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Les banques face à l'heure de vérité

Après sept ans d'instabilité financière, le Liban entre dans une phase décisive pour réformer son système bancaire, dont les fonctions traditionnelles ont été gravement affaiblies. La confiance entre les citoyens, les banques et l'État est au plus bas.

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Les banques face à l'heure de vérité
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Après environ sept ans depuis l'explosion de la crise financière et bancaire à l'automne 2019, le Liban entre dans une phase décisive dans sa tentative de reconstruire un secteur bancaire qui a perdu une grande partie de ses fonctions traditionnelles, tandis que les dépôts des Libanais restent bloqués, le crédit est limité et la confiance entre la banque, le déposant et l'État est à son plus bas niveau. Au cœur de cette étape se tient la loi de réforme et de restructuration du système bancaire, représentant une tentative de poser des bases juridiques pour traiter les banques en difficulté, déterminer celles capables de continuer leurs activités, et celles qui nécessitent une recapitalisation, une fusion ou une liquidation.

Mais parler de cette loi après sept ans d'attente exige une précision. La loi n°23 a été publiée le 14 août 2025, avant d'être soumise à un recours devant le Conseil constitutionnel, puis renvoyée au processus législatif via un projet de modification de plusieurs de ses articles. En juillet 2026, la commission des finances et du budget a poursuivi l'examen de ces modifications tout en étudiant parallèlement un projet de loi relative à l'ordre financier et au remboursement des dépôts. C'est précisément ici que se dessine l'image complète : le Liban n'a pas besoin d'une seule loi, mais d'un système intégré de réforme qui définisse le sort des banques, la manière de combler le déficit financier, la répartition des pertes et le chemin réaliste du remboursement des dépôts.

La restructuration bancaire n'est pas une opération visant à sauver les banques telles qu'elles étaient, ni une formule automatique pour restituer les fonds des déposants. Son objectif principal est de distinguer les institutions viables des inaptes à survivre, d'évaluer leurs besoins de capital et de reconstruire un secteur capable, à l'avenir, de jouer pleinement son rôle naturel dans la protection des épargnes, le financement des particuliers et des entreprises, ainsi que l'investissement.

Quant au point le plus sensible, il réside dans la répartition des pertes liées à l'effondrement. Depuis 2019, les responsabilités de l'État, de la Banque centrale et des banques se sont entremêlées dans un modèle financier accumulant des déséquilibres considérables. Il est donc impossible de construire une solution durable si elle se limite à transférer les pertes d'un budget à un autre ou à imposer leur charge à une seule partie. Il faut identifier les pertes avec transparence, attribuer les responsabilités conformément à la loi, respecter la hiérarchie des droits et protéger au maximum les déposants, tout en préservant la viabilité de l'État et du secteur financier.

C'est pourquoi il est essentiel de distinguer la restructuration bancaire de la loi relative à l'ordre financier et au remboursement des dépôts. La première traite de la situation des établissements bancaires, tandis que la seconde devrait contribuer à combler le déficit financier et à définir la manière de traiter les droits des déposants. Tout réformé d'un côté sans l'autre restera incomplet.

Le défi n'est pas uniquement législatif. Le succès de toute loi dépend de l'indépendance des organismes chargés de son application, de la transparence de l'évaluation des actifs bancaires, de l'évitement des conflits d'intérêts, de la mise en œuvre de sanctions lorsque des manquements sont prouvés, et de l'interdiction d'utiliser de manière imprudente les fonds publics pour sauver des actionnaires ou des dirigeants face aux conséquences de leurs décisions. À l'inverse, on ne peut pas créer un nouveau secteur bancaire en ruinant ce qui reste de capacité bancaire viable. Il faut trouver un équilibre difficile entre justice financière et stabilité économique.

Après sept ans, le coût du retard est lui-même devenu partie intégrante de la crise. Chaque année sans solution a affaibli la confiance, retardé le retour du crédit, de l'investissement et de la croissance. Ainsi, l'importance de la restructuration ne réside pas dans un triomphe de l'État, des banques ou des déposants, mais dans sa capacité à instaurer des règles claires où chaque acteur connaît ses droits et ses responsabilités.

Le Liban n'a pas besoin de reproduire le système bancaire antérieur à 2019, mais d'un nouveau secteur : plus petit, mieux capitalisé, plus transparent et mieux contrôlé, capable de financer l'économie réelle et de restaurer progressivement la confiance des Libanais.

Après sept ans de gestion de la crise, l'heure de vérité ne se résume pas à l'adoption de la loi, mais à la réponse à la question la plus difficile : le Liban peut-il répartir les pertes de façon équitable, protéger les droits, sanctionner les responsabilités, puis transformer l'effondrement en véritable commencement de réforme ?

Jo Rachal – Nabaḍ al-Watān

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