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L'expression « je pardonne, mais je n'oublie pas » révèle une nuance psychologique complexe entre confiance et réconciliation, selon Cynthia Vejar.

L'adage populaire « Je pardonne, mais je n'oublie pas » mérite un examen attentif de ses implications émotionnelles. Cette formulation se distingue nettement d'un simple pardon, introduisant une dimension de prudence et de vulnérabilité qui interroge la nature même de la réconciliation interpersonnelle.
Cynthia Vejar, docteure en psychologie clinique, analyse cette dynamique dans un article publié le 25 septembre 2026. Elle souligne que le pardon n'implique pas l'effacement du souvenir, tandis que la mémoire ne signifie pas nécessairement la rancune. La confiance, elle, ne suit pas toujours automatiquement le geste de pardonner, sans pour autant diminuer la valeur de ce dernier.
Ajouter « mais je n'oublie pas » ne relève pas d'une déclaration littérale sur les capacités mnésiques. Il s'agit plutôt d'un avertissement implicite : l'événement a modifié quelque chose d'essentiel. Si la confiance est à nouveau trahie, des conséquences suivront. Cette prise de position reconnaît que le pardon peut coexister avec une vigilance accrue et une transformation durable de la relation.
La question centrale devient alors celle de la difficulté réelle du processus. Dire « j'essaie de pardonner, mais je ne peux garantir le résultat » serait plus honnête. Or, percevoir le pardon comme une finalité atteignable par un simple choix crée souvent de la frustration lorsque la douleur resurgit. Les individus peuvent alors se demander pourquoi ils n'arrivent pas à tourner la page, interprétant ces retours affectifs comme un échec personnel.
Les recherches conceptualisent le pardon comme un processus, à l'image du travail de deuil. Personne ne jugerait quelqu'un défaillant parce qu'un souvenir triste refait surface des mois après une perte. De même, la résurgence d'une blessure ancienne ne devrait pas être vue comme un échec du pardon. Cette perspective allège la pression exercée sur la victime, qui doit déjà gérer le traumatisme initial tout en se sentant obligée de pardonner rapidement et complètement.
Si le pardon est associé à un bien-être psychologique supérieur, comme le montrent les travaux de Bono et al. (2008), une étude récente remet partiellement en cause cette vision linéaire. Quinney et ses collègues (2026) ont examiné trois scénarios : offrir le pardon, le refuser explicitement, ou ne rien faire. Ils ont constaté que refuser de pardonner pouvait renforcer le sentiment d'agir conformément à ses propres valeurs et accroître le sentiment de pouvoir, améliorant ainsi l'estime de soi immédiate.
Ces résultats ne suggèrent pas que le refus est préférable, mais mettent en lumière la valeur de l'honnêteté émotionnelle. Admettre « je ne suis pas prêt à te pardonner » évite la fausse conformité sociale. Le refus de pardonner ne s'apparente pas forcément à la rancune tenace ou au ressassement obsessionnel, une distinction claire établie par les chercheurs.
Pour ceux qui souhaitent avancer, plusieurs approches sont recommandées. D'abord, accorder du temps à soi-même. Plutôt que de s'interroger sur le retard pris dans le pardon, il est utile de comprendre ce qui persiste : colère, hurt ou méfiance. Ensuite, laisser du temps à l'autre. Une excuse sincère ne garantit pas un pardon immédiat ; ce n'est pas une transaction où l'on contrôle la réponse d'autrui.
Enfin, accepter que la mémoire puisse être constructive. Se souvenir d'une blessure permet parfois d'en tirer des leçons, d'ajuster ses limites ou de devenir plus vigilant. Dans cette optique, le « mais » défensif de l'adage original devient superflu. Pardonner et se souvenir ne s'opposent pas intrinsèquement. Une nouvelle formule pourrait donc remplacer l'ancienne : « Souviens-toi de ce qui fut. Pardonne à ton rythme. » Moins accrocheuse, elle reflète mieux la complexité du vécu humain.



