Culture & société
Comment l'industrie de la gestation pour autrui en Europe se transforme-t-elle en marché noir exploitant les femmes ?
L'industrie de la gestation pour autrui en Europe s'est transformée en un marché noir qui transporte des femmes à travers les frontières pour extraire leurs ovocytes, puis les abandonne dans des hôtels délabrés. Des cas d'exploitation systématique ont été révélés en Géorgie et en Turquie.

Le secteur de la gestation pour autrui en Europe a connu une croissance exponentielle, masquant un marché noir qui transporte des femmes à travers les frontières afin d'extraire leurs ovocytes, puis les abandonne dans des hôtels délabrés.
Le marché mondial de la gestation pour autrui devrait passer de 22 milliards de dollars à 129 milliards de dollars d'ici 2032, selon le Parlement européen, qui le classe comme traite des êtres humains.
Cette pratique reste légale pour les Britanniques souhaitant avoir des enfants via des arrangements internationaux conformément à un ordre parental. La juriste Nino Andriashvili a représenté plusieurs victimes de violations liées à la gestation pour autrui en Géorgie, affirmant que le déséquilibre de pouvoir entre les mères porteuses et les agences constitue une question fondamentale, ajoutant qu'un contrat ne signifie pas nécessairement la protection des droits de la femme.
Dans un contexte similaire, une affaire notoire a vu une agence géorgienne impliquer des femmes venues du Kirghizistan, du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan, du Tadjikistan, de l'Ukraine et de Russie, recrutées via les réseaux sociaux par des annonces promettant jusqu'à 30 000 dollars. Une des victimes, mère de deux enfants originaire du Kirghizistan, est arrivée en Géorgie le 14 février 2024 après la rupture de son mariage et la perte de son emploi, puis a porté jumeaux après avoir signé un contrat avec l'agence.
Par la suite, cette femme âgée de 30 ans a développé un diabète gestationnel sans aucun test sanguin pour confirmer la cause, avant d'accoucher par césarienne le 31 janvier 2025. Elle a été laissée dans une chambre de stockage en raison du manque de lits dans le service de rétablissement. Après sa sortie de l'hôpital, elle est revenue dans un appartement froid sans chauffage ni électricité à Tbilissi pendant un hiver rigoureux, n'ayant reçu que 400 dollars par mois durant la grossesse, dont les derniers paiements ne lui sont jamais parvenus.
D'autre part, l'agence a cessé de verser les rémunérations à temps, coupé tout soutien pour les besoins quotidiens, et transféré 17 femmes et 10 enfants dans un hôtel vétuste situé dans un quartier isolé de Tbilissi, selon des responsables. De nombreuses femmes ont souffert de cicatrices douloureuses sans soins médicaux post-partum. L'entreprise a déclaré faillite un mois plus tard, abandonnant des dizaines de mères porteuses, puis a fermé ses portes, laissant environ 100 autres mères porteuses et leurs nouveau-nés en Géorgie au cours des douze mois suivants.
Dans un développement judiciaire, la cour de Tbilissi a condamné les fondateurs de l'entreprise le 30 juin 2026 pour détournement de fonds provenant des mères porteuses et des parents biologiques, les condamnant chacun à dix ans de prison. Nino a qualifié cette affaire de cruciale car elle révèle que les problèmes du secteur de la gestation pour autrui vont bien au-delà des conflits contractuels ou financiers, créant des failles systémiques qui permettent effectivement l'exploitation des mères porteuses et la violation de leurs droits.
Par ailleurs, la police de Tbilissi a ouvert une enquête l'an dernier sur un réseau soupçonné de trafic d'êtres humains impliquant des femmes thaïlandaises, dont les ovocytes ont été prélevés après leur transport sous prétexte d'être des mères porteuses contre 500 livres par mois et un logement gratuit, leurs passeports étant saisis à leur arrivée.
L'une des victimes, secourue après avoir été enfermée dans une maison collective avec d'autres femmes, a affirmé avoir été injectée avec des hormones stimulant l'ovulation, dont on a prétendu par la suite qu'elles étaient vendues pour des procédés de fécondation in vitro.
Dans ce même contexte, les experts pointent la Géorgie comme un maillon clé d'une chaîne de marché noir reliant la Turquie à Chypre-Nord, où la gestation pour autrui est pratiquée malgré son interdiction en Turquie, tandis qu'elle reste légale dans ses voisines, créant ainsi un marché transfrontalier, selon Nino, qui ajoute que les opérations interdites peuvent être transférées d'un pays à un autre sans garanties suffisantes des droits humains.
Une enquête distincte a révélé un réseau de trafic s'étendant sur trois pays, initialement signalé par une plainte anonyme le 3 septembre 2021, adressée au ministère turc de la Santé concernant une clinique de fertilité dans le quartier de Beşiktaş à Istanbul, ciblant des jeunes femmes vulnérables, y compris des mineures, avec des promesses de gros paiements.
Les femmes ont reçu des médicaments de fertilité avant d'être supposées être introduites illégalement en Géorgie et en Chypre-Nord avec des documents falsifiés, mais les autorités n'ont identifié qu'un seul suspect après une enquête d'un an, avant que le parquet d'Istanbul ne classe l'affaire comme non poursuivie en janvier 2023.
D'un autre côté, les données montrent que 130 hommes britanniques célibataires ont déposé des demandes pour devenir des pères légaux d'enfants nés à l'étranger entre 2019 et 2025, contre seulement 23 demandes pour utiliser des mères porteuses au Royaume-Uni durant la même période.
Les activistes qualifient ces chiffres d'inquiétants, reflétant une tendance à acheter des enfants à des femmes étrangères vivant dans la pauvreté. Bien que la loi britannique interdise la gestation pour autrui commerciale (payant aux femmes davantage que des frais), elle autorise les arrangements internationaux sous réserve d'un ordre parental confirmant la consentement de la mère porteuse.
Dans ce cadre, Helen Gibson, fondatrice de l'organisation « Surrogacy Concern », lutte pour criminaliser la recherche de mères porteuses à l'étranger, qualifiant cette pratique de barbarie et de shopping international d'enfants, mettant en garde contre l'incapacité des femmes à changer d'avis ou à exercer leurs droits sur l'enfant, les réduisant à des incubateurs dont les corps sont contrôlés par des contrats avant et après l'accouchement, surpassant ainsi leurs instincts maternels.
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