Liban
Le patriarche maronite, cardinal Bchara Peter Rā‘ī, a célébré la messe solennelle en l'honneur de saint Ottille à Kfar Soghba, soulignant l'importance de la liberté du cœur et de l'engagement réel dans les négociations pour le bien commun.

Le patriarche maronite, cardinal Bchara Peter Rā‘ī, a présidé la messe solennelle en l'honneur de saint Ottille dans la cour de son église historique à Kfar Soghba, dans le district de Zgharta, avec l'aide des évêques Joseph Naffah et Elias Nassar, le vicaire général de l'archidiocèse de Tripoli, l'évêque Antoine Mkhail, le curé de la paroisse, le père Ottille Mousa, et plusieurs prêtres, en présence du député Michel Mouawad, président de la municipalité de Kfar Soghba, Joseph Aboudd, membres du conseil municipal, cheikhs, responsables et habitants.
Après la lecture de l'Évangile, le patriarche a prononcé une homélie intitulée : « Vends tout ce que tu as... et suis-moi » (Luc 18:22), dans laquelle il a déclaré : « Ce jeune homme connaissait les commandements et les observait depuis son enfance, mais il ressentait qu’un élément fondamental lui manquait encore. Il a demandé comment obtenir la vie éternelle, et Jésus l’a d’abord ramené aux commandements, puis l’a fait passer de l’extérieur de l’engagement à l’intérieur du cœur. Il lui a dit : “Il te manque une chose : vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; viens, suis-moi” (Luc 18:22). Ici, il ne s’agit plus seulement de commandements que le jeune homme connaît, mais de la liberté du cœur. Jésus voulait lui montrer qu’il ne suffit pas d’être bon en apparence si le cœur reste attaché à ce qu’on possède. Il s’est attristé parce qu’il était très riche, et il a compris que l’argent n’était pas simplement un objet entre ses mains, mais quelque chose qui tenait son cœur prisonnier. Jésus ne condamne pas l’argent, ni ne fait du pauvre une fin en soi, mais il libère l’homme de tout ce qui l’empêche de le suivre. La question n’est pas tant la quantité que nous possédons, mais la quantité par laquelle le Christ nous possède. Et le mot le plus important demeure : « Viens, suis-moi ». L’abandon n’est pas une fin, ni la privation un vide, mais un chemin vers une liberté plus profonde. Quand le fardeau du cœur diminue, suivre Jésus devient possible ».
Il a poursuivi : « Je suis heureux d’adresser à vous, chers habitants de Kfar Soghba, présents, absents et dispersés, une salutation pleine d’amour et de reconnaissance, qui préserve chaque année ce bel héritage spirituel. Je salue tous ceux venus d’autres lieux. Je remercie le père Ottille pour son discours de bienvenue lu au nom de tous. Nous célébrons aujourd’hui la fête du saint Ottille, que notre chère paroisse de Kfar Soghba redonne vie. Nous vous félicitons pour cette fête, souhaitant que cette saison soit source de bienfaits et de grâces ».
Il a ajouté : « Le saint Ottille a connu Jésus dès son enfance, a abandonné le paganisme, s’est converti et a consacré sa vie à Dieu sans hésiter, laissant tout derrière lui pour son foi. Il a mené une vie de prière et de pénitence, a été formé par le saint Mélèk al-Khazim, puis est revenu témoigner du Christ parmi ses compatriotes. Il s’est illustré par sa foi profonde, sa prière et ses miracles, ayant contribué à guérir beaucoup de personnes et à faire convertir des milliers de païens. À la fin de sa vie, il a choisi le désert comme lieu de prière et de solitude, restant fidèle à sa mission jusqu’à son repos dans le Seigneur en 327 ».
Il a poursuivi : « Ainsi, sa vie correspond parfaitement à la parole du Seigneur Jésus dans l’Évangile d’aujourd’hui. Il savait comment renoncer, comment choisir, comment placer le Christ avant tout. Sa foi n’était pas une idée, mais un choix de vie ; sa prière n’était pas une fuite, mais une force qui l’a poussé à témoigner et servir. À son exemple, Kfar Soghba, tout au long de son histoire, a accueilli des familles croyantes, des prêtres, des moines et religieuses, ainsi que des hommes de religion et de laïcs. À l’approche de la fête de saint Ottille, nous ne nous contentons pas de rappeler sa vie, mais demandons sa protection et apprenons de lui que la foi véritable n’est pas du verbiage, mais une persévérance en Dieu, une prière et un témoignage du Christ par la vie et les actes. Ô saint Ottille juste, prie pour nous, garde Kfar Soghba et ses habitants, présents, absents et dispersés, dans la foi, l’amour et la paix ».
Il a ajouté : « Ce jeune homme riche n’était pas éloigné de Dieu. Il connaissait les commandements et les observait, mais il a découvert devant Jésus que garder les commandements seuls ne suffit pas si le cœur reste prisonnier de ce qu’on possède. Jésus lui a dit : « Il te manque aussi quelque chose ». Cette expression révèle la profondeur de son état. Il possédait beaucoup de choses, mais il manquait de la liberté qui lui permettrait de placer Dieu en premier. Puis est venue l’appel : « Vends tout ce que tu as… et suis-moi ». Le sens ici dépasse le simple acte de vente matérielle. Jésus appelle l’homme à abandonner tout ce qui l’empêche de le suivre. Cela peut être l’argent, le poste, l’intérêt personnel, l’orgueil, la peur, ou l’attachement à une habitude ou à une influence. Chaque personne a quelque chose qui peut devenir une chaîne si elle devient plus forte que sa liberté. L’homme s’est attristé car son cœur n’était pas encore prêt à franchir cet obstacle. Il désirait la vie éternelle, mais n’était pas capable de lâcher prise sur ce qui l’attachait. Voici donc l’exemple de l’Évangile : il ne s’agit pas de savoir si l’on possède ou non, mais de rester libre face à ce que l’on possède. L’argent ne doit pas devenir maître, le poste n’est pas une fin, l’intérêt personnel ne doit pas surpasser la vérité. Le saint Ottille a vécu cette liberté. Il a laissé aller ce qui aurait pu le lier à une autre vie, et a choisi le Christ. C’est pourquoi son richesse réside dans sa foi, dans sa prière, et dans ce qu’il a donné aux autres. La vraie perte n’est pas de laisser quelque chose pour Dieu, mais de gagner beaucoup de choses tout en perdant la liberté de son cœur ».
Il a ajouté : « Vends tout ce que tu as, et suis-moi ». Ce mot a aussi une signification nationale. Construire le pays exige que chaque individu sache ce qu’il doit abandonner pour le bien commun : un intérêt étroit, un privilège personnel, un calcul confessionnel, un gain partisane qui entrave la prise de décision nationale. À cette étape, le Liban a besoin avant tout de clarté dans les priorités, et de passer des positions aux responsabilités ».
Il a poursuivi : « Au sud, la priorité reste la protection des habitants et l’évitement d’un nouvel escalade, afin que la stabilité revienne dans les villages et les maisons, et que les gens puissent vivre en sécurité et dignité sur leur terre. Les négociations doivent aboutir à des résultats concrets, et être accompagnées d’une sérieuse mise en œuvre et d’un engagement sincère envers les accords conclus. Les gens ne mesurent plus les choses par le nombre de réunions, mais par ce qui se concrétise effectivement sur le terrain. Viennent ensuite la souveraineté et l’autorité des institutions. Il faut une présence complète sur tout le territoire, une décision claire et légitime, et des institutions capables de protéger les droits et d’appliquer la loi. L’autorité ne se construit pas par des slogans, mais par une présence effective et une décision responsable. Cela conduit directement à assumer la responsabilité. Il est temps de passer des accusations mutuelles à des décisions concrètes au service de l’intérêt national. Le Libanais n’a pas besoin de savoir qui blâme qui, mais de voir qui assume sa responsabilité et commence à résoudre les problèmes. Quant à la réforme, elle ne peut plus supporter davantage de promesses. Il faut des pas concrets pour restaurer la confiance des citoyens envers les institutions, et prouver que la réforme n’est pas un slogan brandi, mais une pratique incarnée dans la loi, l’administration et la reddition de comptes ».
Il a ajouté : « La reconstruction et le retour des habitants restent au cœur des priorités. Les zones endommagées ne sont pas simplement un dossier, les maisons ne sont pas des chiffres ; derrière elles, il y a des familles, des souvenirs, une vie entière. La reconstruction, c’est redonner à l’homme sa terre et son avenir. Quant à l’unité nationale, elle constitue le fondement qui rassemble tout cela. Il ne faut pas que les divergences se transforment en discours confessionnels ou en nouvelles divisions. Le Liban a besoin d’une langue nationale unificatrice, et d’un rassemblement des Libanais autour de ce qui protège leur pays, plutôt que autour de ce qui les divise ».
Il a conclu : « Prions donc, frères et sœurs chers : Seigneur, libère nos cœurs de tout ce qui nous empêche de te suivre, et rends-nous fidèles à notre foi et à nos responsabilités. Par l’intercession du saint Ottille juste, garde Kfar Soghba et ses habitants, bénis le Liban, soutiens-le dans la foi, l’unité et la paix. Enseigne-nous à abandonner ce qui nous entrave et à te suivre, afin que nous t’offrions toute gloire et action de grâce, maintenant et à jamais, Amen ».