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Le prix émotionnel de ne pas savoir pardonner

Ne pas parvenir à pardonner enferme dans une solitude intérieure, bloque la confiance envers les autres et entretient une souffrance présente — même quand l’offense appartient au passé.

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Le prix émotionnel de ne pas savoir pardonner
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Le ressentiment n’est pas une réaction passagère : c’est un état émotionnel répétitif, une reprise constante de la colère jusqu’à l’immobilisation psychique. Il s’oppose radicalement au pardon, dont le sens étymologique latin — *re* (à nouveau) et *sentire* (ressentir) — souligne précisément cette capacité à dénouer ce cycle.

« Le ressentiment, c’est comme boire du poison en attendant que l’autre meure », affirmait saint Augustin au IVe siècle. Cette image reste d’une brûlante actualité. Aux États-Unis, selon une enquête du Pew Research Center, 58 % des Américains jugent défavorablement le parti républicain, contre 59 % pour le parti démocrate. Ce niveau quasi identique de rejet reflète une polarisation idéologique sans précédent depuis la guerre de Sécession, alimentée par des messages hostiles qui se diffusent deux fois plus vite lorsqu’ils visent un groupe extérieur — comme le montre une étude de l’université de Cambridge.

Mais la division politique n’est peut-être qu’un symptôme. Une nouvelle typologie politique du Pew Research Center identifie neuf factions américaines distinctes, chacune portant des identités et des valeurs divergentes. Le problème profond ne réside pas seulement dans les urnes : il est intime. Que la personne non pardonnée soit un ex-conjoint, un parent, un collègue ou un opposant politique, le mécanisme émotionnel est le même — chaque jour, on choisit consciemment ou inconsciemment de revivre la blessure et de laisser celui ou celle que l’on accuse occuper notre espace mental au présent.

Dans mon accompagnement de dirigeants, de cadres supérieurs et d’individus en tant que professeur de leadership et coach, j’ai constaté que toute difficulté relationnelle — familiale ou professionnelle — remonte systématiquement à une figure du passé jugée et jamais pardonnée. Et si cette personne ne devient pas nécessairement seule, c’est bien nous qui le devenons.

Le pardon ne vise pas d’abord l’autre. Il est d’abord un acte de libération personnelle. Des recherches le confirment : des catholiques et protestants d’Irlande du Nord ayant perdu un proche dans la violence et réussi à pardonner à l’auteur du crime ont vu leur dépression diminuer de 40 %. Une autre étude menée par le psychologue Loren Toussaint sur 332 adultes pendant cinq semaines a établi un lien clair entre pardon et meilleure santé mentale, moindre stress, moins de solitude, moins de colère et moins de dépression — ainsi qu’une empathie accrue et des relations plus étroites.

On nous dit souvent, dès l’enfance, de « pardonner et oublier ». Or oublier n’est pas toujours salutaire : si l’on tombe dans un fossé, il vaut mieux s’en souvenir que l’effacer de sa mémoire. Pardonner ne signifie pas non plus faire confiance. Bien au contraire : le pardon permet souvent de se détacher — physiquement, émotionnellement et psychologiquement — d’une relation toxique. La confiance lie ; le pardon libère. La confiance sert le développement relationnel ; le pardon, lui, est indispensable au développement personnel.

Pardoner n’oblige pas à rétablir un lien. Un homme peut demander pardon à sa femme après une infidélité, regagner sa confiance — puis la trahir à nouveau. Ce n’est donc pas la confiance en une personne spécifique qui conditionne notre évolution humaine, mais bien le pardon. Car tant que la souffrance n’est pas lâchée, elle demeure ancrée dans le présent, empêchant son passage vers le passé.

Ne pas pardonner, c’est rester « interpersonnellement bloqué » : incapable d’entrer librement dans de nouvelles relations, incapable de faire confiance à nouveau. Le pardon crée de l’espace — pour que les liens existants retrouvent leur vitalité, ou pour qu’arrivent de nouveaux partenaires, qu’ils soient amis, amoureux ou collègues. Sans pardon, personne ne monte sur scène : c’est là que commence la solitude.

« Une fois mordu, deux fois méfiant » est une vérité partagée. Mais « une fois incapable de pardonner, deux fois incapable de s’engager socialement » est, malheureusement, tout aussi vraie. Essayer de pardonner, c’est observer comment les relations anciennes se transforment — et comment, parfois, elles refleurissent.

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