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Des essais cliniques récents suggèrent un effet modeste de la créatine en complément des traitements établis de la dépression, mais les preuves restent de très faible certitude et insuffisantes pour en faire une thérapie validée.

La créatine, longtemps associée aux salles de musculation et à la prise de masse musculaire, suscite désormais un intérêt croissant dans le domaine de la santé mentale. Des chercheurs explorent son rôle potentiel sur le système nerveux central, notamment via son implication dans la régénération de l’adénosine triphosphate (ATP), principale source d’énergie cellulaire. Bien que la majeure partie de la créatine corporelle soit stockée dans le muscle squelettique, le cerveau possède lui aussi un système créatinique propre — une caractéristique qui nourrit l’hypothèse d’un impact possible sur les processus liés à l’humeur et aux fonctions cognitives.
Une revue systématique et une méta-analyse publiées en 2025 ont regroupé 11 essais randomisés impliquant 1 093 participants. Elles ont mis en évidence une réduction moyenne des symptômes dépressifs de 2,2 points sur l’échelle Hamilton à 17 items — un résultat inférieur au seuil de trois points considéré comme cliniquement significatif. Les auteurs ont classé la certitude des données comme « très faible » et souligné des disparités importantes entre les études. Leur conclusion reste réservée : l’effet réel pourrait être minime, voire nul.
Certains travaux plus encourageants évaluent la créatine non pas comme substitut, mais comme complément à un traitement existant. Une étude randomisée menée en 2025 a testé la créatine monohydrate orale en association avec la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) chez des personnes souffrant de dépression. Les résultats indiquent une amélioration potentielle de la réponse à la TCC, mais les chercheurs qualifient cette recherche de « génératrice d’hypothèses » et appellent à des essais plus vastes et plus longs avant toute interprétation définitive.
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), dans une évaluation rendue publique en 2024, a jugé les données disponibles insuffisantes pour établir un lien de cause à effet entre la supplémentation en créatine et une amélioration des fonctions cognitives. Cette absence de conclusion ne signifie pas nécessairement une absence d’effet : les différences observées entre les études pourraient refléter des variations dans les profils des participants, les conditions d’évaluation cognitive ou encore les niveaux initiaux de créatine — facteurs encore mal cernés.
La créatine se distingue par un volume important de recherches et une bonne tolérance lorsqu’elle est utilisée selon les bonnes pratiques. Toutefois, son excellent bilan de sécurité ne renforce pas la robustesse des preuves concernant ses bienfaits sur la santé mentale. Pour certaines personnes, un complément peut paraître plus acceptable qu’un médicament psychotrope, notamment en raison de la stigmatisation persistante autour de ces derniers. Ce choix est compréhensible, mais il ne transforme pas un complément en option thérapeutique mieux étayée.
Pour l’heure, les données disponibles suggèrent des bénéfices modestes de la créatine dans la dépression, surtout lorsqu’elle est utilisée en complément d’un traitement validé, tandis que ses effets sur les fonctions cognitives demeurent inconstants. Ces éléments justifient des recherches approfondies, mais ne permettent pas de la présenter comme un traitement de la dépression ni comme un activateur général des fonctions cérébrales.



