Culture & société
Travailler en adéquation avec soi-même : ce que révèlent les recherches
Des études récentes montrent que le sens au travail dépend moins du poste que de l’alignement entre nos traits personnels, nos valeurs et nos expériences de vie.

Le sens que nous trouvons dans notre travail ne découle pas uniquement des tâches accomplies ni des conditions d’emploi. Il émerge surtout de la convergence entre nos dispositions naturelles, nos intérêts profonds, nos valeurs et les expériences qui ont façonné notre parcours.
Une méta-analyse publiée en 2025, portant sur 144 échantillons indépendants et 52 000 personnes, établit un lien significatif entre le sentiment de sens au travail et des traits comme la conscience de soi, l’affabilité, la proactivité et la résilience. Autrement dit, ce n’est pas seulement le contenu du travail qui détermine son caractère significatif — c’est aussi la personne qui l’accomplit.
Cette observation s’inscrit dans une logique intuitive : personne ne laisse sa personnalité, ses talents ou ses expériences accumulées à l’entrée de son lieu de travail. Lorsque ce que nous apportons correspond aux exigences de la fonction — et surtout à ce qui nous tient profondément à cœur — le travail peut alors revêtir une dimension profondément personnelle et durable.
Une autre étude menée auprès de 995 travailleurs américains confirme que ceux qui perçoivent davantage de sens dans leur activité rapportent un niveau plus élevé de satisfaction professionnelle et de bien-être général. Les chercheurs identifient également un facteur clé : la « sagesse professionnelle », définie comme la capacité à prendre des décisions réfléchies face à l’incertitude, tout en acceptant qu’il n’existe pas nécessairement un choix de carrière parfait.
Cela suggère que le travail significatif n’est pas toujours une vérité à découvrir, mais parfois une réalité à construire — ou à reconnaître — grâce à une meilleure connaissance de soi et à des choix intentionnels. Comprendre ce qui nous anime, ce qui nous renforce et ce qui nous semble juste permet de sélectionner des rôles où nos ressources internes trouvent un terrain d’expression cohérent.
Poser la question « Quel travail fait ressortir le meilleur de moi ? » conduit à des réponses très variées : résoudre des problèmes complexes, concevoir des solutions esthétiques, enseigner, prendre soin d’autrui ou piloter des opérations exigeantes. Par définition, le sens au travail est hautement individuel — il ne se standardise pas.
Lorsque le travail ne met pas en valeur ce que nous sommes, la compétence peut demeurer intacte, la rémunération satisfaisante, la reconnaissance présente — sans pour autant garantir un bien-être durable. Ce désalignement s’exprime souvent par une fatigue silencieuse, une perte d’énergie ou un sentiment de déconnexion progressive.
Il devient alors utile de revenir sur son propre parcours : quelles expériences ont suscité un sentiment naturel d’alignement ? Dans quelles situations a-t-on éprouvé de l’énergie, du flux, voire de la joie ? Quelles tâches, même mineures, ont eu le pouvoir de faire battre le cœur plus vite ?
Se concentrer uniquement sur ce qui n’a pas fonctionné fournit des indications utiles, mais insuffisantes. Ce dont on a besoin, c’est d’une clarté accrue sur ce que l’on maîtrise spontanément, ce qui suscite un intérêt soutenu, ce qui correspond à nos priorités fondamentales et où notre contribution peut avoir un impact tangible.
L’auteur relate un parcours marqué par une enfance difficile : décès brutal de sa mère à l’âge de neuf ans, maltraitance psychologique et émotionnelle de la part de son père jusqu’à l’obtention de son diplôme d’études secondaires, puis émancipation brutale sans accompagnement ni soutien financier. Malgré ces épreuves, il réussit ses études supérieures et accède à des postes de direction de haut niveau. Ce n’est qu’au moment de rédiger son premier ouvrage, *Lead From The Heart*, vingt-cinq ans plus tard, qu’il prend pleinement conscience de la manière dont ces expériences lui ont transmis une compréhension unique des pratiques traditionnelles de leadership — une compréhension qu’il n’aurait pu acquérir autrement.
Il précise qu’il ne s’agit pas de romantiser la souffrance ni de prétendre que les événements douloureux surviennent pour une raison cachée. La mort de sa mère et les sévices subis ne constituaient pas des « cadeaux », même si, rétrospectivement, ils ont orienté sa trajectoire vers un champ d’action particulièrement adapté à sa personne. Personne ne choisit l’ensemble des expériences qui le façonnent. Mais chacun peut choisir comment les intégrer — et ce qu’il en fait.
La même logique s’applique à la carrière. Un poste apparemment déconnecté de notre objectif peut révéler une compétence essentielle. Une aptitude discrète, longtemps sous-estimée, peut devenir le pivot d’une contribution décisive. Même un rôle abandonné peut fournir des indices précieux sur ce qui convient réellement.
C’est pourquoi il est pertinent de considérer son parcours professionnel non comme une suite linéaire de postes et de réussites, mais comme un ensemble de signaux — des indices accumulés au fil du temps. Quand s’est-on senti le plus soi-même au travail ? Quels types de défis ont régulièrement suscité de l’engagement plutôt que de l’épuisement ? À quoi les autres font-ils appel spontanément, même sans que l’on cherche à briller ? Et surtout : où se croisent précisément nos capacités, nos intérêts, nos valeurs et nos expériences ?
Nous ne sommes probablement pas venus au monde avec la connaissance exacte de ce que nous devions accomplir. Mais nous y sommes arrivés avec certains ingrédients — et la vie, au fil des années, nous en fournit progressivement les autres.
Liu et al. (2025), « Who experiences work as meaningful? A meta-analysis of individual differences and work meaningfulness », *Personality and Individual Differences*. ScienceDirect, https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0191886925003265?via%3Dihub
Xu & Allan (2026), « Facilitating meaningful work: How career wisdom relates to well-being », *Journal of Counseling Psychology*. https://psycnet.apa.org/doiLanding?doi=10.1037%2Fcou0000896
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