un renforcement du rôle de contrôle du Parlement et d'une mise en cause du gouvernement sur des dossiers où les réponses restent, selon eux, insuffisantes ou incohérentes. La demande a été signée par les députés Gebran Bassil, César Abi Khalil, Nada al-Bustani, Georges Atallah, Edgar Traboulsi et Samer al-Toum. Elle correspond à l'annonce officielle de sa présentation mercredi, après que le « Tariq al-Watani al-Hur » a annoncé hier la poursuite du chemin de mise en cause du gouvernement.
Dans leur courrier, les députés ont souligné qu’un grand nombre de questions parlementaires soumises auparavant n’ont pas reçu de réponse du gouvernement, malgré leur transformation en interrogations formelles, tandis que les réponses données par le gouvernement dans d’autres dossiers, selon le texte de la demande, contenaient des données « insuffisantes ou contradictoires », ou ne répondaient pas directement aux questions posées. Les axes sont les suivants :
Dans le premier dossier, le bloc a demandé l’interrogation du gouvernement sur sa stratégie pour traiter le déplacement syrien et son efficacité dans la réalisation du « retour rapide et effectif » des déplacés.
Le courrier s’est particulièrement attardé sur la réponse du gouvernement à une question antérieure du bloc, sous le numéro 1822/M.S., estimant qu’elle contenait des données et chiffres contradictoires, ce qui, selon les députés, soulève des questions quant aux résultats réels de la stratégie, aux critères de calcul du nombre de retours et à la vérification effective du retour.
Les députés estiment que les résultats concrets restent, selon leur évaluation, disproportionnés par rapport à l’ampleur du dossier du déplacement et ses répercussions sur le Liban.
Dans le dossier de l’énergie et de l’eau, le bloc a demandé l’interrogation du gouvernement sur l’absence d’un plan clair et intégré pour résoudre la crise de l’eau et des barrages, alors que l’approvisionnement en eau est gravement interrompu dans de nombreuses régions, et que le sort des projets de barrages et installations hydrauliques approuvés, financés ou commencés reste inconnu.
En matière d’électricité, le document mentionne la persistance d’une alimentation électrique médiocre, qui ne dépasse pas souvent deux heures par jour.
Les députés ont également souligné le silence du ministre concerné face à plusieurs questions parlementaires relatives au secteur énergétique, notamment le dossier du pétrolier à mazout et les soupçons et poursuites judiciaires qui y sont liés, ainsi que les questions liées à la gestion du secteur, aux plans d’augmentation de la production et à la garantie de la durabilité de l’alimentation.
Le bloc a également demandé une mise en cause du gouvernement sur le dossier du pétrole et du gaz dans les eaux libanaises, qu’il qualifie de « gelé », ainsi que sur les contrats conclus par le ministère, dont il affirme qu’ils ont entraîné l’arrêt des activités pétrolières et gazières.
Dans l’un des dossiers financiers les plus importants, le bloc a demandé l’interrogation du gouvernement sur le sort de l’audit criminel mené par la Banque du Liban, sur l’avancement de ses phases et des mesures prises à la suite de ses conclusions, compte tenu des engagements et promesses déjà publiés par le gouvernement devant le Parlement et l’opinion publique.
L’interrogation inclut aussi la politique du gouvernement face à la crise des dépôts, alors que les députés considèrent l’absence d’un plan global, clair et intégré de réforme et de financement, qui définisse les responsabilités, préserve les droits des déposants et précise les mécanismes de restitution de leurs fonds, tout en mettant en place un plan sérieux de redressement économique et financier.
Les députés ont également demandé au gouvernement de justifier les raisons pour lesquelles le processus de réforme bancaire est lié à une loi relative à la fermeture du déficit budgétaire, alors que, selon le document, le gouvernement n’a pas encore élaboré un projet complet et définitif pour combler ce déficit, avec les conséquences du retard sur la restructuration du secteur bancaire et la prise en charge des droits des déposants.
Dans le dossier de sécurité, « Lebanon fort » a demandé l’interrogation du gouvernement sur les négociations, l’accord-cadre et son annexes sécuritaires secrètes, ainsi que les obligations qu’ils imposent au Liban.
Il a également demandé au gouvernement de rendre compte de l’exécution des engagements pris dans son programme ministériel concernant l’élaboration d’une politique défensive nationale claire et la résolution de la question des armes.
Ce point intervient alors que le « Tariq al-Watani al-Hur » avait affirmé dans un communiqué de son conseil politique du 1er septembre que la stabilité de l’État, selon sa position, exigeait l’extension du contrôle de l’armée libanaise sur l’ensemble du territoire, le monopole des armes entre ses mains, ainsi que la construction d’une stratégie de sécurité nationale.
Dans le dossier de la justice, les députés ont demandé l’interrogation du gouvernement sur son engagement réel envers le principe d’indépendance du pouvoir judiciaire et sa protection contre les ingérences politiques, ainsi que les mesures prises pour garantir l’indépendance de la justice et le bon fonctionnement de la justice.
Le courrier relie ce dossier aux problèmes et aux nominations exceptionnelles qui l’ont accompagné, ainsi qu’à la décision du Conseil constitutionnel d’annuler la loi relative à l’indépendance de la justice, en se demandant pourquoi le gouvernement n’a pas présenté une loi alternative.
Dans le dossier de la décentralisation, le bloc a interrogé le gouvernement sur les raisons pour lesquelles aucun progrès concret n’a été réalisé dans la mise en œuvre de la décentralisation administrative, malgré son statut d’élément fondamental de réforme et son inclusion dans les priorités du programme ministériel.
Les députés ont demandé au gouvernement de préciser les actions concrètes entreprises pour remplir cet engagement, ainsi que de divulguer son plan et les délais fixés pour passer des engagements aux mesures législatives et exécutives concrètes.
Le septième point traite des nominations administratives, des nominations judiciaires, diplomatiques et sécuritaires, ainsi que des nominations aux organes de contrôle et de régulation. Le bloc a demandé au gouvernement de rendre compte des irrégularités et des difficultés juridiques qui, selon le texte de l’interrogation, ont entaché plusieurs de ces nominations, ainsi que des raisons pour lesquelles les lois et procédures en vigueur n’ont pas été respectées, et dans certains cas, les mécanismes de sélection et de nomination ignorés.
Les députés ont également soulevé la question du respect des critères de transparence, de compétence et d’égalité des chances, critères que le gouvernement lui-même avait déclaré adopter dans les nominations.
Dans une synthèse du courrier, les députés estiment que la gravité de ces dossiers et leurs répercussions immédiates sur le fonctionnement des institutions, ainsi que sur les conditions économiques, sociales, sécuritaires et financières, justifient la mise en œuvre du rôle de contrôle du Parlement et la mise en cause du gouvernement sur l’exécution de ses engagements et de ses politiques.
Ils ont demandé à Berri de transmettre l’interrogation au gouvernement conformément aux procédures, et d’adopter les mesures nécessaires pour convoquer une session spéciale d’interrogation « dans les meilleurs délais », notamment en se basant sur les articles 131 et 136 du règlement intérieur du Parlement.



