Culture & société
Une réflexion philosophique distingue l’orientation « et si », source de ressentiment et de perte du présent, de l’orientation « ce qui est », fondée sur l’acceptation active et la gratitude authentique.

Le 1er septembre 2026, la philosophe Peg O’Connor, docteure en philosophie, a publié un essai intitulé « Et si » contre « Ce qui est », dans la rubrique « Philosophy Stirred, Not Shaken ».
Elle y analyse deux postures existentielles opposées. Celle qui s’oriente vers les « et si » conduit à une fixation sur un passé irrémédiable, au détriment du présent et de l’avenir. Ces questions — « Et si je n’avais jamais consommé ma première boisson ou drogue ? », « Et si mes parents m’avaient traité différemment ? », « Et si j’avais pris une autre décision à un moment clé ? » — tournent en boucle sans réponse possible. Elles sont toujours accompagnées d’une perte : celle du temps actuel, puis celle du futur, car ce dernier ne peut se construire qu’à partir du présent.
L’auteure observe que ces scénarios imaginaires tendent à dessiner des avenirs idéalisés, plus lumineux et plus nets que la réalité. Cette projection déforme la perception du maintenant, affaiblit la capacité à agir concrètement et nourrit souvent le ressentiment. On réactive des épisodes passés investis d’une importance excessive, on regrette un futur dont on pressent qu’il nous échappera, sans voir que c’est notre propre attachement à ces « et si » qui le maintient hors de portée.
À l’inverse, l’orientation « ce qui est » repose sur une acceptation lucide et active. Elle ne signifie pas résignation, mais reconnaissance des faits tels qu’ils sont — notamment de l’impossibilité de modifier le passé. Celui qui adopte cette posture apprend de ses erreurs comme de ses réussites, mobilise ses expériences antérieures et s’en inspire sans s’y accrocher.
Cette relation juste au passé et au présent permet une relation plus solide à l’avenir. La personne vivant selon « ce qui est » sait que ses intentions, efforts, jugements et opinions relèvent de son champ de contrôle, même si les résultats concrets dépendent de facteurs externes hors de toute emprise humaine. Cette prise de conscience n’engendre pas la passivité, mais rappelle l’urgence d’agir comme si chaque geste comptait — tout en restant capable d’accueillir, sans résistance, le présent tel qu’il se donne, ainsi que chacun des futurs qui viendront.
Peg O’Connor cite Epictète (5-138 apr. J.-C.) : « Celui qui est sage ne pleure pas ce qu’il n’a pas, mais se réjouit de ce qu’il possède. » Vivre selon « ce qui est », c’est non seulement reconnaître qu’on possède tout ce qu’il faut, mais aussi éprouver de la gratitude pour l’ensemble — l’amer et le doux, les défis et les facilités, les victoires et les échecs. Car la gratitude, au cœur de cette orientation, élargit l’existence et fait naître la joie.



